Il n’a que 20 ans et ne compte que deux ans de métier dans l’hôtellerie en tant qu’animateur à l’hôtel Le Victoria. Méfiez-vous toutefois de son apparence de tendre jeunesse au manque d’expérience. En effet, dès qu’il commence à vous parler, vous prenez la mesure de toute la richesse que peut apporter un hôtel à un débutant. Kenny Douce converse avec aisance dans un accent impeccable. Il est sûr de lui et sait ce qu’il veut. Le jeune homme, au passé pas très glorieux pendant ses années de collège, a fait preuve de sérieux et de professionnalisme depuis ses débuts, à un point tel qu’il a été élu « employé de l’année 2016 » au Victoria, et ce, entre autres, grâce à sa faculté à s’exprimer en sept langues autres que le français, l’anglais et le kreol. « J’ai récolté le plus de commentaires des clients sur Trip Advisor. » Parler la langue du touriste lui a permis de gagner leur amitié. Rencontre.
« L’hôtellerie, c’est un monde de travail formidable où on a beaucoup à gagner. Je suis fier d’avoir été un ancien élève du Projet Employabilité Jeune », tient à souligner Kenny Douce. Tout n’a pourtant pas été rose pour lui, surtout pendant son adolescence. Les études n’étant pas sa tasse de thé, mais ayant toujours soif d’apprendre de nouvelles choses dans la vie, dès l’âge de 13 ans, pendant les vacances scolaires, il se met à chercher des petits boulots. « Je n’aimais pas rester à la maison. J’allais donc travailler comme jardinier, comme maçon… » Ensuite, en première année de SC, à la SSS de Triolet, il ne se « comportait pas bien », dit-il. « Je faisais des bêtises, je n’étais pas appliqué et je me suis brouillé avec le recteur. » C’est à sa deuxième tentative de SC qu’il entrevoit la lumière dans sa vie. Il se met alors à l’athlétisme et devient médaillé national à quatre reprises. « Je me suis dit que si je voulais être un bon athlète, il fallait que je sois une bonne personne. » Ensuite, la rencontre d’une femme dans sa vie, en l’occurrence la rectrice du collège qu’il fréquentait, devait faire prendre un autre tournant à son adolescence. « Yashee Jeetoo a été une psychologue pour moi. Elle m’a ramené à la raison. Elle m’a aidé à être plus mature, à penser à mon avenir. Elle me parlait beaucoup. » Après son SC, Kenny Douce veut s’inscrire à un cours de formation au MITD. Malheureusement, « il fallait avoir cinq “credits” et je n’en avais que quatre ». Il obtient finalement de l’emploi dans un restaurant à Mon-Choisy, où il reste huit mois avant de bouger dans une pâtisserie de Trou-aux-Biches. Et puis, un jour, sa cousine lui parle du PEJ. « Elle avait suivi une formation aussi. Cela m’a intéressé et j’ai appelé pour avoir des informations. Après trois jours, j’ai rempli une fiche et j’ai été sélectionné pour la formation. » Quatre mois de formation plus tard, sans absence, étant appliqué et ayant assimilé tout ce qu’il fallait apprendre en ce laps de temps, il enchaîne avec la formation pratique. « En principe, il faut attendre la fin de son stage à l’hôtel avant d’être embauché. Mais moi, dès deux mois et demi de stage, on m’avait employé sur une base temporaire pour quatre mois. » Ce jeune habitant de Pointe-aux-Piments était devenu animateur d’hôtel.
 
Slovaque, afrikaans et danois
 
« Ce n’était pas facile tout de même car c’est un métier que je n’avais jamais fait de ma vie. Mais je me suis vite adapté car j’adore le sport et j’aime parler aux gens. J’aime les langues et j’ai appris à parler sept langues étrangères : l’allemand, l’italien, le suédois, le polonais, le slovaque, l’afrikaans et le danois. Je ne les parle pas couramment mais j’ai les bases. Là où j’apprends le plus, c’est quand il y a un grand groupe de touristes du même pays qui sont à l’hôtel. » Côtoyant beaucoup d’étrangers au quotidien, le jeune employé a eu le désir de voyager, ce qu’il a pu réaliser cette année. Cinq semaines durant, il a ainsi rejoint des amis français, allemands et autrichiens, dont il a fait la connaissance au travail. « J’ai eu l’occasion de visiter Paris, Limoges, Bordeaux, Munich et Berne, entre autres. » 
Le travail de Kenny Douce comprend l’animation de séances d’aquagym pour les adultes, des séances de foot et l’animation de la piste de danse. « J’ai développé une passion pour la danse. Je me suis découvert ce talent ici, à l’hôtel. Je prépare des chorégraphies… ». Mais, surtout, ce qu’il aime dans son métier, c’est de « converser et manger » avec les clients. « C’est très important. Si je pouvais, j’aurais pu habiter ici. Je m’y sens libre. Je travaille avec un chef et un superviseur qui m’encouragent. » 
En 2016, Kenny Douce a été élu « employé de l’année » à l’hôtel Victoria. « J’ai aussi remporté le titre de l’employé du mois pour les mois d’août, septembre, octobre et décembre 2016. J’ai reçu le plus de commentaires des clients sur Trip Advisor. On a aussi tenu compte de ma ponctualité et de la qualité de mon travail. Par semaine, je rencontre au moins 50 clients. Je suis assez connu car je parle plusieurs langues. Les touristes apprécient vraiment quand vous parlez leur langue. Par exemple, quand un Polonais vient à Maurice, il se dit qu’on parle anglais et français. Mais quand il voit que vous parlez aussi sa langue, il apprécie. » 
Ses parents sont-ils fiers de lui ? « Bien sûr. Je les ai invités trois fois à dîner ici, à l’hôtel », répond-il. Kenny Douce rêvait d’obtenir un emploi à l’hôtel, et il l’a eu. Il rêvait d’être le meilleur employé, il l’a été aussi. À présent, il veut « juste progresser jusqu’à mes 24 ans », après quoi il aimerait « devenir chef ». En attendant, tout comme il bâtit sa carrière, il construit aussi sa maison, au-dessus de celle de ses parents, à Pointe-aux-Piments…
Pour rappel, le PEJ forme les jeunes en situation d’échec scolaire à un métier tout en leur redonnant le goût des études et en leur apprenant les valeurs de la vie. Le PEJ a été lancé en 2001 en partant du constat que nombre de jeunes se retrouvaient en dehors du système éducatif alors que certains avaient 12 ans à peine. L’objectif, dès lors, était de « les aider à se construire un nouvel avenir ». La formation théorique est complétée par des stages dans des hôtels Beachcomber, qui permettent aux stagiaires de se familiariser avec le monde du travail. « Ce programme offre une formidable deuxième chance d’intégration à de nombreux jeunes. »