Imagine-t-on un sculpteur du village de Bambous invitant Michaelangelo dans son cabinet de curiosités décoré de totems, masques, figurines et autres formes animalières ?  C’est que fait Lewis Dick qui accueille Ewald Brigger, dit Michaelangelo, le maître-sculpteur reconnu pour ses nombreuses expositions en Suisse et à l’étranger.
On connaît un peu mieux l’énergie de Lewis Dick et son oeuvre majeure : l’Ecole de Sculpture de Bambous, projet mis en place par l’artiste mauricien et son ami Ewald Brigger, fondateur du Symposium International de Morges, en Suisse. L’école poursuit aujourd’hui son objectif principal : ouvrir une porte aux enfants défavorisés et en difficulté scolaire, leur permettre de canaliser leur énergie à coup de maillet dans le bois. Depuis sa création en 2000, l’école a vu un symposium international de sculpture à Maurice et la consécration de Lewis Dick à Morges en 2003, plus récemment de son fils et d’autres élèves à la manifestation morgienne. L’Ecole de Sculpture de Bambous compte aujourd’hui différentes branches à travers le pays.
Mais qu’est-ce qui incite un sculpteur célèbre comme Ewald Brigger à rendre visite à Lewis Dick? Le besoin de rendre hommage et une forte convergence d’idées. Ewald Brigger est à sa cinquième visite à Maurice depuis la création de l’Ecole de Sculpture. Il dit vouloir poursuivre son travail avec Lewis Dick et donner la chance à d’autres artistes mauriciens pour participer au Symposium International de Morges qui se tient tous les deux ans dans le château de Morges et réunit plus de 50 000 visiteurs du monde entier. Qu’apporte Ewald Brigger, essentiellement ? La reconnaissance d’un style mauricien, dit-il, et un hommage à ces jeunes qui travaillent le bois par amour de la nature. La taille directe dans les grosses poutres, la maîtrise des volumes pour façonner des figurines et autres masques. Ewald Brigger avoue son admiration pour cet art volontairement primitif développé à l’école de Lewis Dick. Au mur de l’atelier de Bambous, on trouve des totems, des masques et autres pièces figuratives issus du Bois de manguier ou du bois d’eucalyptus .
Entre Ewald Brigger et Lewis, c’est une amitié scellée dans la pierre ou dans le bois. En témoignent les récentes pièces taillées dans la pierre par les deux sculpteurs. Une oeuvre co-signée qui va demeurer au-delà d’un été.
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50 ans de travail dans la pierre
Ewald Brigger, père de l’Ecole de Sculpture « Art Therapy Ewald Brigger », à Maurice, et du plus grand symposium européen de sculpture à Morges, est né à Grächen. Plusieurs de ses oeuvres ornent son canton natal. Le maître-sculpteur dit avoir ressenti un fort attrait pour la pierre dès l’enfance. Pour faire vibrer la pierre, il a suivi un apprentissage de marbrier et une formation de sculpture sur bois et dans la pierre. Il a fait pendant un certain temps de la restauration de monuments historiques à Genève. Il continue à partager son temps entre création et restauration. Que dire de son oeuvre artistique ? Multiples sont les matériaux et les fonctions de ses pièces : granit, marbre, calcaire, rituels ou usuels, magiques ou funéraires. Ewald Brigger a créé sur commande des bustes, des fontaines (La Fontaine aux roses de Genève), des pierres tombales, des figures animalières.
Outres les commandes, Ewald Brigger a créé des pièces plus expressives et évocatrices comme cette sculpture où l’on voit un couple enlacé. Il a connu à un moment de sa vie une période de grand calme. De cette période méditative ont émergé quelques-unes de ses meilleures pièces : « Séparation », « Paix », « Méditation ». L’artiste considère qu’à cette période moins troublée de sa vie, il pouvait explorer de son mieux la pierre.   
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L’Ecole de sculpture de Bambous existe depuis 2000 avec le soutien de Ewald Brigger. Des jeunes en difficulté scolaire sont formés par Lewis Dick à Bambous et d’autres formateurs dans les autres branches que compte l’école. Lewis Dick possède 30 ans d’expérience dans la sculpture sur bois. Ses oeuvres ont été exposées en Europe, en Australie; à Hawaï. A son tableau d’honneur : le 1er Prix au Symposium de Morges en Suisse en 2003 et sa fabuleuse aventure avec Ewald Brigger pour l’égalité des cultures et la reconnaissance de l’art nègre.