Victoire à l’épaulé-jeté

Ketty Lent est une championne d’haltérophilie. Depuis ses débuts dans cette discipline à 17 ans, elle ne cesse de se démarquer. Elle a reçu le National Sports Award à deux reprises et a remporté plusieurs médailles d’or dans des compétitions internationales. La vie ne lui a pas fait de cadeau; elle a dû se battre pour arriver à ses fins. Rencontre avec une jeune femme au destin peu ordinaire.

R.V.

Vêtue de sa tenue d’haltérophile, Ketty Lent nous accueille dans son humble demeure à Quartier Militaire. Elle sort de son programme d’entraînement d’haltérophilie, un sport de force et de vitesse qui consiste à soulever des barres chargées. “L’haltérophilie est un sport dur. Les performances que j’effectue ne sont pas suffisantes. Il faut toujours s’entraîner et avoir une bonne hygiène de vie”, confie la championne à Scope. Elle maîtrise les mouvements pour amener la barre du sol jusqu’au-dessus de la tête. “Pourtant, je suis comme une planche à voile”, dit en riant celle qui participera cette année aux Jeux des Îles de l’Océan Indien dans la catégorie -63 kg. Ketty Lent s’entraîne sans relâche tous les jours de la semaine afin de donner le meilleur d’elle-même.

À côté de sa soeur, Emmanuella Labonne

Souriante au premier abord, la jeune femme de 17 ans hésite avant de nous parler. Elle finit par partager son meilleur souvenir durant les championnats du Commonwealth en Australie en 2017. “Avec les autres sportifs, nous n’étions pas particulièrement proches. Depuis notre participation aux championnats du Commonwealth en Australie, nous sommes devenus amis. C’était aussi la première fois que j’ai fait un tour de manège. C’était inoubliable”, raconte celle qui est nominée pour le National Sports Award, le 9 février.

Assise dans sa cuisine, sa sœur aînée, Emmanuella Labonne, la rejoint. Elle confie : “Je l’avais accompagnée lors des championnats du Commonwealth en Australie. À l’époque, j’étais encore haltérophile.

Une jeune femme casanière.

Ketty Lent a une relation fusionnelle avec sa sœur. Elles se serrent les coudes. Cette dernière l’aide grandement et la pousse à se surpasser. “Mon père, Vivian Lent, est un ancien footballeur et ma sœur est une ancienne haltérophile. Les deux m’ont inspirée pour pratiquer ce sport. J’avais 12 ans lorsque j’ai commencé. Je faisais de l’athlétisme et je n’aimais pas particulièrement l’haltérophilie.” Sa famille la soutient énormément. “Lorsque je ne fais pas de sport, je suis chez moi. Je suis casanière. J’aime faire la cuisine. Mo kontan frir sipek. Elle ajoute qu’elle adore se faire des amis.

Ketty Lent a arrêté l’école à 11 ans. “J’ai grandi au sein d’une famille nombreuse. Mon père était le seul soutien financier de la famille. Nous avons connu beaucoup de difficultés. J’ai arrêté l’école très tôt”, dit-elle, un peu gênée. Après le Grade 6, elle est admise au prévocationnel de Quartier Militaire. “J’avais des difficultés à apprendre et j’avais du mal à me faire comprendre des autres élèves et de mes enseignants. Il m’est arrivé de me bagarrer avec les filles. J’en ai eu assez de tout cela. J’ai préféré tout arrêter.”

Fière d’être haltérophile.

Ketty Lent a décidé de faire table rase du passé. Elle suit actuellement des cours d’alphabétisation le samedi, une demande de la Fédération mauricienne d’haltérophilie afin qu’elle puisse être autonome.

Les années ont passé, la petite fille du village est devenue une sportive titrée et médaillée. Pourtant, sa vie n’a pas été si simple. L’athlète a grandi au sein d’une famille de six enfants. “Je suis la benjamine.” Elle a perdu son père en 2017 et sa mère souffre d’une paralysie qui touche une moitié de son corps. “En 2016, ma mère a fait un infarctus. Je devais l’aider, il n’y avait que mon père et moi à la maison. Je faisais tout avant d’aller aux entraînements. C’était compliqué.” Aujourd’hui, sa mère arrive difficilement à utiliser sa main et son pied gauche. Elle a constamment besoin d’aide. Ses filles sont d’une grande aide.

Ketty Lent ne regrette rien de sa vie. “Je suis fière d’être haltérophile. Je me contente de ce que je reçois de la High Level Sport Unit. Mais j’avoue que si j’avais la chance d’exercer un boulot à côté, cela ne me dérangerait pas.”

La championne sera en stage en Chine le 15 février pour se préparer pour les Jeux des Îles. Elle compte participer aux Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo.

En Australie

BIO EXPRESS

Situation familiale : Célibataire.

Profession : Sportive à plein-temps.

Âge : 17 ans.

Plus grande frayeur : Les serpents.

Plat préféré : Poulet frit.

Série préférée : Empire.

Chanteur préféré : Dadju.

Les moments forts de son parcours

2015 : Ketty Lent décroche la quatrième place dans la catégorie 58 kg aux Jeux des Îles de l’Océan Indien à La Réunion. Elle remporte aussi la médaille de bronze aux Jeux de la Jeunesse du Commonwealth aux îles Samoa.

2016 : Elle obtient deux médailles d’argent aux championnats du Commonwealth en Malaisie. Elle est également lauréate du National Sports Award et décroche trois médailles d’or et trois médailles d’argent aux championnats d’Afrique.

2017 : Elle reçoit à nouveau le National Sports Award et remporte six médailles d’or aux championnats d’Afrique Youth et Juniors en Ouganda. Elle participe également aux championnats du Commonwealth en Australie et remporte une médaille d’or dans la catégorie 58 kg.