Les fidèles de foi musulmane viennent de parvenir au terme d’un mois de jeûne où ils se sont abstenus d’habitudes négatives pour se rapprocher de Dieu. Après la grande nuit de récompense de tous leurs sacrifices, quel train de vie pour le fidèle après le Ramadan ? Ruqayyah Hassan Miyan, aspirante soufie, estime que « c’est au croyant de continuer à faire des efforts pour essayer de maintenir un minimum de ce qu’il a fait pendant le Ramadan ». Pour Khalil Dimahomed, de l’Al Qadiriyya Sufi Fellowship, « après le Ramadan, s’il y a un changement sur soi, l’on sait que le jeûne a eu son effet ». Quant à Bashir Nuckchady, du Muslim Citizens Council, il soutient qu’« après le Ramadan, le fidèle espère qu’il puisse vivre dans le même amour et la même compréhension les onze mois restants ».
Nos compatriotes de foi musulmane viennent de célébrer la fête Eid. « Il est normalement interdit de jeûner le jour de Eid », fait ressortir Ruqayyah Hassan Miyan. En parallèle avec les réjouissances le jour de Eid, « chaque croyant est appelé à donner une somme d’argent pour s’assurer que les pauvres puissent aussi célébrer ». Que célébrer ? « Eid marque la grande nuit de la récompense où Dieu accepte ce qu’on a fait pendant tout ce mois et il nous récompense ».
Qu’en est-il de l’après-Eid ? « Pendant le Ramadan, Satan est enchaîné, dit-on. Donc, il est plus facile d’être pieux durant ce mois. Après, c’est au croyant de continuer à faire des efforts pour essayer de maintenir un minimum de ce qu’il a observé pendant le Ramadan. Il faudrait une prise de conscience, une certaine idée de la piété et une amélioration graduelle de sa personne. Chaque croyant devrait voir une progression chaque année qui passe ».
Qu’est-ce que le jeûne a permis de travailler en vous ? « Déjà, le jeûne, ce n’est pas simplement s’abstenir de la nourriture mais de toutes ces tentations dans lesquelles on tombe sans réfléchir : la médisance, les mauvaises idées comme “si celui-là est dans la misère, il a cherché” etc. Il faut s’abstenir de tout cela. Il faut qu’à chaque moment qui passe, on sent qu’on s’est rapproché de cette idée de piété qu’on voudrait acquérir. Sinon, ce serait inutile ».
De son côté, Khalill Dilmahomed, de l’Al Qadiriyya Sufi Fellowship, souligne qu’« il y a beaucoup de récompenses de la part de Dieu pour celui qui a jeûné ». Mais encore ? « Le jeûne permet de faire un travail sur son ego. On maîtrise son ego. Si on a la maîtrise de soi, on pourra avoir la connaissance de Dieu, ce qu’on appelle le takwa. À partir de là, on peut se rapprocher de Dieu davantage ». Et, l’après Ramadan ? « On doit se concentrer sur la lecture du Coran. On doit se souvenir de ce que Dieu nous a enseigné. À partir de là, notre vie doit être compatible à ce que Dieu nous a révélé. On ne doit pas retomber dans la bassesse. Après le Ramadan, s’il y a un changement sur soi, on sait que le jeûne a eu son effet. Tout ce qui est obligatoire a ses récompenses par Dieu ».
Bashir Nuckchady indique qu’« après avoir réfléchi sur nos manquements durant le mois du Ramadan, on essaie de se perfectionner et on espère pouvoir vivre dans le même amour et la même compréhension les onze mois restants ».
S’il n’y a pas de différence dans la manière de célébrer Eid chez les soufis, par contre, Ruqayyah Hassan Miyan note une petite nuance. « Chez les soufis, durant le Ramadan, on ne s’empiffre pas en rompant le jeûne, cela sous prétexte que l’on doit se rattraper après le jeûne. On ne mange pas deux repas. On voit que le prophète (PSSL) rompait le jeûne avec des dattes et un peu d’eau. Il ne faudrait pas aller à l’encontre de l’objectif même de jeûner, en mangeant trop, ce qui peut en outre nuire à sa santé. Idem pour Eid, nous avons bien sûr droit à des mets succulents mais sans tomber dans l’excès. On retrouve ici l’idée d’entraînement pour parvenir à une attitude qui aide l’humain dans son objectif de rapprochement à Dieu ».
La période de jeûne, pour nos interlocuteurs, n’a pas été difficile à observer. « Au contraire, comparé aux autres pays, où il fait très chaud alors que l’on ne peut boire, ici, nous avons un temps clément ».