Le Premier ministre, qui participait hier à Kewal Nagar à la fête culturelle organisée pour commémorer l’anniversaire de sir Seewoosagur Ramgoolam, a renouvelé sa conviction d’être reconduit au pouvoir aux élections générales de 2015 comme cela a été le cas en 2005 « sans béquilles ». Avec en toile de fond l’histoire du Parti travailliste et la lutte pour l’indépendance et le développement du pays par SSR, il n’a pas épargné ses adversaires politiques du jour qu’il a qualifiés d’« opposition stérile » favorisant leur intérêt personnel au détriment de l’intérêt commun. Il a aussi affirmé que le « Ptr s’inspirera des mêmes valeurs et des mêmes principes que SSR ». Selon lui, un vrai socialiste doit pouvoir refuser le pouvoir construit sans principes.
C’est lors d’une conversation, dit-il, qu’il a eue à Madagascar avec l’ancien président de la République française Jacques Chirac lors d’une réunion des chefs d’État de la Commission de l’océan Indien qu’il a évoqué les élections de 2015. « Le président Jacques Chirac m’a félicité pour ma victoire lors des élections générales qui venaient d’être organisées et m’a avoué qu’il a suivi de près le déroulement de ces legislatives. L’ambassade de France à Maurice lui avait alors informé que j’étais populaire mais que mathématiquement il était impossible pour moi de remporter ces élections. Je leur ai montré que cela était possible. Je referai la même chose en 2015 sans béquilles », a soutenu Navin Ramgoolam.
Le PM a déclaré que le Parti travailliste est différent des autres partis dans la mesure où il met les intérêts du pays avant les intérêts personnels. « Le Parti travailliste a lutté pour obtenir l’indépendance, l’éducation gratuite, les prestations sociales, la pension de vieillesse, la pension des veuves et a introduit l’État providence pour tous les Mauriciens. C’est pourquoi, il est important que vous sachiez choisir le parti qui doit gouverner ce pays », a-t-il insisté en rappelant les critiques formulées contre les grands projets comme la construction de l’autoroute et l’Université de Maurice.
Par ailleurs, Navin Ramgoolam a déclaré qu’en 1965 lors de la conférence constitutionnelle, sir Seewoosagur Ramgoolam avait réclamé le droit de vote à 18 ans. Cependant, le gouverneur d’alors, John Shaw Rennie, avait refusé sous le prétexte qu’on risque d’introduire la politique à l’école. « Il a demandé à l’assistance de voter pour un parti qui a son idéologie avec un leader qui a une vision et pas pour ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et qui ne se soucient que du présent. » Toujours, sous ce chapitre, il a insisté qu’un vrai socialiste doit refuser le pouvoir politique construit sans principes. Il y a des choses que je ne ferai pas moi : « Se marier, divorcer, se remarier redivorcer pour se remarier et pour divorcer bientôt. Avek mwa kan ou ale ou al enn sel ale. »
Évoquant le projet de réforme électorale, il a observé que les gens pensent que ce sera un rapport. Ce n’est pas le cas. « Lorsque le document sera prêt et sera diffusé sur internet, vous verrez le combat mené par SSR et ses compagnons de lutte depuis la création du Ptr en 1936, jusqu’à la conférence constitutionnelle en 1965 », a-t-il dit, en rappelant que le livre blanc sera publié « lorsqu’il sera prêt ».
Navin Ramgoolam s’est appesanti sur la lutte du Ptr pour l’indépendance et a observé qu’il n’est pas vrai de dire que SSR était contre l’indépendance et que celle-ci a été obtenue sur un plateau. Il a rappelé que le Ptr est le deuxième plus vieux parti politique dans la région après l’ANC. « Nous nous sommes battus pour obtenir le suffrage universel et d’autres choses et avons remporté élections sur élections. Combien d’élections a-t-il fallu remporter pour obtenir l’indépendance. » Il a souligné que les élections de 1959 avaient été remportées par le Ptr avec une majorité écrasante après l’introduction du suffrage universel. « En 1963, malgré les divisions entre les communautés, les castes entretenues par les pouvoirs coloniaux, le Ptr a à nouveau remporté les élections. »
« Opposition stérile qui se livre à la démagogie »
Navin Ramgoolam a expliqué comment les Britanniques ont utilisé la division entre les partis pour tenter de retarder l’accession du pays à l’indépendance. « Anthony Greenwood, dans son discours d’ouverture de la conférence constitutionnelle, avait clairement fait comprendre que rien n’avait été décidé et qu’il fallait attendre pour voir s’il fallait parler de l’indépendance réclamée par le Ptr ou de l’association que le PMSD réclamait. Lorsqu’on lit cela, on comprend la tragédie de Maurice qui n’a pas changé jusqu’aujourd’hui. Nous avons encore une opposition stérile qui se livre à la démagogie. Lorsque les Anglais ont vu que le Ptr disait une chose, que le CAM ne disait pas tout à fait la même chose, tout comme I’IFB et que le PMSD dit tout à fait le contraire, ils ont essayé de capitaliser dessus », a déclaré Navin Ramgoolam.
Par ailleurs, le Premier ministre a cité un article écrit par André Masson dans Le Mauricien qui disait que « personne ne peut blamer le Dr Ramgoolam contre l’excision de Diego Garcia en raison de la pression exercée par les Anglais pour nous empêcher d’obtenir notre indépendance ». S’agissant des Chagos, il a observé qu’Harold Wilson avait dit que la Grande-Bretagne n’était pas obligée de parler de l’archipel qui selon lui « appartenait aux Britanniques ».
Navin Ramgoolam a par ailleurs estimé que sans l’indépendance, il n’y aurait pas eu le développement que connaît le pays aujourd’hui. Il a cité le livre de Benjamin Moutou qui explique que les Anglais n’avaient rien fait pour Rodrigues et où le développement n’a commencé qu’après l’indépendance.
Navin Ramgoolam est revenu sur le parcours de SSR, de sa fugue pour se rendre dans une école catholique où il a été accueilli par Mme Syryus. Il a rappelé que cette dernière n’était pas seule puisqu’elle a bénéficié du soutien du maître d’école d’alors, dont la petite fille, une certaine Mme Liliman, était dans l’assistance. Il a aussi rappelé que c’est une personne du nom d’Edma Noël qui a appris au jeune Seewoosagur Ramgoolam à écrire. Des années plus tard, c’est le petit fils ce cette dame, Karl Noël, qui était son professeur de français au collège Royal de Curepipe.
Navin Ramgoolam est revenu sur l’aide accordée à SSR par JMD Athia. Il a rappelé comment SSR avait pris la défense ce même JMD Atchia, alors maire de Port-Louis, contre un groupe d’hindous qui voulaient construire un crématoire au Pleasure ground. Ce qu’avait refusé M. Atchia qui avait proposé un site alternatif.
Navin Ramgoolam a aussi évoqué l’engagement de SSR à Londres, de l’adhésion à la Fabian Society et de son élection à la présidence de la branche londonienne de l’Indian National Congress de Londres. Ce qui lui a donné l’occasion de côtoyer les grands freedom fighter ainsi que le Mahatma Gandhi.
Navin Ramgoolam n’a pas évité de critiquer certaines personnes au sein de son propre parti qui découragaient l’arrivée des nouveaux venus. Il a rappelé qu’après l’adhésion de SSR au parti travailliste, certaines personnes avaient dit à Renganaden Seeneevasen que ce dernier représentait une menace pour lui. Renganaden Seeneevasen leur a répondu que si on a réussi à apprendre au Ptr à marcher, SSR lui apprendrait à courir. Il a aussi rappelé que sir Gaëtan Duval avait voulu intégrer le Ptr mais a été découragé par certains dirigeants rouges. C’est à ce moment qu’il s’est joint au Parti Mauricien. Plus près de nous, il a rappelé que le père de Veda Baloomoody était un agent connu du Ptr dans la circonscription N° 1. Son père avait voulu qu’il intègre le Ptr mais il a été découragé par certains de ce parti. Il s’est alors joint au MMM. Il a parlé du lien étroit qui existe entre Seewoosagur Ramgoolam, Guy Rozemont et Renganaden Seeneevasen.
Navin Ramgoolam a aussi parlé des liens entretenus par SSR avec les leaders africains, dont Mandela. « Alors que SSR écrivait à Mandela en prison, certains au gouvernement d’alors recevaient De Klerk en leur résidence. »
Le Premier ministre a conclu son intervention en parlant de l’attachement du Ptr aux valeurs et principes laissés par sir Seewoosagur et a parlé de sa volonté de travailler pour un seul pays, une seule nation et un seul destin.