On a eu froid dans dos, mardi dernier, quand trois employés de la compagnie de nettoiement Alpha Cleaning se sont retrouvés suspendus à une nacelle à moitié décrochée à l’extérieur du 11e étage du bâtiment Cyber City 1 à Ébène. Le service national des sapeurs-pompiers a dû solliciter l’assistance de l’hélicoptère de la Police pour sauver trois personnes qui ont, une heure durant, balancé entre la vie et la mort
À ce moment précis de l’accident, se trouvait dans la cour de la caserne des pompiers, à Coromandel, une échelle télescopique à plate-forme tournante capable, selon des informations, d’être déployée à 32 mètres du sol, soit amplement suffisant en la circonstance. Mais cet équipement de sauvetage  qui a côuté Rs 38 millions est immobilisé depuis une année, faute d’un accord d’agrément de certification avec le fabricant allemand.
Stéphano Babet (39 ans), Laval Hurree (40 ans) et Antoine Hypolite
(47 ans), les trois employés d’Alpha Cleaning, s’apprêtaient à nettoyer des carreaux de vitres de l’immeuble CyberCity 1, vers 8h, mardi. Alors qu’elle amorçait une descente depuis le toit de l’immeuble, la nacelle dans laquelle ils se trouvaient a vacillé d’un côté. Ils se sont ainsi retrouvés suspendus dans le vide au niveau du 11e étage de l’immeuble. Et la nacelle ne cessait de balancer
Stéphano Babet, le seul des trois qui, en posant pied sur la terre ferme, avait conservé encore assez de souffle pour raconter ce qu’il avait vécu, affirme: “Mo ti rann mwa kont ki nasell-là ine baskile. Enn kut, monn gagn enn sok kan monn guett dans ki posisyon mo ti ete dan ler. Pena mo pou eksplike. Mo leker ankor pe fer mal. Mo nek ti pe attan kiler pou sapp mwa kot mo ti ete.”
Pour plusieurs personnes qui, la peur au ventre, ont assisté à l’opération de sauvetage, les hommes du Groupement d’intervention de la police mauricienne (le GIPM) et l’équipage de l’hélicoptère de la Police ont abattu un travail remarquable et grâce à leur dextérité, il n’y a heureusement pas eu de drame.
Toutefois, tous ne pouvaient exprimer pareille appréciation de l’intervention des sapeurs-pompiers. “Ces derniers, une dizaine, sont  arrivés à bord d’un Double Cab munis de seulement quelques mètres de cordes”, raconte un témoin. Et d’ajouter: “On se demandait ce qu’ils pensaient bien pouvoir faire avec, vu la position dangereuse dans laquelle se débattaient les accidentés. Ces pompiers n’ont été que des figurants !”
Sentiment ?d’impuissance
Le même sentiment d’impuissance, voire de honte, prévaut dans un milieu proche du service des sapeurs-pompiers. Selon notre source, il y en a qui pointent du doigt le ministère des Administrations régionales – dont dépendent les services anti-incendies – pour ne pas accorder la considération nécessaire à l’amélioration des équipements, tandis que d’autres accusent carrément la hiérarchie des Fire Services d’incompétence et de négligence.
Selon une version des faits, à un certain moment, le service des pompiers du gouvernement disposait de deux échelles tournantes – dont une Aerial Ladder Platform longue de 54m achetée en l’an 2000 – pour intervenir en hauteur. La plus ancienne échelle, obtenue elle sous forme de don de l’Australie en 1987, ne pouvait opérer au-delà de 32m du sol et avait été mise hors service. Ensuite, le besoin se faisant sentir, en 2013 sous le ministère d’Hervé Aimée, le gouvernement a fait l’acquisition d’une autre échelle censée être encore plus performante (une Turn-Table L32 articulable ladder) au coût de Rs 38 M. L’ancien ministre Aimée passa néanmoins un mauvais quart d’heure à l’Assemblée nationale lorsqu’il eut à répondre à une interpellation du leader de l’Opposition axée autour de cette acquisition. D’emblée, Paul Bérenger souligna que, eu égard au développement des immeubles dans le pays, une seule échelle télescopique ne serait définitivement pas suffisante ne serait-ce que si deux accidents en hauteur survenaient en même temps !
Toujours selon notre source, “on déplore que la hiérarchie des Fire Services a trouvé moyen de ne pas bien gérer le dossier de cette Turn-Table Ladder auprès de son fabricant allemand, la firme Metz Rosenbauer. Comme dans le cas des ascenseurs opérant dans les immeubles, tout équipement opérant en hauteur doit obligatoirement obtenir un certificat de fitness valable pour une année. L’échelle de Metz Rosenbauer a effectivement  été utilisée au début, mais quand est venue l’heure de sa recertification, il a alors été constaté qu’il n’existe aucun accord à cet effet avec le fabricant !” Résultat de la course, selon notre source, “cette échelle allemande qui aurait pu aider à secourir les accidentés de CyberCity 1 est resté clouée à la caserne des pompiers de Coromandel, qui se situe à une vingtaine de minutes seulement d’Ébène ! Les trois employés d’Alpha Clean ont ainsi flirté avec la mort pendant au moins une heure à cause d’une pareille négligence “