Le député de l’opposition Kavi Ramano a argué hier que dans le domaine touristique, Maurice n’a pas été à la hauteur de son potentiel, invitant les autorités et les hôteliers à adopter un package plus compétitif pour intéresser les touristes à séjourner plus longuement dans le pays, assurant par conséquence des revenus plus importants. Kavi Ramano a par ailleurs réclamé des conditions spécifiques concernant l’accès des étrangers à des biens immobiliers.
Dans la première partie de son intervention, Kavi Ramano a soutenu que le vice-Premier ministre et ministre des Finances n’a rien proposé dans le budget 2012 pour réduire ce qu’il considère comme une inégalité dans la distribution des revenus. Celle-ci, a fait ressortir le député, est toujours tirée vers le haut, l’indice utilisé (le GINI) continuant à démontrer, selon lui, « une disparité alarmante et grandissante » entre ceux qui sont les mieux lotis et les plus démunis de la société. Se référant au chômage, il a déclaré que c’est un danger permanent pour l’harmonie sociale et la stabilité économique. « Nous avons besoin de projets capables de générer des emplois et des revenus », a-t-il réclamé, indiquant que le taux de chômage est demeuré autour de 8 % au cours des sept dernières années. « Au lieu de faire face à la réalité, le gouvernement a adopté une approche pour berner la population en faisant croire que des milliers d’emplois ont été créés. Si des emplois productifs ont été créés comment justifier un taux de croissance de 4 % et un taux de chômage de 8 % pour les sept dernières années ? », s’est-il demandé.
Abordant ensuite le volet du tourisme, il a annoncé que le taux de croissance de ce secteur ne dépassera pas cette année les 4,8 % comparativement aux 6,2 % en 2010. « Avec un tel taux, on est loin de l’objectif de 2 millions de touristes en 2015 », a-t-il observé, en signalant que Boeing et Airbus ont prévu des taux de 6,5 % et de 7,5 % respectivement concernant les arrivées touristiques. Ces derniers refléteraient le potentiel du pays. Or, a poursuivi Kavi Ramano, tout semble indiquer que « nous ne sommes pas à la hauteur de notre potentiel ». Les revenus totaux du secteur sont estimés à Rs 42,5 milliards, soit une croissance de 7,7 % mais le nombre de nuitées par touriste est tombé d’une moyenne de 13 dans les années 80/90 à 8 aujourd’hui. Kavi Ramano considère qu’il faut agir pour rallonger la durée de séjour des touristes dans le pays. Il estime qu’un « package plus compétitif » permettrait de renverser la tendance. Avant de venir de l’avant avec une stratégie marketing, il faudrait définir le profil des touristes et leur perception du marché. Un exercice qui aurait dû être réalisé par l’Economic Intelligence Unit du ministère du Tourisme mais à ce jour, regrette le député, aucun rapport à cet effet n’a été rendu public. Kavi Ramano déplore par ailleurs que tout le monde reste dans le flou total quant aux retombées des campagnes de promotion de la MTPA à l’étranger.
Dans un autre ordre d’idées, le député s’est prononcé en faveur d’un changement de politique concernant l’accès aérien, changement qui peut générer entre 34 % et 39 % de croissance dans le trafic comme indiqué dans des études préalables. En 2009, a-t-il indiqué, il était prévu que la libéralisation de l’accès aérien entraînerait une baisse de 31 % du tarif, la création de 1 900 emplois de qualité, 6 500 emplois indirects, ainsi que l’arrivée de 323 000 touristes additionnels à moyen terme. « La compétition encouragera la croissance d’Air Mauritius. Une politique plus transparente dans le recrutement et dans la gestion financière en résultera », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, Kavi Ramano a plaidé la cause de la classe moyenne, affirmant que « les salariés arrivent difficilement à comprendre la logique de prévoir une compensation salariale uniquement pour ceux touchant moins de Rs 30 000. » Le député est d’avis que la classe moyenne est victime d’une injustice. « On nous assomme avec le concept de démocratisation de la richesse et des revenus, mais dans le concret rien n’a été fait », a-t-il fait ressortir. « Nous constatons un appauvrissement de la classe moyenne que ce soit du service civil ou des professionnels en général », a-t-il ajouté.
L’achat des biens immobiliers par des étrangers a également fait l’objet de commentaires du député, ce dernier remarquant qu’il n’y a pas de restriction quant aux superficies, prix et lieux de ces propriétés. « La démocratisation de l’économie est un non sens sans une protection des Mauriciens quant à leurs chances d’accès à la propriété », a soutenu Kavi Ramano.