“Il ne faut pas que l’Union européenne (UE) reprenne d’une main ce qu’elle donne de l’autre aux pays producteurs de sucre du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Cela irait à l’encontre des fondements sur lesquels les Accords de Partenariat Économique (APE) ont été négociés entre l’UE et les ACP” : propos du ministre mauricien de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, lundi à Dakar au Sénégal, en sa qualité de président du Comité interministériel des ACP sur le sucre. Il intervenait à la session du Conseil des ministres des ACP.
Le ministre devait d’abord accueillir favorablement l’engagement écrit de la Commission européenne à l’effet que le mécanisme de sauvegarde européen ne sera pas appliqué automatiquement. Il s’est de même réjoui de la résolution de la question du coembarquement des cargaisons de sucre à bord de navires en souhaitant que cela s’intègre à l’ensemble APE. Le président du Comité ministériel des ACP pour le sucre a aussi pris bonne note que UE n’imposera aucun label obligatoire quant au pays d’origine pour le sucre.
Les pays ACP producteurs de sucre ont retenu l’assurance donnée par la Commission européenne à l’effet que, par rapport aux mesures d’accompagnement, tous les fonds disponibles seront entièrement déboursés. Mahen Seeruttun devait souligner sous ce rapport la nécessité pour les pays ACP producteurs qui abordent encore la phase de mise en oeuvre de s’assurer que les échéances soient respectées en vue d’une utilisation complète des fonds disponibles. Il a, de même, formulé le souhait qu’avec la fin réussie du programme de recherche et d’innovation sucrière, l’UE considère la possibilité d’un soutien pour la phase suivante du programme.
Le ministre mauricien de l’Agro-industrie ne devait toutefois pas manquer d’insister sur le fait que la viabilité financière des industries sucrières des ACP dépendra largement du prix du sucre sur le marché international. “Avec la fin du quota sucrier à l’échéance fixée du 30 septembre 2017, les prix du sucre sur le marché européen et la production d’isoglucose (ndlr : édulcorant à base d’amidons de maïs qui s’affirme, lentement, comme un autre substitut au sucre de canne) seront déterminés par les conditions du marché”, a rappelé le porte-parole des ACP pour le sucre. Ce qui, souligne-t-il, présage des baisses considérables du prix du sucre et, conséquemment, de bien moindres recettes pour les pays ACP exportateurs de sucre.
Le ministre, qui prévoit dans un tel environnement commercial une compétition sans merci pour des parts de marché, devait même dire que les ACP anticipent des baisses tellement conséquentes des prix du sucre au plan mondial que des producteurs sucriers parmi les plus compétitifs à travers le monde n’arriveront même plus à couvrir leurs coûts de production. Il a aussi laissé entendre que les producteurs des ACP auront besoin, tôt ou tard, de s’attaquer aux mesures de distorsion commerciale des pays tiers comme ceux qui subventionnent leur industrie sucrière dans un souci de garantir un “level playing field”.
Alors que la part de marché en Europe des pays producteurs non-ACP ne cesse de s’accroître, Mahen Seeruttun appelle l’UE à adopter une politique cohérente qui n’irait pas à l’encontre des fondements sur lesquels les APE entre l’UE et les pays ACP ont été négociés. D’autant que, devait-il souligner, ces changements interviennent à un moment où un certain nombre de pays ACP producteurs ne sont pas encore prêts ou n’ont pas les moyens nécessaires de diversifier vers des filières non-sucre.