Trois cents jours après l’écroulement de l’empire de Dawood Ajum Rawat, évalué à Rs 35 milliards, une nouvelle étape dans l’enquête au pénal devra être franchie dans les prochains jours. Sur la base des findings de la redacted version du rapport de nTan Corporate Advisory Pte Ltd, document rendu public vendredi par le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, des procédures d’extradition du Chairman Emeritus de BAI, décoré de la Légion d’honneur, qui a cherché refuge en France, son pays d’adoption, sont envisagées. En parallèle, sur le plan bilatéral, le gouvernement compte solliciter la France pour une collaboration en vue du rapatriement de Dawood Rawat en vue de répondre à la justice à Maurice. Dans cette perspective, le rapport des consultants singapouriens devra servir de complementary documentary evidence en vue d’établir une liste d’accusations criminelles à être intégrées dans la demande d’extradition en dépit du fait que Dawood Rawat peut se prévaloir d’un passeport français, obtenu depuis 1998. Avant de s’attaquer à cette étape dans le bras de fer entre la France et Maurice, les limiers du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, procèdent actuellement à la digestion de ces 79 pages de conclusions étalées sur sept chapitres spécifi ques. De son côté, présentant le rapport à la presse, Ramesh Basant Roi s’est appesanti sur le fait que la démarche de la Banque centrale dans la conjoncture ajoute à la crédibilité de Maurice sur le plan international en tant que juridiction financière.
Dès la réception du rapport préliminaire, vu que le document fi nal attend encore d’être soumis par les consultants de nTan Corporate Advisory Pte Ltd, de nouvelles démarches ont été initiées pour enclencher des procédures d’extradition de Dawood Rawat de France en dépit de l’absence d’un traité bilatéral en bonne et due forme. « Ce que nous savons, c’est que le Chairman Emeritus de BAI est un ressortissant mauricien, recherché activement par les autorités en vue de faire la lumière sur une série de crimes en col blanc portant sur des milliards de roupies de préjudice. Autant que nous sachions, quand M. Rawat avait fait l’acquisition de son domaine familial à Floréal avec l’escalier en bois massif du Vatican ou encore son bungalow pieddans l’eau à La Preneuse, Tamarin, il n’avait pas eu recours aux exemptions (waver) sous la Non-Citizen Restriction Act. En plus, les délits de crimes fi nanciers ont été commis à Maurice par un Mauricien », soulignait-on du côté de l’Hôtel du gouvernement en fin de semaine.
Pour les besoins de ces procédures, le gouverneur de la Banque de Maurice, qui est en instance de départ pour Washington, a déjà été approché, vendredi après-midi, en vue de désigner un High Ranking Officer pour la déposition formelle auprès du Central CID. Il n’est pas à écarter que le Deputy Governor Googoolye se voie confi er la mission de guider les enquêteurs de la police. Dès la reprise des travaux, après le long week-end férié, le Central CID reprendra contact avec la Banque centrale pour cette déposition.
Les nouvelles accusations qui seront dégagées du rapport nTan et qui seront retenues contre Dawood Rawat devront en principe venir complémenter et étoffer les trois accusations initiales de conspiracy to defraud, de money luandering de plus de Rs 6 milliards et de fraudulent use of company’s property logées lors de l’International Warrant of Arrest Saga devant le tribunal de Port-Louis en avril de l’année dernière.
À cette époque, les autorités n’avaient pas donné suite aux démarches sur le plan diplomatique et judiciaire pour l’extradition de Dawood Rawat vu qu’il avait été confirmé qu’il est également le détenteur d’un passeport français. Toutefois, dans une correspondance en date du 29 avril de l’année dernière, le Directeur des Poursuites Publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, a rappelé à Me Shakeel Mohamed, un des conseils légaux de Dawood Rawat, que « ce serait dans l’intérêt de la justice si le Chairman Emeritus de BAI pouvait rentrer à Maurice le plus rapidement possible ».
Coup de balai
En rejetant une demande de commission rogatoire formulée par le suspect, le DPP avait attiré l’attention sur le fait que « le patron de l’empire déchu de BAI est un important suspect in a criminal investigation. The physical presence of Dawood Rawat in Mauritius is absolutely necessary for the progress of the criminal investigation ».
Face à ces nouvelles pressions pour l’extradition de Dawood Rawat ou encore cette éventuelle collaboration de la France en matière criminelle, le Legal Panel de la défense ne compte nullement rester les bras croisés. La teneur du rapport de nTan Coporate Advisory Pte Ltd est actuellement examinée par des hommes de loi en question avec la possibilité d’une contre-expertise de ce même rapport envisageable. La décision au sujet de la meilleure formule en vue d’obtenir un gel légal et judiciaire du rapport nTan devra être entérinée lors des consultations à haut niveau annoncées pour le début de la semaine.
L’urgence dans la conjoncture est que les conclusions des consultants singapouriens pourraient ouvrir la porte à une série d’initiatives, avec des conséquences les unes plus compromettantes que les autres. D’abord, la demande d’extradition contre Dawood Rawat. Ensuite, ce document devra servir de base pour contester les réclamations de Rs 35 milliards devant le tribunal arbitral, et être présenté comme Documentary Evidence dans les deux procès de réclamations de Rs 1,2 milliard et de Rs 200 millions logées contre la Mauritius Union Assurance (MUA) à la fin de l’année dernière.
Pour sa part, le gouverneur de la Banque de Maurice, qui a fait comprendre que la balle est désormais dans le camp de la Financial Services Commission et d’autres autorités compétentes, n’a pas voulu révéler le coût de cet exercice de Forensic Audit. Répondant à des questions de Week- End, qui a révélé en primeur dès le 3 janvier dernier les détails de ce rapport, il s’est contenté de dire que « the nTan report (on the BAI Group) is priceless. It is invaluable », en ajoutant qu’au-delà du coût monétaire, ce rapport ajoute à la crédibilité de Maurice sur le plan international en tant que juridiction financière.
Néanmoins, à une autre question de Week-End au sujet de l’éventualité que l’affaire BAI se répète en dépit de ce rapport, Ramesh Basant Roi n’a pas voulu prendre de risques en concédant que « nobody knows. It can happen anywhere. It can happen anytime. We are going to tighten the regulatory rules. We don’t expect this to happen. We don’t have a group as big as the BAI Group ».
La satisfaction du gouverneur de la Banque de Maurice se manifeste au niveau du carton rouge administré à la communauté des auditeurs externes, plus particulièrement ceux de KPMG et de BDO. Il se félicite du coup de balai donné au sein de KPMG depuis la fi n de l’année dernière avec le départ de deux Top Managers, dont le Managing Partner Jean-Claude Liong, et ajoute de manière forte que « si des rapports des auditeurs externes sont manipulés et trafi qués de connivence avec ces mêmes vérifi cateurs aux comptes, ils ne méritent que d’être jetés en prison. The external auditors have equal, if not more, responsibilties. They do have a fi duciary duty ».
En tout cas, avec le scandale financier de BAI, le nouveau mantra à la Banque de Maurice est la transparence car Ramesh Basant Roi est d’avis que « obtenir un rapport sur la BAI et le mettre sous tapis ne sert à rien. La population doit connaître la vérité. La crédibilité ne se construit pas un jour. Mais la crédibilité se construit avec de la transparence. »