Le sculpteur Lewis Dick, réputé pour son talent, fait de son mieux pour préparer des recalés du CPE à un avenir meilleur et à construire leur avenir professionnel. Cela fait quinze ans que l’artiste enseigne son art chez lui à Bambous ainsi que dans diverses régions défavorisées de l’île. Pour célébrer cet événement, le sculpteur a choisi d’organiser une exposition mettant en lumière les travaux de ses élèves et des artistes émergents, non sans oublier ses propres créations. Ainsi, jusqu’au 13 août, le public pourra faire une exploration artistique sur la mezzanine d’Audi Zentrum à Réduit et découvrir des pièces travaillées dans le bois ou dans le plâtre ainsi que des peintures.
C’est une obstination chez lui. À 62 ans, Lewis Dick continue de créer et de faire découvrir son art aux jeunes. De Roche-Bois, à La Gaulette en passant par Rivière-Noire, Le Morne, Grand-Gaube, il a, à ce jour, formé 7000 jeunes des quatre coins de l’île. Parmi eux, certains ont ouvert une école, d’autres ont participé et remporté des prix aux concours internationaux. Pour le fondateur de cette école de sculpture née il y a quinze ans et implantée à Bambous, la réussite de ces jeunes, dont la plupart sont des recalés du CPE, est sa plus belle oeuvre.
Lors du vernissage, mercredi, le ministre de la Culture, Santaram Baboo, n’a pas tari d’éloges à l’adresse de cet autodidacte qui suscite l’espoir, dit-il : «Lewis Dick qui a pris son destin en main est un bel exemple pour les artistes, notre pays et la région… Les travaux de ces jeunes montrent qu’il y a de l’espoir et des perspectives d’avenir pour eux. Lewis Dick mérite une distinction», a-t-il affirmé. En présence de Philip Ah Chuen, Executive Director d’Allied Motors, de Preeta Marimootoo, (Mauricienne installée à Viry-Chatillon, France et qui a, avec son époux, sponsorisé le voyage de quelques jeunes de l’école de Lewis Dick), Bernard Lee et de quelques invités, Lewis Dick a raconté son parcours jalonné de coups du destin, dit-il.
Marié à l’âge de 21 ans et devenu très vite père, tandis qu’il était au chômage, Lewis Dick ne pouvait subvenir aux besoins de sa petite famille. Cette situation a failli le conduire au suicide, raconte-t-il. «C’était à l’approche de Noël. Je n’avais pas les moyens d’offrir un cadeau à mes deux enfants. Orphelin de mère, ayant connu une enfance très difficile, cette période était encore plus dure à vivre car j’étais au chômage et avais sous ma responsabilité une jeune épouse et deux enfants en bas âge dont j’étais incapable de nourrir. Pour moi, une seule solution s’offrait à moi: le suicide». Mais les choses prendront une autre tournure. «J’étais sur le point de passer à l’acte. C’est la forme d’une branche d’un arbre qui rappelle celle d’un bébé allongé qui a attiré mon regard et m’a interpellé». Ce corps d’enfant naturellement sculpté et surgissant de cette branche l’a non seulement empêché de mettre fin à ses jours, mais encore a éveillé sa vocation, dit le sculpteur : «J’ai grimpé sur l’arbre, j’ai coupé la branche, et j’ai commencé à la sculpter. Ainsi était née une poupée de bois avec un corps, une tête, des yeux, un nez, une bouche. J’étais content de moi, car c’était le premier cadeau que j’ai pu offrir aux deux enfants. Mais sans le savoir, ce morceau de bois va bouleverser complètement ma vie. Car un homme s’est proposé de l’acheter à Rs 4000, une somme colossale à cette époque. J’ai pu, donc, me procurer non seulement de la nourriture pour ma famille pour un an, mais aussi acquérir un terrain à Bambous». La découverte de la sculpture sur bois marquera un tournant décisif dans sa vie, lui permettant désormais de gagner sa vie. Ciseau et maillet en main, travaillant avec minutie le bois pour lui donner vie, il se met depuis au travail sans relâche pour acquérir le talent qu’on lui connaît aujourd’hui.