L’Association des pêcheurs professionnels de Mahébourg (APPM) profite de l’intérêt du gouvernement pour l’aquaculture pour présenter un ambitieux projet. Outre la production de crabes et crevettes, elle veut investir dans des installations photovoltaïques pour l’éclairage des lieux. De même, elle prévoit de convertir un terrain actuellement en friche en espace vert qui profiterait aux habitants de la localité. Pour l’APPM, une telle démarche s’inscrit dans l’esprit d’une île Maurice durable et de la sécurité alimentaire.
« Élever des cordonniers en cage n’est pas le seul modèle d’aquaculture pour Maurice. Il existe d’autres cultures possibles qui seraient plus rentables et qui répondent aux besoins du marché local. » C’est en ces termes que Christian Hang Hong, secrétaire de l’APPM explique les raisons pour lesquelles son association veut présenter un projet différent. Pour cela, ils doivent avoir le soutien des autorités compétentes et surtout des bailleurs de fonds. Ces jours-ci, l’association entame des démarches à différents niveaux pour faire valider son projet. « Nous avons déjà eu le feu vert du centre de recherche d’Albion pour l’utilisation de l’ancien barachois de la localité ainsi que du terrain jouxtant le Fisheries Post. Ce projet ne profitera pas uniquement aux pêcheurs mais à tous les habitants de Mahébourg, puisque nous allons y créer un espace vert. »
Crabes, crevettes, huîtres et poissons « ayant de la valeur sur le marché » sont prévus dans ce projet d’aquaculture. « Nous voulons faire de l’élevage dans des conditions naturelles. Il n’y aura pas de cage, donc les poissons pourront circuler librement. De même, nous ne donnerons pas de nourriture organique. Il y a ici des mangroves et toutes les conditions nécessaires sont réunies pour avoir de la nourriture naturelle », précise pour sa part Louis Thelva.
Ce projet, soulignent les pêcheurs, a avant tout un objectif environnemental et servira à renforcer la sécurité alimentaire. Montrant le terrain en friche jouxtant le Fisheries Post de Mahébourg d’où se dégage une odeur nauséabonde, nos interlocuteurs dénoncent le laxisme des autorités. « Le gouvernement a une loi pour contraindre les propriétaires à nettoyer leurs terrains en friche, mais ses propres terrains sont à l’abandon. Qui plus est, il y a un collège de filles juste en face. Vous réalisez le danger que cela représente », font-ils ressortir.
C’est pour cela qu’ils ont inclus la reconversion du terrain en espace vert dans le projet. Et comme il faudra penser à l’éclairage des lieux, ils veulent préserver l’esprit de développement durable, en investissant dans des installations photovoltaïques. « En tant qu’usagers de la mer, nous militons pour le respect de l’environnement. C’est pour cela que nous voulons privilégier l’énergie propre. Nous prévoyons également d’introduire des plantes endémiques dans cet espace. »
Concernant le choix pour l’élevage de crabes et de crevettes, les membres de l’APPM soulignent que le choix s’est fait naturellement en raison de la disposition des lieux. « Ce barachois contenait déjà des crabes et des crevettes dans le passé. L’environnement est donc adapté à cela. De même, ces produits sont demandés sur le marché notamment dans les hôtels et restaurants. »
Droovanth Seetaloo, qui est engagé dans le commerce de crabes depuis de nombreuses années, confirme cette tendance. « Je dois aller à Madagascar pour trouver des crabes et les revendre sur le marché local. Pourquoi ne pas en produire ici même ? Je connais déjà cette culture et mon expérience sera appliquée dans ce projet », se demande-t-il. Une telle démarche, ajoute Christian Hang Hong, pour sa part, contribuerait à renforcer la sécurité alimentaire.
L’APPM souhaite avoir le soutien nécessaire à ce projet. Elle invite les autorités à donner une chance à cette démarche qui diffère des autres.