C’est un véritable cri du coeur que celui lancé hier par Sybille Menbodowah, vice-présidente de l’association Génération Agaléga, en direction des autorités lors d’une conférence de presse du Kolectif Pou Agalega. « Less bann Agaleene akouch dan zil, se zot drwa pou gagn zot baba dan Agalega », dit-elle. Ce faisant, elle a pris position d’une manière très forte hier contre le déplacement obligé des femmes enceintes à Maurice pour accoucher et le refus par la suite du gouvernement d’inscrire l’identité agaléenne sur l’acte des nouveaux nés.
La vice-présidente de Génération Agaléga a anticipé les conséquences des accouchements obligés à Maurice. « Dan 15-20 an, pa pou ena okenn Agaleen dan zil », a-t-elle dit sans détour. « Bann Agaleene pe dir ki nou bizin gagn drwa gagn nou zanfan dan nou zil », a-t-elle martelé. Une parenthèse pour souligner que les habitants de l’archipel, année après année, réclament la rénovation du service de santé afin de permettre aux femmes d’accoucher sur place dans des conditions correctes, évitant ainsi des déplacements à Maurice. Mais leurs appels dans cette direction n’ont jusqu’ici pas eu de réponse concrète… « Si pena moyen dan lopital laba pou ki zot kapav gagn zot zanfan laba, kifer zot pa kapav deklar zot zanfan kouma Agaleen lor lak de nesans ? » s’est demandé la vice-présidente de l’association.
Le droit d’accoucher dans l’archipel figure sur une liste de revendications des Agaléens que le Kolektif Pou Agalega a envoyée au ministre des Îles éparses durant la semaine. Ses animateurs en ont fait état hier lors de leur conférence de presse. Soulignons que le Kolektif Pou Agalega, qui s’est présenté pour la première fois au public hier, a été créé dans le sillage de la polémique sur le financement du gouvernement indien pour la construction d’une piste d’atterissage dans l’archipel ainsi que pour la réalisation d’autres projets d’envergure.
Les cinq revendications des Agaléens auxquelles le Kolektif accorde son soutien sont : 1) le droit à la femme enceinte d’accoucher dans l’endroit où elle vit;2) le droit à l’eau potable, aux conditions sanitaires, à l’électricité et aux facilités de communications; 3) le droit a un système éducatif adapté aux besoins de la population; 4) le droit à l’accès à la terre et; 4) le droit aux Agaléens résidant à Maurice de retourner vivre dans leur archipel.
S’agissant du Kolektif, Alain Langlois, qui en est un des animateurs et qui est aussi membre de l’Association des Amis d’Agaléga, a affirmé que cette instance « n’est pas un mouvement politique » mais qu’il s’agit d’une « démarche citoyenne pour oeuvrer dans l’intérêt et pour le bien-être » des Agaléens, en ne manquant pas de souligner que ces derniers sont « parties intégrantes de la République de Maurice ». Le kolektif, a-t-il insisté, « est ouvert à tous les Mauriciens de bonne volonté » – qu’ils soient membres d’autres organisations ou à titre individuel – « et qui veulent apporter une contribution pour le progrès d’Agaléga et pour le bien-être sa population ». Et de poursuivre : « Agaléga appartient à tous les Mauriciens. E bokou finn aksepte vinn zwen nou. » C’est ainsi que Rezistans ek Alternative en fait partie.
La principale préoccupation du Kolektif, selon ses animateurs hier, concerne l’avenir de la population à Agaléga et de cet archipel en raison du manque d’informations concernant les nouvelles infrastructures qui seront financées et construites par les Indiens. Le Kolektif a envoyé une lettre au Prime Ministers Office le 22 juin dernier dans laquelle ce groupe demande au gouvernement de rendre public le contenu de l’accord signé par les deux parties. Mais il n’a reçu aucune réponse à ce jour. Tour à tour, les différents intervenants hier ont réitéré leur requête pour la publication de ce MoU. « Se nou drwa pou kone ki ena ladan. Nou bizin o kouran se ki pe pase. Se nou ki met politisien dan parlman e zot bizin dir nou se ki pou arive », s’indigne Sybille Menbodowah devant ce manque d’informations. « 55 an apres derasinman pep sagosien batay pou regagyn Sagos ankor pe deroule. Person pa ti kone ki pou ena enn baz militer dan Sagos. Nou pe selebre 50 an lindepandans nou pei lane prosen e nou pale enn lot baz militer dan teritoir Moris. Se pou sa ki nou pe dir rann piblik lakor pou ki tou morisien kone ki ena ladan », a ajouté Veena Bholah, de Rezistans ek Alternativ, concernant le MoU.
Le Kolektif Pou Agalega, affirment ses animateurs, souhaite engager un « dialogue constructif » avec le ministre des Îles éparses sur les doléances des Agaléens et sur les projets de développement à venir dans l’archipel, d’où sa demande pour le rencontrer. « Les Agaléens sont des citoyens de la République de Maurice et doivent bénéficier des mêmes droits et des mêmes conditions de vie que les habitants à Maurice et à Rodrigues. Nous voulons discuter avec les autorités pour trouver ensemble des solutions aux problèmes quotidiens des Agaléens », a affirmé Alain Langlois, en espérant que le ministre des Îles éparses réponde positivement à leur appel.