La première Kovansion kreol organisée par le Komité Diosezin Premie Fevriye (KDPF) a débouché hier sur l’adoption d’une charte pour l’avancement de chaque famille créole dans l’éducation au terme des travaux qui ont duré toute la journée. « C’est maintenant que le travail commence », a déclaré au Mauricien Jean Maurice Labour, président du Komite Diosezin Premie Fevriye. La charte souligne que l’éducation est un droit, un devoir pour tous les humains. « Tou sosiete bizin travay pou ki sak fami gagn drwa ledikasion san okenn distinksion kiltir, kouler, relizion ou klas sosial. Tou imin bizin fer tou seki posib pou gagn akse e profit o maximum sa bann drwa-la », est-il souligné.
La convention s’est articulée autour d’une étude réalisée par Jimmy Harmon et Marjorie Desveaux auprès des enfants du monde sur le thème « From nothingness to resilience. A case study of Kreol resilience in Mauritius… ». Les dix membres formant partie d’un panel institué par le KDPF ont réagi à leur manière par rapport à l’étude en évoquant chacun son parcours personnel.
La parole a ensuite été donnée aux délégués venant de tous les coins de l’île qui ont transmis les nombreux témoignages recueillis pour démontrer comment de nombreux jeunes et des familles ont réussi à utiliser les opportunités qui se sont présentées dans des moments et des conditions des plus difficiles pour réussir dans leurs études. Le rôle des parents, celui de leur environnement proche et de la foi ont été parmi les principaux moteurs notés de cette résilience. Ces témoignages ont servi pour la rédaction d’une charte qui a été adoptée par l’assistance à la fin de la journée. Il a été également question du système de « Prevoc » qui selon des intervenants doit être revu. L’importance non seulement de la langue anglaise et française mais aussi de l’hindi et du mandarin a aussi été soulignée.
Par ailleurs, un vibrant hommage a été rendu au défunt père Roger Cerveau qui a lancé le cri du « malaise créole » en 1993. À la fin de la cérémonie hier, une prière émouvante qu’il avait dite peu avant son décès, a été diffusée.
Pour Jean Maurice Labour La Konvansion kreol, qui s’est avérée être un succès, n’est pas une fin en soi. « C’est maintenant que le travail commence », a estimé le président du Komite Diosezin Premie Fevriye. « Une charte a été adoptée par l’assistance. Chaque article de la Charte nécessitera une session de travail si on veut qu’il s’infiltre dans chaque famille. Il y a la confiance en soi, le travail de la résilience, le rejet du fatalisme etc. Le rôle des parents a été un des points forts évoqués par tous les participants et à travers tous les témoignages. La mise en pratique de la Charte commence maintenant. Nous aurons des sessions de travail avec les organisations créoles qui ont organisé la convention. Ensuite, nous descendrons sur le terrain pour vulgariser la charte auprès de familles. C’est un gros travail qui commence », a-t-il déclaré.
Pour sa part, l’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, qui a assisté à la convention durant toute la journée, s’est dit très heureux d’y avoir participé. « J’ai vu émerger un grand engagement de la communauté créole qui repose sur un parcours déjà fait. Cela donne beaucoup d’espoir », a-t-il dit.
Le juge Eddy Balancy qui faisait partie des membres de panelistes a pour sa part expliqué que sa participation à cette convention « est principalement due à mon souci pour l’éducation et ma croyance que l’éducation est nécessaire pour l’avancement du peuple mauricien ». « Je crois que les conclusions de cette conférence seront utiles pas seulement pour la communauté créole mais aussi pour toutes les communautés. C’est une bonne chose que cette conférence se soit faite avec la bénédiction de l’église parce qu’elle lui donne une certaine dimension spirituelle. Lorsque je parle de spiritualité, je parle d’une spiritualité universelle. Cela n’a absolument rien de sectaire ni de communautaire ou de religion séparée. J’ai en tête l’universalité ».
Dev Virahsawmy, linguiste, qui a aussi participé à cette convention, a félicité les organisateurs « d’avoir offert un événement de haute qualité en termes d’organisation et de contenus ». « Pour ceux qui ont suivi l’évolution de la langue créole, nous pouvons dire qu’aujourd’hui la langue créole à travers cette convention a franchi une nouvelle étape de son évolution », a-t-il dit. Pour lui, un autre aspect mis en valeur par cette convention a été l’importance des parents dans l’éducation des enfants. « Nous savons qu’il y a chez les familles créoles beaucoup de familles éclatées. Donc ceci interpelle les organisateurs et les dirigeants à voir comment on peut consolider les assises de la famille au sein de la communauté créole. Cela est indispensable pour le développement des enfants. » Il a aussi observé que l’autre élément important pour le développement de l’enfant c’est la foi. « Or, nous savons très bien qu’un pourcentage très faible de catholiques fréquentent l’église. Il faut savoir pourquoi ces Catholiques boudent l’église et que faut-il faire pour les intéresser aux activités de l’église car cela peut nous aider à consolider la famille et ainsi aider les enfants à se développer », a-t-il dit. Dev Virahsawmy s’est dit particulièrement heureux que la question de la langue anglaise a été soulevée « parce que très souvent les créoles croient que l’Anglais n’est pas pour eux ». « Or, nous savons que pour le développement de l’île Maurice, de cette République maritime que notre pays est devenu, l’anglais deviendra une langue extrêmement importante non seulement parce que c’est la langue officielle de Maurice mais c’est aussi la langue dominante de l’Afrique du Sud, de l’Inde et de la Chine. Si les créoles boudent l’anglais, ils ne pourront pas participer à ce grand projet de développement qui est prévoir pour l’île Maurice de demain. La langue anglaise est un facteur très important pour l’évolution de la communauté créole et pour le développement des enfants créoles », a insisté Dev Virahsawmy.
Pour sa part, Philippe Ah Chuen, a soutenu que s’il n’est pas lui-même créole il doit beaucoup à ses professeurs créoles de l’école De la Salle RCA « qui m’ont permis d’aller au College Royal de Port-Louis avec des valeurs de la vie ».