Quelle coïncidence, étrange et tragique ?
Des hommes secouent l’institution éducative à Maurice et à Rodrigues de leurs  prédations sexuelles sur des mineures : des cris d’orfraie (rapace dit l’aigle de mer) s’élèvent, haut dans les airs pour  protéger certains.
Des femmes font leurs devoirs dans la même institution éducative – devoirs selon l’éthique professionnelle : elles sont accusées de manquement, renvoyées (MITD) ou transférée (SSS Ebène Girls). L’humiliation.
Le monde à l’envers. Loin de moi de faire du manichéisme au rabais  – un monde d’hommes pourris et un monde de femmes irréprochables.
Mais cette triste actualité qui inonde les médias de relents malsains interpelle fortement au-delà de la dichotomie hommes / femmes.
Où est l’autorité ? Disparue du système de l’éducation à Maurice ?
Quel(le) directeur (directrice), quel(le) recteur (rectrice)  oseront dorénavant faire le travail pour lequel ils et elles sont payé(e)s du denier public ? A savoir, faire preuve d’autorité, surtout là où de jeunes personnalités sont en train de se construire et ont besoin de repères forts, signifiants dans cette construction qui ne va pas de soi.
Quel(le) psychologue osera écouter, faire un rapport,  référer sans faire sa propre enquête sur l’identité de l’agresseur et ses connexions ?
Où est l’autorité ? Disparue des pères et des mères ? Trop occupés à autre chose que de comprendre en quoi cette difficile construction de leurs enfants se nourrit de leurs propres manipulations pour se faire aimer de manière saine, de celles d’adultes enseignants sans scrupules qui « montent » la tête des jeunes pour en faire une kabbale, placer ou replacer des pions sur un échiquier scolaire, digne du marché central. Pouvoir, quand tu nous tiens !
Où sont les intérêts réels pour les jeunes ? Où est la préoccupation constante, attentive pour la jeune génération ?
Nulle part. We don’t give a sh..t. ?
L’autorité
La crise de l’autorité est là, à tous les niveaux de notre société mauricienne. On le sait et tout le monde s’en balance. L’attitude de démission, de lassitude morale ou de résignation est encouragée par cette même actualité qui nous rabâche à longueur d’onde des « role models » indignes d’occuper des fonctions ministérielles. L’impunité des puissants est redoutable quant à ses conséquences sur les ressorts psychologiques d’un peuple. Entre autres, notre mythique «  admirabilité ». Ironie, amère ironie.
Nous ne sommes pas en anarchie cependant. Il n’y a pas suppression de l’autorité. Il y a détournement. Comme détournement de fonds, de pouvoir, de l’honneur, de l’autorité. Il y a transfert. Occulte parfois, arrogant toujours. D’autres que nous peuvent analyser ces transferts au niveau institutionnel. Restons au coeur de la problématique de l’autorité dans le champ éducatif.
Sachons qu’au niveau des jeunes, le transfert s’est opéré sans marque visible, presque sans rébellion : on est passé de l’autorité de l’adulte à l’autorité de la tribu ; de l’autorité du professeur à celle du groupe et de la bande de jeunes (alcool, sexe, école buissonnière, prostitution juvénile). Les tranches d’âge des 13 ans à monter subissent  particulièrement  ce transfert. On dégomme sur le mode virtuel et on finit par le faire en mode réel ; on «  like » ou non sans véritable mobile et on souffre de rejet, de solitude, en recherche perpétuelle d’une identité instable, modifiable à volonté, friable, otage de la bande. ??L’esprit tribal règne dans la famille, à l’école, dans la sphère de la sociabilité, de l’emploi et de la politique. De plus en plus. Quelle fantastique régression ! Nous infantilisons tout le monde et nous nous en glorifions. Production et reproduction d’imbéciles, tout en professant lutter contre l’obscurantisme et l’ignorance. Etre les meilleurs sur la carte mondiale. Ironie, amère ironie.
Le goût de l’effort est instauré à certains uniquement, triés dès le départ pour être les producteurs d’imbéciles obéissants, ayant peur de représailles. Nos multiples tribus mauriciennes n’aiment pas l’effort : adorent détournements, combines et transferts. Préfèrent fonctionner selon un rapport de forces, dans l’illégitimité et savent donner dans la menace. Manipulation à répétition, instaurée dès le plus jeune âge et portée comme trophée. Grève scolaire de petites  jeunes filles, rabrouées après un Sports Day en shorts à ras les fesses. L’apogée de notre éducation !
A contrario, le discrédit est jeté sur l’autorité de l’adulte qui fait son devoir pour mieux encadrer, combler le vide des repères sociaux, des  jeunes et moins jeunes.  We don’t give a damn. Or, il existe des règles de construction pour le corps, la santé physique et mentale, vivre en groupe et ces règles ne se font pas et se défont selon les caprices et stratégies arrivistes des uns et des autres. Toute place se gagne avec effort, dans le respect des partenaires et du temps.
L’autorité, la vraie – pas l’autoritarisme qui, en fait est généré d’une absence d’autorité – permet d’exiger. Elle est droit, devoir, capacité d’interdire, de réprimander, de sanctionner, donc de provoquer du déplaisir. Elle occasionne des frustrations (celles qui font grandir) en posant des limites claires. Elle est dans le même temps capacité de complimenter et de récompenser, en donnant aux jeunes une image valorisante, l’envie de se dépasser.
MITD et Ebène SSS girls…. D’autres à venir ? NON, résolument non. Pour des hommes et des femmes dignes de notre petit bout de pays.
“By the rivers of Babylon, there we sat down ?….. we wept, when we remembered Zion. ??
When the wicked ?Carried us away in captivity ?Required from us a song”