La faute reprochée à Vijaya Sumputh et ayant conduit à sa démission comme directrice exécutive du Cardiac Centre relevant d’une infraction criminelle, c’est la police ou l’Independent Commission against Corruption (ICAC) qui aurait dû, selon Paul Bérenger, se charger de tirer au clair cette affaire de salaires mirobolants plutôt qu’un simple comité d’enquête. Le leader du MMM réclame aussi la démission de Mme Sumputh du conseil d’administration de la Maubank où elle siège également. Tout en se refusant de commenter l’état actuel des relations entre les deux partenaires de la majorité gouvernementale, le chef de file des mauves trouve, sur le ton de l’ironie, qu’il ne reste désormais plus à ceux du ML qu’à dévoiler au public les «secrets» de leurs collègues du MSM.
Paul Bérenger juge “triste et déplorable” qu’à la reprise des travaux mardi, la démocratie parlementaire a été “bafouée”. Il allègue en effet que la Speaker et le Premier ministre se seraient “arrangés” pour que le Prime Minister’s Question Time (PMQT) de la séance du jour soit monopolisé par un backbencher de la majorité, en l’occurrence le député MSM Sudesh Rughoobur. Le leader du MMM accuse d’une part le chef du gouvernement, Pravind Jugnauth, d’avoir pris tout son temps pour répondre aux quatre questions du député orange et la Speaker, Maya Hanoomanjee, d’avoir d’autre part laissé faire.
Si bien que, dit-il, la demi-heure impartie pour cette tranche des travaux s’est écoulée avant que le député de l’opposition MMM Rajesh Bhagwan ne parvienne à adresser son interpellation. Paul Bérenger ne s’étonne donc pas que pour la séance de mardi prochain, plus de 20 intervenants ont signifié leur intention de prendre part aux débats sur le Land Drainage Authority Bill, seul projet de loi à l’agenda. Ce qui lui fait dire que la motion de blâme contre la Speaker inscrite au nom du député PTr Shakeel Mohamed est “pleinement méritée”. Même si, reconnaît-il, le gouvernement usera de sa majorité numérique pour faire barrage à la motion.
 Le leader des mauves critique d’autre part ce qu’il qualifie de “grossièreté de langage” utilisée, samedi de la semaine dernière, par le ministre mentor, sir Anerood Jugnauth. Des propos qu’il trouve “d’une grossièreté sans précédent” non seulement par les termes utilisés, mais aussi par rapport au “ton hargneux” avec lequel ils ont été prononcés. Pour lui, cet incident disqualifie SAJ d’agir comme Mentor Minister, soit quelqu’un censé “guider avec sagesse” ses autres collègues ministres. Paul Bérenger s’étonne que plutôt que de s”excuser, sir Anerood n’a rien trouvé de mieux que de rendre la presse responsable de son écart de langage.
Abordant l’affaire Sumputh, le leader du MMM trouve que le Premier ministre n’y est pour rien dans la décision de la directrice exécutive controversée du Cardiac Centre de démissionner. Pour lui, en effet, ce sont les interpellations parlementaires pertinentes du député MMM Rajesh Bhagwan qui ont tout déclenché. Paul Bérenger dresse un parallèle avec les grosses saisies de drogue de ces derniers temps qui, selon lui, ne sont tout aussi pas l’oeuvre de Pravind Jugnauth mais avec des officiers dévoués de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) et des services de douane. “Sans les questions de Rajesh et sans le dévouement de ces officiers de l’ADSU et des services de douane, tout ce dirty business aurait continué de plus belle.”
Dans le cas particulier de Vijaya Sumputh, le leader du MMM affirme que l’affaire relève d’une infraction criminelle. Aussi, pour lui, plutôt que le comité d’enquête institué pour enquêter dans cette affaire, c’est davantage la police ou l’ICAC qui auraient dû tirer au clair cette affaire. “J’espère au moins qu’elle a aussi démissionné du conseil d’administration de la MauBank où elle siégeait également”, déclare Paul Bérenger, pour qui la nomination de Vijaya Sumputh au Cardiac Centre “n’est qu’une des nombreuses nominations scandaleuses” faites depuis les dernières élections générales par le gouvernement du jour.
S’il se refuse de commenter l’état des relations MSM-ML ces jours-ci, Paul Bérenger trouve, sur un ton cynique, qu’il y a comme une “compétition” entre ces deux partis du gouvernement quant à qui “fanera” le plus. “Il ne reste plus à ceux du ML qu’à rendre publics quelques secrets qu’ils doivent bien détenir sur ceux du MSM”, trouve-t-il. Le leader des mauves n’écarte pas la possibilité que le ministre du Tourisme, Anil Gayan, s’arrange pour que la controversée démissionnaire du Cardiac Centre soit nommée ailleurs. “Avec un Maunthrooa au Prime Minister’s Office, il ne faut pas s’attendre que Pravind Jugnauth qui a, lui-même les mains liés, se décide d’agir”, trouve-t-il.
 L’affaire BAI : “les milliards en déficit”
 Revenant enfin sur l’affaire BAI, Paul Bérenger soutient que tout est parti de la décision de suspendre le permis d’opérer de la Bramer Bank. Aussi, pour lui, si l’ancien ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, a sa part de responsabilité dans la mauvaise gestion de l’affaire BAI, les deux principaux responsables de toute l’affaire sont le ministre des Finances d’alors, Vishnu Lutchmeenaraidoo, et le Premier ministre au moment de la décision de fermeture de la Bramer Bank, sir Anerood Jugnauth. Faisant état des réponses fournies à l’Assemblée nationale mardi, il insiste sur la précarité des fonds de National Insurance Company (NIC) Ltd.
 Il rappelle que le cabinet d’audit comptable Ernst & Young a refusé de certifier si les fonds de NIC Ltd, qui a repris les activités du pôle assurances du défunt groupe BAI, sont soutenables. Paul Bérenger explique qu’en fait toutes les nouvelles souscriptions à NIC Ltd servent “for running expenses” et que, selon les prévisions des auditeurs, si rien n’est fait, la compagnie d’assurances aura accumulé pour plus de Rs 500 millions de dettes d’ici à fin juin 2017. D’où leur refus de certifier la “soutenabilité” des fonds de la compagnie.
 Paul Bérenger demande ainsi au gouvernement de garantir que NIC Ltd sera sauvée et que les souscripteurs dont des bénéficiaires du Voluntary Retirement Scheme (VRS) de l’industrie sucrière ne perdront pas leurs investissements.
Il ne manque pas de mettre en exergue la grande responsabilité de la Financial Services Commission (FSC) dans toute l’affaire. C’est le régulateur qui a accordé un permis d’opérer à NIC Ltd, rappelle Paul Bérenger. La FSC dont le conseil d’administration, rappelle-t-il aussi, est présidé par le Secrétaire financier et qui compte notamment pour membre de son board de direction le Solicitor General. Le leader du MMM soutient que “des milliards” doivent être investis pour que le fonds de la compagnie d’assurances soit soutenable. Aussi, demande-t-il que, au-delà du cabinet d’audit, un cabinet d’actuaire soit chargé de faire un bilan encore plus précis de la viabilité  des fonds de NIC Ltd.
Paul Bérenger revient, d’autre part, sur ce qu’il considère être l’autre moitié de l’affaire BAI : le déficit énorme constaté à ce jour dans les sommes colossales que la vente des actifs du groupe allait rapporter. Il souligne qu’à l’Assemblée nationale mardi, le nouveau ministre des Services financiers, Sudhir Sesungkur, est allé jusqu’à préciser que c’est une somme de Rs 7,6 milliards et non Rs 5,5 milliards qui est encore due aux quelque 5 000 souscripteurs du plan Super Cash Back Gold (SCBG) qui n’ont pas encore été payés. Il souligne encore que le ministre a précisé qu’en y incluant les investisseurs lésés de Bramer Asset Management, ce montant non payé arrive à Rs 9 milliards.
Paul Bérenger souligne aussi que le ministre a laissé entendre que l’Etat n’a pas encore remboursé à la Banque de Maurice (BoM) les Rs 3,5 milliards qui lui avait été avancées pour subvenir aux besoins du démantèlement du groupe BAI. “Voilà où on en est par la faute du gouvernement”, s’insurge le leader des mauves. Même si le nouveau ministre de tutelle a laissé entendre que les services d’une agence chargée dans la traque de fraudeurs a été sollicitée en vue de retracer des fonds et biens détournés tant sur le plan local qu’à l’étranger, Paul Bérenger explique que tous les “milliards et les milliards” qui manquent dans la caisse “ne tomberont pas tous du ciel” et qu’il faudra bien puiser des fonds publics.
Paul Bérenger commente dans ce même ordre d’idées la commission d’enquête annoncée par le ministre en lien avec la vente des intérêts de la BAI au Kenya. Il rappelle que cette transaction, qui devait au départ rapporter Rs 4,5 milliards, n’a finalement permis de récupérer que Rs 2,4 milliards. D’où le sentiment du leader du MMM qu’il “vaut la peine de faire toute la lumière sur Britam au Kenya”.