Vu il y a quelques mois sur la scène de La Traviata, Kurty Geneviève, 32 ans, est un danseur polyvalent. Du ballet à la danse africaine, en passant par la danse classique indienne et la fusion, le jeune homme s’adapte à tous les styles avec une assurance remarquable.
Entre sensualité, passion et émotion, la danse classique exécutée par Kurty Geneviève et sa partenaire lors de l’opéra La Traviata, il y a quelques mois, était tout simplement sublime. Une chorégraphie d’une grande délicatesse, comme celles qu’il avait proposées pour le concert de séga De l’ombre à la Lumière de Linzy Bacbotte ou encore pour d’autres spectacles, dont Mouv’ance, Hommage West Side Story et Soul of the World.
Pour chacune de ces sorties sur scène, Kurty a brillamment mis en évidence sa faculté à s’accorder avec des registres variés. “Je ne veux pas m’arrêter à un style. Je veux tout apprendre de cette discipline. Derrière chaque danse, il y a une grande recherche. Comme dans l’art en général, tous les thèmes sont exploitables par la danse. C’est ce qui me séduit dans cette discipline.”
Hasard.
Un corps athlétique et solide; une souplesse et une agilité remarquables; une très bonne capacité au niveau de la manipulation, des sauts, de la fluidité; une précision parfaite des mouvements… Kurty Geneviève est un artiste de scène talentueux, qui fait preuve de virtuosité dans ses interprétations. Ballet, danse africaine, modern jazz, danse classique indienne, afro jazz, fusion : le jeune homme se révèle danseur polyvalent.
Cela fait seulement une dizaine d’années qu’il pratique cette discipline. Le fruit du hasard, dit-il. Rien ne le prédestinait à être danseur professionnel. Jusqu’au jour où il décide d’intégrer le groupe Sowatt, qui évolue dans le circuit hôtelier. Nous sommes en 2001. Kurty rejoint l’équipe de Patricia Sardes et se familiarise avec les différents spectacles à thèmes présentés par Sowatt dans plusieurs hôtels à travers l’île. “C’était amusant pour un jeune homme de mon âge de se retrouver dans ce milieu.” Très vite, le jeune danseur prend goût à sa nouvelle passion.
Perfectionniste.
Peu après, le perfectionniste qu’est Kurty Geneviève choisit de mettre son talent à l’épreuve en s’inscrivant aux auditions du spectacle Hommage West Side Story. C’est pour s’améliorer que le jeune homme suit parallèlement des cours de danse classique indienne et participe à une formation de modern jazz avec le danseur et professeur jamaïquain Claud Paul Henry. “La danse classique indienne était un défi que j’ai voulu relever. Ce n’est pas commun de rencontrer un homme qui danse le kathak.”
Malgré différentes initiations, Kurty n’envisage toujours pas de faire carrière dans le domaine. Le déclic survient lorsqu’il voit Claud Paul Henry pour la première fois sur scène. “Je me suis tout de suite imaginé danser comme lui. Avec toute l’émotion qui l’animait”, raconte Kurty. Il choisit de se concentrer davantage sur les spectacles à l’hôtel. Une décision que n’approuvent pas particulièrement ses parents, qui le voient plutôt choisir une carrière professionnelle plus stable.
Mais les choses évoluent vite pour Kurty, qui met le cap sur l’Afrique du Sud, en compagnie de la troupe Art Academy, dans le cadre du SADC Multi Disciplinary Festival en 2003. “Ce fut vraiment un coup de chance, car cela faisait à peine deux ans que je pratiquais la danse.” Cette première expérience est mémorable pour Kurty qui, du jour au lendemain, évolue dans la cour des grands.
Rigueur.
Maîtrisant avec brio les divers pas de danse, dont les chutes au sol, les jetés battus, les pirouettes, les battements, les sauts et autres, Kurty aura l’occasion de montrer son talent au cours du spectacle d’ouverture des Jeux des Îles de l’Océan Indien en 2003. Il fera son show sur une chorégraphie afro-jazz.
Avec le spectacle Mouv’ance, en 2004, celui qui ne jure alors que par la danse s’envole pour La Réunion. De retour à Maurice, il continue ses prestations dans les hôtels et fait de sa passion son gagne-pain. Un métier qui le fera voyager régulièrement pour représenter Maurice.
Depuis 2005, Kurty Geneviève détient un niveau grade 5 et un niveau intermédiaire en ballet et en danse classique. Des certificats reçus après avoir suivi des cours de danse classique avec Teresa David. “Ce fut une expérience différente. La perfection et la rigueur sont les mots d’ordre dans la danse classique. Pour réussir aux examens, il me fallait absolument être persévérant. Faire d’énormes sacrifices.” Des efforts qui ont payé, puisque la carrière de Kurty s’est par la suite envolée.
Omada.
Utopia the game, en 2007, sera toutefois son dernier grand spectacle avant trois longues années de convalescence faisant suite à une grave blessure au genou. Ces années ont énormément marqué Kurty, qui a été confronté à de grands moments de doute. “La frustration s’est vite fait ressentir car je ne savais pas si je pourrais remonter un jour sur scène.”
Teresa David et Anthony Joseph l’ont encouragé et aidé à se remettre sur pied après ce long break. Soul of the World l’an dernier a été comme un nouveau souffle pour la carrière du danseur, à nouveau motivé pour poursuivre dans sa voie. “Je suis animé par cette envie de toujours vouloir m’améliorer dans cette discipline. J’aimerais passer toutes mes journées sur scène. À vivre ma passion pleinement. Et, pourquoi pas, transmettre tout ce que j’ai acquis à ceux qui le souhaitent.”
Un rêve que Kurty espère concrétiser dans les années qui viennent. Le danseur fait depuis peu partie d’Omada (mot grec signifiant rassemblement), qui regroupe plusieurs artistes de Maurice. Initiatrice de plusieurs spectacles événementiels, la compagnie est dirigée par Cécile Gonzalez. “À travers Omada, je reçois une formation plus approfondie sur la danse.”
Une expérience qui lui sera certainement bénéfique. Car Kurty ne se voit toujours pas faire autre chose que danser…