Le Professeur Keorapetse Ngotsitsile est aussi pluriel que l’Afrique du Sud qui l’a vu naître… Et qui l’a exilé. Objet et sujet de toute convergence identitaire, il est la voix d’une poésie de mémoire, d’une sagesse attachée à sa terre, et qui tend vers le monde. Cet échange avec Le Mauricien, d’une sincérité et d’une intensité rare, rend justice à cette Afrique littéraire que l’on tarde encore à comprendre. On y saisit les méandres du créateur militant, à la manière d’un Guevara, d’un Mandela intense de sérénité. De son expérience, il dit : « You don’t come back to the home you left. It’s the home of the Now Present ».
En 1961, la direction de l’African National Congress et du mouvement national de libération vous ordonne l’exil. Ce qui fait de vous un “politique”. Comment relisez-vous cette “vocation” à la lumière de votre art ?
Oui… Je dirais que, dans l’analyse finale du chemin parcouru, tout se ramène à un moyen d’identification, et ce, de manière très précise, plus précise qu’on peut d’ordinaire s’imaginer. Toute oeuvre, tout parchemin d’écriture, tout travail est une exploration. Elle doit forcément débuter par un ancrage dans l’expérience vécue. Les deux sont indissociables. Là, on pourrait évoquer une réflexion de la vie… Mais ce serait s’égarer. Les miroirs ne créent rien. C’est la littérature qui rend créateur. Mon engagement à l’ANC dès un très jeune âge fait partie intégrante de mon identité. Ainsi, lorsque j’explore les aspects de la vie avec les mots, ils s’intègrent graduellement au cycle, à la mouvance qui est mienne. Tout ça pour dire : il n’y a pas de séparation. Je ne me dis pas : « Aujourd’hui j’écris sur l’amour… J’éteins le politique ». Je ne dis pas : « Demain j’écrirai sur la nature, et j’oublierai le politique ». Non ! Tout fait partie d’une seule identité.