Sur la scène du MGI, Anna Patten danse avec Sanedhip Bhimjee. L’artiste disparu, projeté sur écran géant, donne corps et âme à une chorégraphie qui permet au virtuel d’effleurer le réel. Elle danse pour lui, vers lui. Le duo Anna-Sanedhip, reconstitué dans l’univers qui était le sien, frappe les esprits et cogne à l’aorte. L’émotion n’a pas besoin de mots. Elle est dans le regard de l’une pour l’autre. Dans les mains de cette femme qui trace des arabesques contre l’oubli. Dans ces gestes mille fois recommencés et une nouvelle fois partagés avec celui qu’elle a tant aimé. Sur la scène du MGI, Anna Patten danse avec son partenaire de lumière…
Lorsque le djembé répond au tabla, jaillit une énergie vitale. Le tabla s’emballe dans une invocation frénétique pour révéler les sens et l’essence de Sanedhip. Le tableau est saisissant : Anna Patten conjugue les rythmes du kathak sur un djembé, en écho au tabla à la fois doux et impétueux de Shakti Shane Ramchurn. Anna tisse la trame du métissage. L’appel vibrant de Sanedhip pour l’harmonie et l’unité, dans ce pays qu’il aimait tant malgré les apôtres de la différence et de l’indifférence, remue les tripes.
Jean Renat Anamah et Anna Patten nous offrent un duo captivant. Dialogue sans parole pour nous mener vers l’essentiel de la danse. Vers la perfection sans cesse recherchée. Quel bel hommage à Sanedhip et à son perpétuel désir de trouver le chemin qui mène vers la beauté ! Celle qui n’a pas de prix. Celle qui nous donne une raison de vivre.
Encore et encore des moments forts pour célébrer celui qui savait si bien partager et accueillir d’autres talents : un solo gracieux de Stephen Bongarçon, un extrait de Blue Indigo, la nouvelle création de Jean Renat Anamah. Plus tard, lorsque les ghungroos dansent la sarabande de l’espoir et de l’amour, Sanedhip virevolte à l’infini. Comme il savait si bien le faire. Et lorsque l’Inde et l’Afrique se répondent et fusionnent pour célébrer l’entrelacs des cultures, elles racontent en somme ce que nous sommes en devenir : une nation en train de se construire, pas à pas…
Eric Triton peut chanter Diya en kreol, sur un texte de Michel Ducasse; Véronique Zuël-Bungaroo peut mettre en valeur la puissance cristalline de sa voix dans une aria en kreol. La musique n’a pas de frontières; l’art sort toujours vainqueur de la bêtise des médiocres séparateurs. Sanedhip le savait. Anna l’a compris…
Sur la scène du MGI, ce dimanche 19 octobre, ce n’est pas l’ombre de Sanedhip qui planait. C’est sa lumière…