La Banque de Maurice a rompu son silence quarante-huit heures après la révocation de la Banking Licence de la Bramer Banking Corporation Limited. Dans une communication postée sur son Website, hier, cette institution affirme vouloir apporter des clarifications au sujet d’une injection de capitaux pour un montant de Rs 1,4 milliard venant du Kenya à l’initiative de Dawood Rawat. La Banque centrale révèle qu’une semaine avant le deadline du 31 mars, Bramer avait tenté en vain d’obtenir une ligne de crédits de Rs 1 milliard du “lender of the last resort”. D’autre part, les deux Receivers nommés par la Banque de Maurice, Mushtaq Oosman et André Bonieux, se préparent à franchir demain une étape cruciale avec le retour des employés à leurs postes.
Pour faire le point sur l’écroulement de l’empire Dawood Rawat avec la révocation de la Banking Licence de Bramer, la Banque centrale souligne qu’entre le 22 janvier et le 20 février de cette année, une On-Site Inspection menée par des inspecteurs du régulateur qui avaient identifié “a number of serious deficiencies” en soutenant que “the deficiencies necessitated an injection of capital in compliance with regulatory requirements”.
De ce fait, le 27 février, la direction de Bramer avait été informée formellement de l’obligation d’injecter une somme de Rs 350 millions sous forme de capitaux. Le délai imposé pour honorer cette exigence était le 31 mars. Parallèlement, la Banque centrale avait imposé des restrictions d’opérations à cette banque, notamment par rapport à l’octroi de nouvelles facilités de crédits à des “related parties” de la banque. “This restriction was motivated by the need to preserve and protect the interests of the depositors”, ajoute le communiqué.
La situation devait continuer à se dégrader au point que le 24 mars dernier, Bramer avait informé la Banque centrale de la pression grandissante avec des retraits persistants des dépôts de la banque. Elle faisait également face à des difficultés pour maintenir le Cash Ratio de chaque quinzaine avec pour conséquence qu’elle n’avait d’autre choix que de dépendre de l’Interbank Money Marker pour combler le manque de liquidités. Un autre problème est que le consortium de banques commerciales ne jouait pas le jeu en avançant des fonds nécessaires à Bramer.
 
As a lender of the last resort
Ainsi Bramer a dû se résigner à frapper à la porte de la Banque de Maurice “as a lender of the last resort” pour des soutiens au problème de liquidités : “BBCL also requested the Bank to provide it with a special line of credit of Rs1.0 billion to meet its persistent liquidity shortfall and sought the release of its Government securities and cash balances pledged with the Bank on previous outstanding facilities extended to it by the Bank.”
En vingt-quatre heures, la Banque de Maurice faisait comprendre qu’elle ne pouvait entretenir une telle demande, car Bramer ne disposait pas de Government Securities à être réalisées, ou encore de Cash Balance pour bénéficier de cette ligne de crédits. Ce même 25 mars, Bramer devait revenir à la charge pour réclamer cette ligne de crédits de Rs 1 milliard avec des biens immobiliers comme garantis.
“The Bank did not wish to travel outside the boundaries of its regulatory authority. Accordingly, on 26 March 2015, the Bank informed BBCL that its request for sanction of the special line of credit against security of immovable properties could not be acceded to”, affirme la Banque de Maurice. Le lendemain, celle-ci fut informée des retraits massifs des comptes avec une nette détérioration de la position de liquidités.
Par contre le 31 mars, la BAI Co (Mtius) Ltd allait informer la Banque centrale de son intention d’injecter les Rs 350 millions dans Bramer suite aux procédures établies avec le régulateur s’appesantissant sur le fait que “at no time, however, did BBCL or Mr Dawood Rawat, for that matter, signify its or his intention to bring in Rs 1,4 billion”.
En conclusion, la Banque de Maurice avance que “in the light of information then available at the Bank that the run on BBCL had started gathering momentum, the Bank, as the regulatory authority, had no other alternative than to invoke its powers under Section 17 of the Banking Act 2004. The Bank wishes to emphasise that its decision was in line with its duty to preserve and protect confidence in and stability of our financial system”.
De leur côté, les deux Receivers de PwC poursuivent la mission qui leur a été confiée. Avec la décision de rachat de Bramer par la State Bank of Mauritius des clients ont pu effectuer des retraits jusqu’à un montant de Rs 10 000 des guichets ATP depuis hier. Ils se préparent pour le retour des employés à leurs postes dès demain. Cette reprise du travail ne veut pas dire automatiquement que les opérations bancaires des clients seront exécutées aux comptoirs des filiales.
Des Help Desks seront opérés pour fournir des explications aux clients, qui pourront se servir des ATM en utilisant leurs cartes de débit jusqu’à un montant de Rs 10 000. Lors de ces deux premiers jours, André Bonieux, Mushtaq Oosman et leurs équipes se concentreront à établir un état des lieux avant de rouvrir la banque aux clients, dont la date devrait être annoncée par voie de communiqué.
Ce retour aux bureaux de la Bramer risque d’être quelque peu délicat pour dire le moins après le traumatisme de la fin de la semaine…