« À tous mes loupés, mes ratés, mes vrais soleils •Tous les chemins qui me sont passés à côté • À tous mes bateaux manqués, mes mauvais sommeils • À tout ce que je n’ai pas été… ». Un mini spectacle s’ouvrant sur ces paroles fortes et émouvantes de la chanson “À nos actes manqués” de Jean-Jacques Goldman chantée et dansée par des jeunes vêtus de blanc ; des élèves de l’École d’Alphabétisation de Fatima se passant le micro, tour à tour pour interpréter chacun son couplet d’un hymne à la vie : c’est l’illustration d’un pari réussi. Un pari sur la vie qu’ont fait il y a 22 ans les fondateurs de cet établissement d’éducation informelle de Trou-aux-Biches Road à Triolet, un pari qu’aident à porter jusqu’à l’accomplissement autant de responsables de gestion, d’enseignants bénévoles, de personnel encadreur, de guides spirituels et de généreux bienfaiteurs.
À la fin des années 80, prenant conscience du manque d’infrastructures pour l’épanouissement des enfants défavorisés de la région, notamment au plan intellectuel et culturel, un groupe d’habitantes de Grand-Baie décide d’ouvrir une bibliothèque pour la jeunesse. Cependant, bien vite, elles doivent se rendre à l’évidence : pour qu’ils puissent profiter des livres à leur disposition, encore faut-il que ces enfants sachent lire. Ce qui n’est pas le cas pour beaucoup d’entre eux qui ont abandonné l’école ou, devrait-on dire plutôt, que l’école a abandonnés… alors que d’autres ne sont même pas scolarisés. Le projet est modifié en conséquence afin d’attaquer le problème à la racine. Fort de la présence parmi elles de la pédagogue Jeanine Grant – elle a été directrice de l’École du Nord pendant dix ans –, le groupe de bienfaitrices, toutes des bénévoles, commence par créer des ateliers de lecture accompagnée et d’expression corporelle. Une petite case en tôle et bois sur un terrain appartenant à la paroisse de Notre-Dame de Fatima à Triolet accueille deux fois par semaine une quinzaine d’enfants. « À l’époque, ces enfants traînaient dans les rues ; rejetés du circuit scolaire, ils ne trouvaient aucune structure pour les accueillir. Avec l’atelier, il y avait désormais une certaine routine dans leur vie. Alors on s’est dit pourquoi ne pas aller plus loin, vers l’alphabétisation. Nous avons commencé avec une institutrice et de nombreux volontaires notamment pour les tâches administratives et au fil des mois nous avons fini par opérer du lundi au vendredi, structurant ainsi la routine et la discipline qui s’étaient peu à peu installées dans la vie de ces enfants », confie Mme Grant, aujourd’hui présidente de l’association dûment enregistrée qui regroupe tout ce petit monde. Entre 1989, date de sa fondation, et 1996 où une nouvelle classe est ajoutée à l’école, celle-ci connaît diverses modifications et améliorations infrastructurelles, grâce notamment au soutien financier de parrains, sollicités dans un premier temps parmi des familles aisées de Grand-Baie puis parmi des entreprises et des établissements hôteliers de la région. Leur aide assure le salaire d’un enseignant à hauteur de Rs 300 par élève, de même que les frais qui vont grandissant à mesure que le bâtiment s’agrandit pour accueillir d’autres enfants des régions avoisinantes. En 1996, l’association opère parallèlement une école maternelle, ouverte au coeur de Cité Mère Teresa à Triolet. L’idée est d’encadrer les enfants dès leur plus jeune âge.