Quelque 800 personnes dont des conférenciers, des délégués et des invités sont attendus à l’auditorium Octave Wiehe dimanche prochain à l’occasion de la première Konvansion kreol organisée par le Komite Diosezin Premie Fevriye (KDPF). « Le malaise créole est derrière nous. Le temps est venu de s’affirmer et de se poser dans la République de Maurice », a déclaré Jean-Maurice Labour, président du KDPF, lors d’une conférence de presse en présence des principales partie prenantes dont Jimmy Harmon, Alain Romaine, Marjorie Desvaux, Dario Ramalingum, Roseline St Pierre et Jean Yves Violette.
Cette convention qui a nécessité quelque deux ans de préparation débouchera sur la publication d’une Charte intitulé « kreol dan ledikasion akademik ». Elle intervient 20 ans après que le père Roger Cerveaux, aujourd’hui décédé, eut lancé le débat sur le malaise créole. « C’était alors un cri de désespoir lancé comme un pavé dans la mare pour beaucoup de créoles en direction d’abord de l’Église Catholique dans laquelle ils ne trouvaient pas leur place mais également en direction de la société mauricienne dans son ensemble, dans laquelle beaucoup de créoles se sentaient marginalisés », a observé Jean-Maurice Labour. Cette affirmation a provoqué beaucoup de discussions, de recherches, d’affirmations. « La cause créole est devenue une cause nationale », a poursuivi le président du KDPF. Durant ces vingt dernières années, beaucoup de développements sont intervenus. La question créole a pris son importance dans la République. La langue créole a trouvé ses lettres de noblesse avec son dictionnaire et sa reconnaissance comme médium d’enseignement dans l’éducation. La culture créole est aujourd’hui reconnue. Elle est non seulement prise en compte dans l’Église mais appliquée concrètement dans la liturgie et dans les chants religieux. La Commission Vérité et Justice, qui s’inscrit dans cette démarche historique, a reconnu les conséquences de l’esclavage sur le peuple créole et a mis le doigt sur les discriminations dont il est l’objet, affirme Jean-Maurice Labour.
Cette convention est l’occasion de réunir tous ceux qui travaillent à l’avancement des créoles et de leur donner l’occasion de réfléchir sur des thèmes sociétaux dans le but de permettre aux membres de la communauté de participer et de s’engager dans la société mauricienne. « Cette convention ne vise à créer aucune fédération en vue d’une action commune, mais plutôt à partager humblement des opinions endogènes et des analyses fondées sur des études scientifiques, des observations et des expérience personnelles », a fait ressortir le père Labour. Ce sera l’occasion de vulgariser les recommandations du rapport de la Commission Vérité et Justice en faveur des descendants d’esclaves. Le thème de cette convention est “Kreol dans ledikasion segonder”. Le KDPF veut ainsi étudier les cas où des créoles ont réussi leur parcours scolaire et s’en servir par la suit pour établir des déclarations universelles qui permettraient à la communauté créole de prendre les mesures nécessaires afin que l’éducation devienne un tremplin dans leur vie.
Jean Yves Violette, qui sera le modérateur durant la journée de dimanche, a insisté sur l’importance de cette convention qui selon lui est un événement historique dans la marche de la communauté créole et pour toute l’île Maurice. Il a annoncé que l’invité d’honneur de cette journée sera le haut commissaire d’Afrique du Sud à Maurice, le Dr Nomvuyo Nokwe. Elle s’adressera à l’assistance. Un panel constitué de plusieurs personnalités réagira par rapport à une étude scientifique réalisée par le KDPF et contribuera à l’élaboration de la charte. Il s’agit notamment d’Eddy Balancy, d’Arlette Drack, d’Eddy Jolicoeur, du Dr Daniel Marie, du Dr Pascal Nadal et du Dr Danielle Palmyre.
En réponse à une question portant sur la grève de la faim de Sylvio Michel et des membres des Verts fraternels, Alain Romaine a exprimé sa solidarité avec les grévistes et soutenu que la cause créole et des descendants d’esclaves est une cause juste. Elle est multidimensionnelle : politique, sociale, économique et culturelle. Elle concerne l’éducation mais également l’empowerment. Pour lui, toutes les dimensions sont convergentes.