Ce n’est pas le blues ambiant qui freinera ses ambitions. Lionel Permal est bien décidé à continuer ses projets lancés depuis BlackmenBluz et qui ont évolué jusqu’au Kaz’Out Musik Festival à travers Lively Up. La cinquième édition est prévue les 1er, 2 et 3 novembre à L’Aventure du Sucre. L’objectif est d’offrir une plate-forme professionnelle aux artistes et de permettre aux festivaliers de se retrouver dans un cadre célébrant la vie.

C’était convenu depuis 2013, la dernière fois où il a fait la Une de Scope en solo. Pour respecter l’engagement pris dans la chute du texte, nous commencerons donc par vous donner des nouvelles de… ses cheveux. Ça y est : la période dreads est finie. Les locks ne sont plus de rigueur. À la place, une chevelure bouclée qui ajoute du volume à son crâne… La grande information du jour est que Lionel Permal affiche un new look. “Mais je n’ai pas changé pour autant”, répond-il devant notre indiscrétion, conscient que la question viendrait durant cette rencontre destinée à voir comment les choses ont évolué pour lui ces cinq dernières années.

Faire vivre les idées.

À l’époque, il annonçait officiellement la fin de BlackmenBluz. L’idée d’un festival planait et des ambitions un peu folles étaient affichées. Il avait choisi de descendre des sommets où la popularité des deux albums de son groupe l’avait porté. Il avait mis le cap vers plus de discrétion dans le nord pour réfléchir sur des moyens de mieux encadrer les artistes et d’aider le secteur à se professionnaliser en fonction des expériences vécues ici et lors des tournées ailleurs. L’idée principale, partagée avec sa compagne Laura Hebert, avait été baptisée Lively Up ! Une boîte montée pour faire vivre les idées.

2018, Lionel Permal s’est coupé les cheveux. “J’ai vécu ce que j’avais à vivre avec cette chevelure et je passe désormais à une autre étape de ma vie après une dizaine d’années. Je dois préciser que je n’étais pas un rasta. Mais je voulais aussi prouver que ton look ne t’empêche pas de faire des choses et que cela ne te définit pas comme personne. Avec mes locks, j’ai pu lancer le Kaz’Out et le réussir.” À quelques jours du rassemblement prévu du 1er au 3 novembre, assis sur un tonneau improvisé en tabouret à l’ombre d’un cocotier, l’homme est serein : “Mo trankil, bann zafer pe avanse !”

Ambiance chaleureuse et conviviale.

Dans les locaux de l’organisation à Pamplemousses, la petite équipe et Laura Hebert travaillent sur les derniers détails. Cette dernière et Lionel Permal ont longtemps tenu ce projet sur leurs épaules et avec leurs propres ressources. Le poids de ce rêve a parfois été très lourd : “Nek get labarb ek bann seve blan to pou konpran”, dit-il en riant. Après la deuxième édition, ils se sont retrouvés avec des dettes dépassant le million de roupies : “Ce fut l’unique fois où nous avons failli tout abandonner”, raconte Lionel Permal. Mais ils avaient persisté en apprenant de chaque expérience. Bonne ou mauvaise. “Kaz’Out n’a jamais été une affaire d’argent pour nous. Nous l’avons créé par amour et avec la conviction que cette industrie mérite que l’on y investisse. Aujourd’hui, quand nous voyons les gens sortir du festival le visage rayonnant et que nous voyons qu’il y a un public qui nous suit, nous savons que nous avons eu raison de continuer.”

Désormais, des partenaires importants du secteur privé les accompagnent et les tâches ont été déléguées à ceux qui ont rejoint l’équipe, qui comprend mieux les rouages de l’organisation d’un festival.

Le petit rassemblement qu’il a été à sa première édition s’est transformé en une grande plate-forme d’échange, de découvertes, de rencontres et de partage qui se vit dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Jeux improvisés, jams, cuisine traditionnelle, expositions, ateliers, etc. rythment ce festival qui attire des festivaliers cosmopolites. Sur les différentes scènes de chaque édition, des artistes confirmés et des débutants viennent présenter une musique nouvelle et émergente. “L’idée derrière Kaz’Out était d’offrir une plate-forme à ceux qui, comme BlackmenBluz, sortent des sentiers battus pour présenter une autre facette de la musique. Kaz’Out est aussi une grande célébration de ce que nous sommes. Ici, toutes les classes et les races se mélangent sans que l’on pense en termes de bann-la.”

La musique, un secteur d’avenir.

Quand il a créé ce groupe avec Zulu, Lionel Permal et sa bande ont galéré pour trouver des espaces où se produire et s’épanouir. La persévérance, la joie commune ressentie par cette expérience et la qualité de la musique leur ont permis de trouver des assises et de s’épanouir. Blackmenbluz avait fait sa révolution. Il s’est arrêté alors qu’il était tout en haut de l’affiche. “Mais les rêves que je nourrissais durant cette époque ne m’ont jamais quitté. Je continue à les vivre à travers les projets de Lively Up, dont Kaz’Out.”

En ce moment, bien qu’il chausse des baskets et qu’il porte des jeans élimés, il vaut mieux considérer Lionel Permal davantage comme un chef d’entreprise, un responsable de festival. “J’ai fait le choix de sortir de la scène pour me mettre en arrière afin d’aider à professionnaliser le cadre dans lequel évoluent les artistes et pour leur offrir de meilleures possibilités. Nos activités génèrent aussi de l’emploi et nous venons prouver que la musique est un secteur d’avenir qui peut aussi contribuer à valoriser l’image du pays.” Il lance aussi un appel aux artistes pour que ces derniers se professionnalisent en se structurant et en faisant appel aux experts pouvant les accompagner. “Quand vous décidez de jouer au foot, ce n’est pas pour marquer avec la main. Il faut faire les choses correctement. Lively Up a été créé afin d’offrir l’accompagnement adéquat aux artistes pour aider au développement du secteur en général.”

Le choix de la discrétion.

Le choix de quitter l’avant-scène et les feux des projecteurs s’est un peu imposé à lui comme une nécessité. “Quand nous montions sur scène, il y avait une foule en délire devant nous qui nous acclamait et qui connaissait nos chansons par cœur. Nous pouvions nous contenter de lancer les premières notes et le public reprenait la suite en chœur. Une fois que tu as vécu cela, tu n’as plus à t’attendre à grand-chose d’autre”, dit Lionel Permal. La phase Blackmenbluz s’est finalement terminée sur une bonne note pour lui. “Nous avons vécu tout ce dont pouvait rêver un artiste. Je pouvais passer à autre chose. Je n’ai eu aucun regret d’être passé de l’autre côté.” Il a choisi la discrétion “afin de me retrouver avec moi-même pour que je puisse recommencer à faire de la musique pour mon plaisir personnel. Le succès et la popularité te font oublier que la musique est avant tout une affaire de bonheur personnel. Parfois, des artistes finissent par sacrifier leur plaisir pour répondre aux attentes du public pour rester au top niveau. Ils se contentent alors de succès éphémères et se perdent.”

Reste donc à savoir comment réagit son âme d’artiste face à ces bouleversements. “Mon âme d’artiste me place dans des situations de contradictions parce qu’elle n’aime pas forcément l’organisation et un cadre carré. Mais j’ai compris que dans la vie, il faut trouver un juste équilibre.” Dans la journée, M. Permal s’occupe des démarches administratives et des choses plus conventionnelles. À la nuit tombée, Lionel revient vers sa guitare pour des balades. “Après Blackmenbluz, j’ai suivi des cours de guitare pour approfondir mes connaissances. Chaque jour, j’en joue pour renouer avec le plaisir du départ.” Quelques compositions attendent : “J’avais annoncé la sortie d’un album. C’était prématuré parce que je me suis rendu compte qu’il fallait que j’accorde tout mon temps à Kaz’Out. Une fois que le festival sera définitivement sur les rails, je pourrai me concentrer sur cet autre projet.”