Cela fait 42 ans qu’il roule sa bosse en tant que pratiquant avant d’embrasser une carrière d’entraîneur en 1980, alors qu’il n’avait que 22 ans. Celui qui avait commencé par le karaté à l’âge de 10 ans sous la direction de Georges Li Ying Ping a ensuite pratiqué du tae kwon do avant d’embrasser une carrière d’entraîneur en boxe française. Judex Jeannot a ensuite choisi le kick-boxing, une discipline qui lui a permis d’être reconnu mondialement après les deux médailles d’or de Fabrice Bauluck et de James Agathe et les deux d’argent de Burtlan Simisse et de Facson Perrine. Au final, Maurice a terminé à la sixième place sur 47 pays participants. Rencontre avec un Champion Maker.
On connaissait tous Judex Jeannot que certains qualifient de « grande gueule » en raison de son franc-parler. Mais lui sait qu’il pèse bien ses mots avant d’ouvrir sa bouche. Et s’il le fait, c’est surtout pour défendre l’intérêt de ses boxeurs et de la fédération qu’il a aidé à mettre en place en 1993. La performance exceptionnelle réalisée au Brésil mérite qu’on s’attarde un peu plus sur cet entraîneur qui n’aime pas être aux devants de la scène. Lui préfère se concentrer sur la préparation de ses tireurs et il le dit souvent « qu’un championnat du monde se prépare deux ans à l’avance.  » C’est pour dire que Judex Jeannot est quelqu’un de très méticuleux et que son travail est fait avec beaucoup de sérieux et de détermination. Ses méthodes et ses principes lui ont permis de gravir les échelons et d’être aujourd’hui là où il se trouve et surtout de faire le travail qu’il fait avec autant de passion : celui de fabriquer des champions.
Age de 52 ans – il soufflera très bientôt ses 53 bougies – Judex Jeannot a goûté au sport alors qu’il n’avait que 10 ans. C’est vers le karaté qu’il s’est tourné. « C’est grâce à mon grand frère, feu Jocelyn, que j’ai découvert le sport. Je lui dois beaucoup. Je l’ai suivi et j’ai découvert le karaté. J’ai beaucoup aimé cette discipline avec Georges (Li Ying Ping). Après sept années de pratique, je sentais que ce n’était pas cela que je voulais à 100%. J’ai donc passé au tae kwon do que j’ai pratiqué pendant une année avec Mario (Hung Wai Wing)  » se remémore-t-il.
C’est ensuite vers la boxe française que Judex Jeannot s’est tourné en 1980. Il a même aidé à monter l’un des premiers clubs de l’île, notamment à Rose-Hill. Il n’empêche qu’il ne sera pas pratiquant pour cette fois, mais bien entraîneur, alors qu’il est âgé de 22 ans à peine . « Un grand entraîneur français, nommément Hervé Bruande, était à Maurice pour une formation et il avait choisi quatre personnes pour être entraîneur. J’étais parmi ces quatre.  » Après 11 années au sein de cette fédération, Judex Jeannot prendra ses distances pour se lancer dans le kick. Il avouera avoir pris deux années pour bien comprendre comment cette discipline fonctionnait avant de se lancer.
C’est ainsi qu’en 1993, il était parmi ceux qui ont créé  la fédération, laquelle sera reconnue par le ministère de la Jeunesse et des Sports en 1997. « Lorsque j’ai pris mes distances de la boxe française, j’avais de très bonnes relations avec des Réunionnais et Malgaches. Ces derniers ont également pris leurs distances de la boxe française pour se mettre au kick. C’est alors que cette discipline a  fait ses premiers pas au niveau de l’océan Indien. Ce dont je suis fier, c’est que nous avons lancé le kick aux Seychelles. « 
Le moment le plus fort de sa carrière ? Ce n’était même pas la peine de la lui poser. Qualifier quatre boxeurs en finale pour un si petit pays comme Maurice a été un moment magique. « Je félicite tous les tireurs. J’ai une pensée spéciale pour Fabrice. C’est une suite logique qu’il soit champion du monde. Il ne manquait que cette médaille et il est allé la chercher. Sa réussite est normale. Comme je le disais avant la compétition, il fallait être vraiment très fort pour battre Fabrice. Je suis très content pour lui. C’est un modèle d’humilité et de régularité pour les jeunes « , fait-il remarquer. Judex Jeannot dira que cette performance mauricienne a dépassé ses espérances. « C’est exceptionnel. Même le Brésil et la France qui avaient pourtant entre 30 et 40 tireurs engagés dans les deux styles (K1 et low kick) n’ont pu faire mieux en décrochant une médaille d’or seulement chacun », avance-t-il avec beaucoup de fierté.
Victoires acquises à l’entraînement
Selon lui, les médailles n’ont pas été gagnées sur le ring au Brésil, mais bien en salle, à Maurice, lors des séances d’entraînements intenses. « Comme je le disais avant la compétition, on avait retrouvait le James Agathe que nous avions connu par le passé et aussi que Facson faisait des efforts colossaux pour se ressaisir . Je disais aussi que Burtlan progressait beaucoup et que Fabrice était impeccable, sans oublier que Boris avait repris conscience de son potentiel. Je suis cependant très triste qu’il n’ait pas atteint la finale, alors qu’il en était capable », a indiqué l’entraîneur national.
Ce qui a aussi plu à Judex Jeannot, c’est l’abnégation de ses tireurs, leur motivation, leur détermination et surtout cette envie de toujours se surpasser. « Comme je l’ai dit, c’est une des meilleures sélections nationales que j’ai entraînées. Cela se sentait qu’on allait réaliser quelque chose d’exception et aujourd’hui je suis comblé qu’on ait pu atteindre notre objectif « , a-t-il fait remarquer. A travers cette performance, Judex Jeannot a réaffirmé sa conviction à l’effet que Maurice a du talent et ce, dans plusieurs disciplines. Il dira aussi que même si le kick-boxing n’est pas une discipline olympique, elle demeure tout de même un sport très compliqué et très dur.
Et que dire après les deux titres mondiaux ? La fédération mérite-t-elle encore plus de soutien des autorités concernées ? « Je n’ai plus envie de demander quoi que ce soit. Nous avons tellement milité pour avoir plus de moyens et au final, nous n’avons pas été écoutés. C’est la raison pour laquelle je préfère me taire. Nous avons aujourd’hui matérialisé notre objectif avec le peu de moyens dont nous avons disposé. Si ceux concernés trouvent qu’on mérite plus, alors qu’ils nous soutiennent davantage », a-t-il conclu.