«Nu pa lé toilet publik devan nu lacaz», «nu pa lé toilet publik devant nu la cuisine»: c’est en ces termes qu’une cinquantaine d’habitants de Klondike Road exprimaient, hier, leur révolte face à la construction entamée par la Beach Authority (BA) en face de leur résidence. Pour cause: ces toilettes publiques seraient une nuisance pour leur localité avec non seulement les risques d’odeurs nauséabondes en temps de brise de mer, mais aussi avec des va-et-vient constants des utilisateurs. Soutenant qu’ils ne sont pas contre la construction des toilettes publiques – une nécessité pour les plagistes et les pêcheurs, les habitants de cette localité estiment que «le lieu n’est pas approprié. La BA doit revoir son projet.» Au-devant de la construction déjà bien entamée, ils envisagent de demander, dès cette semaine, une injonction pour faire stopper les travaux.
C’est avec consternation, il y a deux semaines, que les habitants de Klondike Road, Flic en Flac, ont constaté le début des travaux devant leur porte. Allant aux nouvelles auprès du contracteur, car aucun panneau n’était encore visible quant à la nature des travaux, ils apprennent que ceux- ci sont à l’initiative de la BA qui fait construire des toilettes publiques sur ce site. «Personn pa ti conn nanien. Enn coup nou finn trouv pe fouiller, pe poz bloc», expliquent les ménagères. La construction de ces toilettes publiques devant leur domicile – et de surcroît, pour certains habitants, en face de leur cuisine – révolte les habitants de la localité qui ne comprennent pas comment les autorités ont pu prendre une telle décision. «Couma kapav construir toilet en face lacaz dimoun? Bann missié-là pas conné ki kan la brise la mer pou levé, sa lodeur-là pou incommode nou?», questionnent-ils. Et de faire ressortir qu’outre ce dérangement, des risques de dégradation de l’environnement social guettent les habitants. «C’est enn toilet publik sa! À toute heure, dimoun pou vinn servi sa. Ek couma nou conné lor laplaz ena dimoun ki boir, sa kapav créer nou boucou inconvénients. Pou ena aller-vini devan nou laporte», disent-ils.
Projet initialement prévu au débarcadère
Indiquant avoir sollicité leur député, en l’occurrence le ministre des Administrations régionales, sous lequel tombe également la responsabilité de la BA, les habitants de Flic en Flac s’insurgent que «missié-là dir li pa au courant nanien. Après, li dire pa pou kapav fer nanien, BA kinn décide sa.» De même, disent-ils, leur lettre de contestation en date du 11 février 2014 à la BA, accompagnée d’une pétition signée par tous les habitants de la localité, est restée lettre morte. C’est dans cette optique qu’une deuxième lettre en ce sens a été envoyée, vendredi 21 février, à la BA.
Les habitants de Flic en Flac – rejoints dans leur mouvement par le Forum Citoyen Libres (FCL) – indiquent qu’initialement, ce projet devait voir le jour aux abords du débarcadère. C’est d’ailleurs l’ancienne équipe de conseillers du village qui en avait fait la demande en 2012 auprès du directeur de la BA, Subash Seeruttun, indiquent Ricaud Appadu et Jeet Baznath, respectivement anciens président et vice-président du village. «À l’époque, nous avons discuté avec M. Seeruttun de l’installation des toilettes publiques au débarcadère pour les besoins des plagistes et des pêcheurs. C’est quelque chose de nécessaire. Et M. Seeruttun a même effectué une visite du site. Aujourd’hui, les plans de la BA ont changé», disent-ils. Et de souligner leur consternation qu’un tel projet sur le site de constuction constesté ait reçu au préalable l’aval des conseillers du village. «C’est inquiétant que nos neufs conseillers aient cautionné cela», disent les habitants de Flic en Flac.
Faisant ressortir qu’ils ne s’opposent pas à la construction de toilettes publiques – une nécessité –, ces habitants déplorant le mauvais choix du site, réclament l’arrêt des travaux. Hier après-midi, une cinquantaine d’entre eux sont descendus sur le site en signe de protestation symbolique. Ils indiquent qu’ils n’hésiteront pas à manifester une nouvelle fois en début de semaine si les autorités font la sourde oreille à leurs doléances. Et en cas d’indifférence des autorités, ils envisagent de deposer une demande d’injonction pour l’arrêt des travaux. «Nu pa pou laisse constrir toilet publik devan nu lacaz! Zot ti bizin refléchi: toilet pa mett devan la cusine dimoun!», tonnent-ils.