Le salaire minimum fait débat et gagne en importance. Pour cause, avec l’ambiance préélectorale qui règne dans le pays, les deux principaux blocs politiques ont promis de l’instaurer s’ils remportent les législatives. Mais au-delà d’une promesse électorale, l’instauration d’un minimum vital permettrait à une centaine de milliers de familles de vivre décemment et dignement, sans s’imposer de grosses restrictions. La majorité, soit 85% des 100 000 travailleurs touchant un salaire de moins de Rs 6 000, sont des femmes. Parmi celles-ci, Artee, mère de famille, qui chaque mois, ramène Rs 1500 à la maison.
Artee (nom modifié), 54 ans, cleaner, touche un salaire mensuel de Rs 1500. Si le salaire minimum entre en vigueur, Artee pourrait percevoir 9,79 fois plus que sa paye actuelle, soit Rs 14 685, le salaire préconisé par le bureau des statistiques. Plus que jamais, la question d’une rémunération minimale que tout employeur devrait attribuer à son personnel pour un travail retient l’attention de tous. Elle mobilise les syndicalistes du monde du travail et intéresse la population touchée de très près par le coût de la vie en constante augmentation. Mais si le salaire minimum occupe les devants de l’actualité, c’est aussi parce que les deux blocs politiques en campagne électorale ont tout à coup décidé de faire du minimum vital une de leurs priorités. Même que l’alliance MSM/PMSD/ML l’a inscrit dans son programme. Avec les différentes interventions des politiciens faisant du minimum vital une promesse, le sujet a gagné en importance et suscité plus d’intérêt que ces dernières années. Pourtant, rappelle Jane Ragoo, secrétaire de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), le salaire minimum est une préoccupation qui ne date pas d’hier: en mars dernier, soit au moment de la prorogation du Parlement, il a été reproché aux ministres et députés de continuer à bénéficier d’un gros salaire, tandis que 100000 travailleurs mauriciens touchent moins de Rs 6 000. “Nous avons tout de suite réagi et interpellé chaque membre de l’Assemblée nationale en leur envoyant une lettre, dans laquelle nous avons été directs”, explique Jane Ragoo. Ainsi, les parlementaires ont pu lire: “Reports of Statistics of Mauritius confirm the figures, more than 100 000 workers in the Republic of Mauritius earn less than Rs 6 000 monthly and 85% of them are women. The question that is put to you as Member of Parliament: How can a person live with Rs 6 000? The question is put directly to you. Can you live with Rs 6 000 per month?”
Si la CTSP n’a pas eu de réponse à cette question, et ce même si les différents partis politiques l’ont contactée sur cette question, il ne fait aucun doute qu’aucun foyer ne peut vivre décemment avec un salaire de Rs 6 000. Avec une paye de Rs 1 500, Artee confie qu’elle ne fait vivre sa famille qu’au prix de grosses restrictions. Il en est de même pour Caroline (nom modifié), mère de famille célibataire de 27 ans et femme de ménage, qui touche entre Rs 4 000 et Rs 5 000 par mois, selon la disponibilité du travail. A l’instar de Caroline et Artee, la majorité des travailleurs à toucher une faible rémunération sont des femmes. Pour cause, elles sont plus nombreuses que les hommes à travailler dans des secteurs mal rémunérés: le textile, le sea food hub, le secteur des services, et des ménages privés.