Un ministre tombe avant l’expiration de son mandat prévue pour 2015. Triste, mais pas surprenant au point où vont les choses à Maurice. Le climat politique était arrivé, ces derniers temps, à un stade de décomposition si avancée qu’il fallait bien commencer un élagage sanitaire. Il ne nous appartient pas de juger de la motivation du Premier Ministre à se débarrasser de son ministre, mais il faut croire que  le boulet fût assez lourd à tirer. Seul l’avenir nous dira si ce sont les membres les plus avariés qui seront éliminés.
Monsieur Varma est-il coupable de ce qui lui est reproché? La justice, et seule la justice, en décidera. Entretemps, il bénéficie, comme tout citoyen, de la présomption d’innocence et personne n’a le droit de le pointer du doigt. Aujourd’hui un homme meurtri, seul et vulnérable, il mérite toute la compassion que sa situation inspire. Il a déjà fait face à un procès  de certains médias, de politiciens et de la population. Qu’il lui soit maintenant permis de se préparer à faire face à la justice en toute sérénité. C’est le moins qu’on puisse faire pour lui.
Au-delà de cette malheureuse affaire, il faut dire que notre apparente légèreté, nous les citoyens, devant les comportements inacceptables de ceux censés nous diriger est en grande partie responsable d’une dégradation morale et physique du pays.  Nous assistons depuis des décennies à un pervertissement de notre démocratie sans broncher : comme si  tout cela se passait dans un pays lointain ou dans une autre galaxie. C’est notre attitude béate devant les dérives que se permettent nos élites (si ce mot a encore une quelconque signification) qui leur donne cette licence dont ils ne s’en privent point pour nous écraser.
Aujourd’hui, s’il y a quelques rares ministres mauriciens, mais-là ! vraiment rares, qui travaillent consciencieusement,  il ne manque à d’autres que le droit de cuissage pour qu’ils soient les égaux des monarques médiévaux.  Ils en ont déjà les salaires, l’arrogance et la grandiloquence. Nos dirigeants nomment, sans sourciller, qui ils veulent à la tête des institutions clés de la République, des gens qu’ils n’auraient même pas employés dans leur business personnel, par crainte de faillite. Ils ont mis la police et les médias de l’État à leur service et à celui de leurs proches.
Et nous regardons tout cela de manière très détachée, comme si tout cela se passait dans un pays lointain ou dans une autre galaxie, comme si nous n’avions pas notre mot à dire, cautionnant par la même ces conduites inacceptables.
Mais n’est impuissant que celui qui choisit de l’être. Car notre droit de vote nous offre toute la puissance nécessaire pour ramener un peu d’ordre dans cette cacophonie. Ce qui ne veut surtout pas dire redonner le pouvoir à ceux qui ont déjà sévi dans le passé. Nous avons le droit et le devoir de juger la performance et la qualité de ceux qui aspirent à servir notre pays, les sanctionner si besoin est. Notre pays est avant tout celui de nos enfants : nous n’avons pas le droit de le balancer par-dessus bord pour un tempo, même rempli de macaronis. Notre pays est malade, mais nous n’aurons pas à chercher loin lorsque nous nous demanderons « qui est responsable ? »