Roger Charoux, un des plus anciens artistes peintres que Maurice connaît, continue à se chercher et chemine avec une nouvelle vitalité. Du paysagiste de départ, soit il y a plus de 60 ans, il évolue depuis ces dernières années vers l’abstrait, affirme-t-il au Mauricien, qui l’a rencontré récemment dans son atelier, à Rose-Hill. Une abstraction toujours bien ancrée dans la réalité.
Depuis quelques années, le figuratif côtoie l’abstrait dans l’atelier de Roger Charoux au 8, Evenor Mamet Lane, Rose-Hill. Finies les sorties régulières pour aller capter la lumière des après-midis de samedis à Port-Louis ou ailleurs, dans son groupe, initié par Serge Constantin. « L’accent était mis sur le sujet », souligne-t-il.
Aujourd’hui, à 82 ans, Roger Charoux peint le plus souvent en atelier chez lui ou chez son ami peintre, Jocelyn Thomasse, et reproduit de manière abstraite homme, femme, scènes de vie ou paysages locaux comme la série des Champs à Cascavelle, ou encore son centre commercial où seulement des tâches de couleurs et des lignes sont suggestives notamment à ceux qui sont plongés dans l’univers évoqué.
« Avec l’abstrait c’est une autre étape que j’ai franchie », dit-il, en précisant que cela lui permet d’exprimer ce qu’il « a à l’intérieur ». L’artiste avoue être toujours à la recherche de soi. « Je me cherche encore. Je veux trouver quelque chose de plus vraie, de plus directe », soutient-il en commentant la série des champs à Cascavelle.
« Je préfère la spontanéité », lance-t-il le regard vif. Son influence : Jackson Pollock. Listen, qui est exposé pour 25 ans au Music hall d’Olsztyn, de Pologne en est issu. Dans une pâte de peinture, l’artiste « gratte au couteau une silhouette de femme jouant du violon ».
D’un sourire taquin, il ajoute : « J’aime la puissance. J’aime peindre avec force. » Une expérience vécue par la biais de la peinture à l’huile. « C’est maintenant que cela m’arrive. L’aquarelle, je ne peux pas. C’est la douceur ! » L’artiste s’inspire aussi des travaux de Robert Motherwell et Richard Diebenkorn.
Roger Charoux insiste toutefois que le fondement de l’art demeure le dessin. « Je continue à dessiner et je dis aux jeunes qu’il faut dessiner d’abord. » En voyage, l’artiste garde toujours un carnet de croquis sur lui car point de temps de faire un tableau.
Roger Charoux travaille tous les jours. Quand c’est chez lui, les tableaux sont déjà réalisés dans sa tête. « Quand je me lève au milieu de la nuit, je commence à construire le tableau. Je prends aussi des notes lorsque des idées me viennent. Le matin au réveil, tout est déjà là, comme un livre ouvert ! Et je reproduis l’image sur canevas. Je commence à peindre très tôt, à 6 heures du matin et je termine à midi. Ca monte crescendo et c’est vers 11 heures que je me sens tout épanouis dans ce que je fais. Dans l’après-midi, je regarde ce que j’ai fait le matin et je juge le travail », soutient-il. Car même avec de très longues années d’expérience, Roger Charoux affirme qu’il y a des tableaux qui sont réussis et d’autres pas.
L’artiste conserve son goût pour les couleurs — éteintes comme par le passé, mais aussi vives maintenant. « J’aime beaucoup la couleur », affirme-t-il.
Outre l’abstrait, il continue à faire du figuratif ou du semi-figuratif. Les règles de base sont toutefois déconstruites. « Dans l’impressionnisme, la lumière et l’ombre sont très marquées. Dans l’abstrait et l’art contemporain, n’importe quelle couleur peut être utilisée pour faire l’ombre ou la lumière. Par exemple le bleu peut être utilisé pour faire la lumière. L’orange, l’ombre »
Depuis que son oeuvre est analysé et mentionné dans la publication The identity of African art in relation with European aesthetics : the Modern African painting, par Mercedes Carmona Andreu — Dara Art Gallery Khartoum (Soudan) 2002, l’artiste touche aussi au style africain. « Pourquoi pas. Nous faisons partie de l’Afrique, j’ai voulu explorer cette dimension. »
L’artiste prévoit une exposition au courant de ce premier semestre de l’année.