L’affaire de pédophilie alléguée au MITD a connu des développements ces deux dernières semaines. Ce scandale qui avait occupé l’actualité et l’échiquier politique l’an dernier a connu des rebondissements, et pas des moindres, qui prennent à contrepied le conseil d’administration de l’institution, son Acting Divisional Manager, ainsi que la Commission Conciliation et Médiation. En rayant les charges provisionnelles pour complot et usage de faux contre Pascale Bodet et Sudha Singh, respectivement psychologueet ex-enseignante au MITD, la cour a, le 15 mai dernier, innocenté les deux femmes sanctionnées par l’institution pour avoir terni son image en rapportant un cas d’abus sexuel allégué par un ex-instructeur sur une étudiante encore mineure. Résultat : Pascale Bodet, arrêtée et suspendue de ses fonctions, a réintégré son poste lundi dernier. Il revient que dans le cas de Sudha Singh, le MITD lui aurait déjà fait transmettre un message. Si la justice a trouvé que les deux femmes ne devraient pas être poursuivies, la FSCOU, en revanche, réclame l’arrestation de l’Acting Divisional Manager du MITD pour dénonciation malicieuse. C’est Yogendranauth Servansing qui avait, au nom de la direction du MITD, dénoncé Bodet et Singh à la police. Cette semaine encore, c’était au tour de l’Employment Relations Tribunal de rappeler sévèrement à l’ordre la CCM pour avoir failli dans ses prérogatives envers Heman Madow, assistant-manager au MITD, suspendu dans le cadre de ce scandale.
Lundi dernier, la psychologue Pascale Bodet a retrouvé son poste au Mauritius Institute of Training and Development (MITD). C’est Pradeep Joosery, Officer in Charge au MITD, qui fait part de cette réintégration à Week-End. «Madame Bodet a été réintégrée lundi dernier. C’est en fonction de la décision de la cour qu’elle a été réintégrée», déclare Pradeep Joosery. Suspendue de ses fonctions puis arrêtée en mai 2013, la psychologue Pascale Bodet était accusée de complot et usage de faux dans l’affaire de pédophilie alléguée au MITD. Après avoir entendu l’étudiante — encore mineure au moment des faits —, qui aurait eu des rapports sexuels  avec un ex-instructeur d’éducation physique du MITD, la psychologue avait soumis un rapport en ce sens au MITD. Mais, pour le comité d’enquête qui avait été institué, après que cette affaire a éclaté et fait scandale, Pascale Bodet aurait manipulé son rapport après s’être entretenue avec la jeune fille et sa mère. Entre-temps, l’enseignant incriminé, lui, a été disculpé par ce comité d’enquête.
La gifle de l’ERT
Le retour de la psychologue Bodet au MITD n’est pas le seul développement dans cette affaire qui a connu une connotation politique en 2013. Des décisions récemment prises par de hautes instances de la République, notamment la cour et l’Employment Relations Tribunal (ERT), ont donné une autre tournure à ce scandale. En effet, d’une part, celles – Sudha Singh, ex-enseignante en Communication Skills et Pascale Bodet – qui ont été accusées d’avoir terni l’image du MITD, poussées vers la porte de sortie par le management, arrêtées par la police et poursuivies, ont été innocentées par la cour de Rose-Hill le 15 mai dernier. Les charges provisionnelles pour complot et usage de faux qui pesaient contre elles ont été rayées.
D’autre part, cette semaine, c’était au tour de l’assistant-manager du Sir Ramparsad Neerunjun Training Centre à Ebène et président de la MITD Employees Union, Heman Madhow, d’avoir le sentiment que la justice penche en sa faveur. En effet, après avoir été lui aussi suspendu (à deux reprises) de ses fonctions pour avoir fait des commentaires sur les allégations de pédophilie dans les médias, Hemant Madhow avait déposé une plainte auprès de la Commission Conciliation et Médiation (CCM), présidée par le Professeur Ved Prakash Torul. Heman Madhow n’a eu de cesse de répéter que c’était en tant que syndicaliste qu’il s’était prononcé sur cette affaire, notamment sur sa gestion par le MITD. En soutien au syndicaliste, la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) avait en 2013 déclaré litige auprès de la CCM. Si le MITD avait, suite à cette action, donné son accord verbal que le syndicaliste serait réintégré «sans condition», la réintégration de Madhow a été attendue en vain
C’est pour cette raison que ce dernier a décidé de déclarer, à son tour et en son nom personnel, litige au MITD auprès de la CCM. Mais sa demande est rejetée par la commission. L’affaire est alors contestée auprès de l’ERT, lequel n’est pas sur la même longueur d’onde que la CCM et va même jusqu’à désavouer la commission. Dans son jugement rendu le 29 mai dernier, l’ERT, par son président, Rashid Hossen, relève d’emblée : «The representative of the State Law Office is not supporting the decision of the President of the Commission for Conciliation and Mediation.»
Madhow réclame le départ  de François de Grivel
Et de conclure, non sans avoir été au préalable très ferme à l’égard du Professeur Torul : «We conclude that the President of the Commission for Conciliation and Mediation was plainly wrong in mixing and mingling the parties to the dispute with the «aggrieved person». By virtue of Section 66 (1) of the Employment Relations Act 2008 as amended the Tribunal revokes the decision of the President of the Commission for Conciliation and Mediation and remits the matter back to him to reconsider the dispute in lite in the light of our decision.»
À l’issue de ce jugement, Naraindranath Gopee, président fraîchement réélu de la FCSOU, a réclamé la démission de Ved Prakash Torul. Le syndicaliste lui reproche de n’avoir pas agi selon les règlements de l’Employment Relations Act en omettant de rapporter en écrit l’accord verbal entre le MITD et la FCSOU, soit la réintégration d’Heman Madhow. «Maintenant, il appartient au ministre Vasant Bunwaree d’intervenir pour que le MITD réintègre, immédiatement et sans conditions, Heman Madhow», déclare le président de la FCSOU.
De son côté, visiblement satisfait du jugement de l’ERT, le principal concerné, Heman Madhow, ne va pas de main morte. Il réclame la démission du président du conseil d’administration de la MITD. «La CCM a fauté. Je m’attendais que Ved Prakash Torul soitbiased.Quant au conseil d’administration de la MITD, il a failli ! C’est pour cela que le Premier ministre devrait révoquer François de Grivel ! Si le conseil arrive à redresser les préjudices causés à Mesdames Bodet et Singh, I will be very happy !Mais pourra-t-il redresser les torts causés à leur réputation?» dit Heman Madhow.
Ce dernier s’attend que le MITD et la CCM respectent le jugement de l’ERT et qu’il réintègre son poste. «Depuis un an, je fais vivre ma famille qu’avec 50% de mon salaire de base. Il y a eu une véritable persécution menée contre moi. Et si je reprends mon travail au MITD, je continuerai mon combat de syndicaliste et persisterai à dénoncer quand cela s’avérerait nécessaire!»prévient Heman Madhow.
Contrat
Si Pascale Bodet a repris le chemin du MITD et que l’ERT se penche du côté d’Heman Madhow, Sudha Singh, dont le contrat auprès du MITD n’avait pas été renouvelé, avait confié à Week-Endpeu après la décision de la cour qu’elle ne concevait plus l’idée de poursuivre sa carrière dans l’enseignement. Tout en faisant remarquer à l’Officer in Charge du MITD que s’il reconnaît pleinement que «c’est en fonction de la décision de la cour que Pascale Bodet a été réintégrée», Week-Endlui a rappelé que cette même décision de la justice vient aussi innocenter Sudha Singh.
Interrogé à quelques reprises quant au réel motif du non-renouvellement du contrat de l’ancienne enseignante, Pradeep Joosery devait se contenter de la même réponse : «son contrat n’a pas été renouvelé !»avant de lâcher : «son contrat n’a pas été renouvelé, à cause de ce cas. Il y a eu ce cas. »Sudha Singh sera-t-elle rappelée par le MITD ? Pradeep Joosery n’était pas enclin à répondre à cette question.Mais pour Nandeo Gobin, président de la MITD Training Officers’ and Instructors’ Union, «Sudha Singh a le droit de revenir au MITD.» Le syndicaliste explique avoir contacté Sudha Singh et lui a«conseillé de faire une demande pour le renouvellement de soncontrat. Car si Mme Bodet a repris son travail, il n’y aucune raison pour que Mme Singh ne revienne au MITD. Elle a toutes ses chances et le syndicat appuiera sa demande.»
Silence de Bunwaree
Sollicité (par le biais de son attaché de presse) pour une déclaration après des derniers développements dans l’affaire MITD, le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, n’a pas répondu à Week-End. Lorsque les d’allégations de pédophilie au MITD occupaient l’actualité l’an dernier, le ministre Bunwaree, critiqué de toutes parts pour la gestion de ce scandale, avait à maintes reprises, lors de ses interventions et autres conférences de presse, commenté sur celle-ci. L’arrestation de Pascale Bodet et de Sudha Singh avait été le comble dans cette affaire ! Si la cour a jugé que ces dernières sont innocentes, la FSCOU estime pour sa part que Yogendranauth Servansing doit, à son tour, répondre de ses accusations devant la justice. En effet, c’est en sa capacité d’Acting Divisional Manager du MITD que ce dernier avait été mandaté par la direction de l’institution pour porter plainte contre les deux femmes au Central Criminal Investigation Division.
«Il avait le rapport de la psychologue entre les mains. Et selon le Child Protection Act, il était dans l’obligation de remettrele rapport au Permanent Secretary du ministère de l’Education !»insiste Naraindranath Gopee. La section Report on compliancedu Child Potection Act stipule : «Where the Permanent Secretary has reasonable cause to suspect that a child is being exposed to harm and is in need of assistance, he may summon any person, with or without the child, to give evidence for the purpose of enquiring into the matter.»Pour la FSCOU, Yogendranauth Servansing «doit être arrêté pour dénonciation malicieuse.»