Des étapes décisives ont enfin été franchies pour la pleine reconnaissance du Kreol. Tandis que le pays célèbre sa fête nationale, beaucoup reste à faire pour permettre à sa langue de retrouver la place qui lui est due. Les linguistes Vinesh Hookoomsing, Arnaud Carpooran et la responsable du Kreol au MIE, Nita Rughoonundun-Chellapermal, ont répondu à l’appel de Marie-Noëlle Elissac-Foy, d’Ayo Culture. Au Book Café, ils ont retracé les différentes étapes du Kreol Morisien, jusqu’à son introduction comme langue optionnelle au primaire, et ont évoqué les prochains secteurs à être touchés.
Pour Arnaud Carpooran, toute langue doit évoluer en prenant de nouvelles bouffées d’oxygène, sinon elle est appelée à mourir. Par conséquent, le Kreol devra être amené, entre autres, dans les domaines académique, scientifique, religieux, politique et juridique. Lors de son intervention, il a situé la spécificité de la langue Kreol à Maurice.
Il a rappelé la création du dictionnaire monolingue, réalisé sans une réelle volonté de l’État dans un premier temps. Ce qui permet de situer Maurice comme un cas particulier, où la création d’un dictionnaire est concrétisée par divers organismes avant d’aboutir à une orthographe. Un fonctionnement démocratique, malgré les appréhensions de ceux qui s’attendaient à une révolution si le Kreol était introduit à l’école. C’est maintenant chose faite. Et Arnaud Carpooran d’ironiser que de révolution, il n’y en a point eu.
Le Pr Vinesh Hookoomsing a, pour sa part, rappelé qu’un curriculum est établi pour les classes du primaire. Il a souligné que depuis 1975, un projet d’introduction de langues maternelles à l’école existait déjà. Projet qui ne devait cependant pas aboutir. D’autre part, il a indiqué que la première production littéraire non franco-mauricienne est sortie en 1971, portant la signature du poète Jean Erenne (René Noyau). Un ouvrage intitulé Tension Cailleman. Un lien organique est établi entre ce qui est qualifié de “langue haute” (le français) et de “langue basse” (le Kreol). Or, le Kreol Morisien passe cette étape avec le temps pour devenir “langue d’unité nationale” pour tout Mauricien.
Autre étape : la langue devient une des composantes de la revendication ethnique et identitaire dans un contexte pluriculturel. Le Pr Vinesh Hookoomsing fait comprendre que ce sont là les soubassements pour une perspective d’avenir. Une dynamique pour l’unité nationale, la langue Kreol appartenant à tout Mauricien.
A aussi participé à ce forum-débat, Nita Rughoonundun-Chellapermal, qui a énuméré les différentes stratégies mondiales, dont les objectifs du millénaire, avant d’aborder la question de l’alphabétisation et des structures légales mises en place.