Exubérante, volubile : on entend souvent le grand rire de Jeannette Matadeen avant de la voir. Fille de cuisinière, Jeannette a préparé son premier repas à onze ans. Elle s’en souvient bien, c’était “enn kitiri ek so satini pwason sale ek pomdamour griye”. Et comme delo swiv kanal, c’est tout naturellement qu’elle a choisi la cuisine pour métier.
Jeannette habite à Pavillon et travaille tout près, à Cap Malheureux, dans un campement loué aux touristes. Cela fait trente-deux ans qu’elle a le même employeur et voit arriver des visiteurs de toutes nationalités. Elle a appris un peu les rudiments de leurs langues mais, pour le reste, Jeannette laisse parler les bons petits plats qu’elle leur fait en chantant : des gratins, des beignets de toutes sortes, des acras de sardine et toutes les spécialités mauriciennes. Les étrangers se régalent, lui font moult compliments et n’entendent plus manger au restaurant. Certains l’appellent même le “Soleil de Cap Malheureux”, et versent une larme au moment de boucler leurs valises. Jeannette est toujours sûre de les revoir car, d’année en année, ce sont les mêmes familles qui reviennent.
Aujourd’hui veuve, Jeannette est mère de six enfants. Elle a tristement perdu deux d’entre eux : Mélonie, son aînée, morte en bas âge, et Jonathan, décédé à vingt-trois ans lors d’un accident, en janvier 2015. Depuis, Monette, Magdala, Jimmy et Tony font bloc autour de leur maman. Jeannette fonde ses espoirs sur ses douze petits-enfants, qu’elle trouve, chacun à sa façon, remplis de qualités. Croyante, elle demande à Dieu une bonne santé et qu’elle puisse les voir un jour tous mariés et heureux.