• Le collectif : « Il convient d’abord d’abroger la section 145 du code civil, qui contredit le Children’s Bill et permet le mariage à 16 ans avec l’accord des parents »

Une plateforme commune, le Kolektif Droit Imin, qui réunit cinq Ong – Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM), Gender Links (Mauritius), Young Queer Alliance, Collectif Arc-en-Ciel (CAEC) et Pils –, a animé un point de presse ce 16 septembre pour émettre « deux principales propositions relatives à la présentation, ce mardi 17, du tant attendu Children’s Bill à l’Assemblée Nationale ».

Ces deux points relevés par le Kolektif Droit Imin concernent « l’abrogation de la section 145 du code civil, qui vient contredire le Children’s Bill » et que « l’âge de la responsabilité criminelle soit de 16 ans, plutôt que 12 ans ».

Anushka Virahsawmy, de Gender Links (Mauritius), est catégorique : « L’article 145 du code civil est en totale contradiction avec le Children’s Bill. Cette nouvelle loi, que nous saluons tous d’ailleurs au passage, car il était très attendu, interdit certes le mariage forcé. Cependant, que dit l’article 145 du code civil ? Eh bien tout simplement que les enfants de 16 ans peuvent contracter un mariage, moyennant le consentement de leurs parents, un adulte qui serait leur tuteur, entre autres. »

De fait, rebondi Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue, « nous n’avons aucune garantie que les mariages d’enfants cesseront ». Elle poursuit : « Si l’on veut que le Children’s Bill jouisse de son statut total de loi, il faut que cette section 145 du code civil soit abrogée. Autrement, la confusion perdurera toujours. (…) On connaît très peu d’enfants qui oseront dire non à leurs parents ! »

Mélanie Vigier de Latour-Bérenger fait remarquer : « Plusieurs études prouvent que le cerveau humain n’atteint sa maturité qu’à 25 ans. Or, quand une fille de 16 ans est contrainte au mariage, c’est un bouleversement complet sur une foule de plans. » La professionnelle en psychosociologie a énuméré les différents « changements et désavantages » que causent un mariage et des grossesses précoces, comme l’épanouissement humain, qui est altéré.

« Plusieurs facultés – comme l’empathie, le sens de la responsabilité et la morale – ne se développent pas de la même façon que chez un humain normal. De plus, cette fille-mère sera contrainte de ne plus fréquenter l’école… Ce qui entraîne encore d’autres problèmes de dépendances, d’addictions, voire de comportements suicidaires. »

Rappelant de récents cas ayant défrayé la chronique, Mélanie Vigier de Latour-Bérenger et Anushka Virahsawmy ont réitéré leurs appels au gouvernement afin que ce dernier « prenne bien en considération tous ces détails afin d’éviter d’autres cas de ce genre ».

Sur la question de l’âge de la responsabilité criminelle, tel qu’inscrit dans le Children’s Bill, le Kolektif Droit Imin fait ressortir que « 12 ans, comme préconisé dans cette nouvelle loi, est trop peu », poursuivant : « Nous sommes d’avis que 16 ans est un âge davantage approprié. » À 12 ans, s’est insurgé Anushka Virahsawmy, « se enkor enn baba ». Et Amélie Vigier de Latour-Bérenger de rappeler qu’à cet âge, « l’enfant n’a aucun sens du bien et du mal ».

Qui plus est, soutient le collectif, « une institution pénitentiaire comme un RYC ou une CYC n’est pas un enDroitt pour un enfant ». Intervenant sur cet aspect, la psychologue Emilie Duval a suggéré que « des alternatives, comme l’accompagnement parental entre autres, peuvent être proposées aux parents dont les enfants présentent des troubles et des comportements déviants ».

Le Kolektif Droit Imin a fait un vibrant appel aux décideurs politiques : « Nous louons le courage pris pour enfin venir avec le Children’s Bill, qui est d’une importance capitale dans notre société. Cependant, nous tenons à rappeler à chaque politique, quel que soit le gouvernement qui se mette en place, qu’investir dans l’humain est primordial. »

Selon cette plateforme commune : « C’est bien de créer des infrastructures, de construire, etc. Mais nos enfants, ce sont les leaders de demain. Les enfants représentent 25% de la population. Si nous n’investissons pas en eux maintenant, que deviendront-ils par la suite ? »