Elle a débarqué à Maurice à l’âge de 20 ans, soit à un âge où les jeunes filles commencent à façonner leur avenir et à se préparer à apprendre un métier. Farah Nachi, elle, voulait devenir hôtesse de l’air, raison pour laquelle elle a d’ailleurs suivi des cours dans une école spécialisée, qui a finalement fermé ses portes. Mais la jeune femme connaîtra un tout autre destin, qui la conduira aux enfers.
Dans son édition du 11 décembre 2011, notre confrère Week-End faisait état – sous le titre « Axe Paris–Maurice : une Française de 20 ans avec Rs 12 M de Subutex » – de l’arrestation de Farah Nachi, interpellée à l’aéroport. Selon l’hebdomadaire, l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) avait frappé un nouveau coup dans la lutte contre le trafic de Subutex entre Paris et Maurice. Le bilan d’une opération enclenchée depuis la mi-journée du vendredi 9 décembre 2011, avec l’arrivée du vol de Corsair, en provenance de France, sera de 9 696 tablettes de Subutex saisies, d’une valeur marchande de Rs 12 millions, en sus de deux arrestations, dont le principal contact à Maurice, et la saisie d’une voiture appartenant aux membres du réseau de trafiquants fichés à l’ADSU. Mais le fait le plus insolite de l’affaire est que la passeuse était une Française venant de célébrer ses 20 ans un mois auparavant.
Vendredi 9 décembre 2011. Il est 12h30 lorsque le vol de Corsair venant de France atterrit à l’aéroport de Plaisance. Les bagages des passagers passent au scanner. Soudain, ce dernier détecte la présence d’un colis suspect. Celui-ci se trouve dans une valise appartenant à une certaine Farah Nachi, habitant au 30, Place Le Vau, à 92 600, Asnières-sur-Seine, France.
Les soupçons des limiers affectés dans la lutte antidrogue à l’aéroport sont aiguisés davantage avec la confirmation que la passagère est une Française sans emploi prétendant venir passer huit jours de vacances à Maurice. La fouille de ses bagages débouchera sur la découverte de 9 696 tablettes de Subutex, soigneusement emballées dans six paquets d’au moins 1 600 tablettes chacun.
Très vite, la « passeuse » est interrogée. Celle-ci donnera des indications concrètes sur les présumés « cerveaux », à Maurice et en France, se cachant derrière cette transaction illégale. « Il y a environ un mois, une personne, que je crois être de nationalité mauricienne, m’avait approchée pour me proposer un marché. Ce contact m’avait demandé de transporter un colis pour lui à Maurice. En retour, mon billet d’avion aller–retour était payé, de même que mes frais d’hébergement pendant huit jours à Maurice. Comme je ne travaille pas, j’ai accepté », explique Farah Nachi aux officiers de l’ADSU au moment de son arrestation.
La prévenue était également en possession d’une carte Sim locale, laquelle devait lui permettre d’établir des contacts une fois les procédures au terminal de l’aérogare complétées. Aussi, pour ne pas éveiller les soupçons desdits « contacts », à Maurice comme en France, Farah Nachi est dirigée, sous forte escorte policière, vers un établissement hôtelier du Nord, où sa chambre était déjà réservée.
Les premiers contacts téléphoniques, à Maurice et dans l’Hexagone, ne laissaient plus aucun doute sur l’identité des trafiquants, qui faisaient partie du « Subutex Syndicate » opérant entre Paris et Maurice. La décision d’effectuer la transaction est alors prise. Le piège est tendu et le poisson mord. Aussi, ceux qui doivent prendre livraison de la marchandise arrivent finalement au rendez-vous. Lors de l’opération policière, un des principaux contacts mauriciens est appréhendé avec une voiture utilisée pour ses déplacements, qui sera saisie par la police.
Avec la fin de l’opération de Controlled Delivery, Farah Nachi est transférée au QG de l’ADSU, aux Casernes centrales, et ce en vue de compléter les procédures pour son incarcération. Elle est ensuite placée en détention policière avant d’être traduite devant le tribunal de Mahébourg le lendemain matin sous une inculpation provisoire d’importation de drogues avec des circonstances aggravantes. Son interrogatoire formel ne devra être engagé qu’une fois après la visite du consul de France à la suspecte pour lui expliquer ses droits selon les termes de la loi mauricienne.
Dans son jugement, rendu hier après-midi, le juge Benjamin Marie-Joseph a rappelé que la Française pensait effectivement pouvoir visiter notre île, tout en venant déposer des médicaments pour une personne. Car la personne qui a « loué » ses services pour effectuer le « travail », a accepté de payer son billet d’avion et ses frais de séjour. Aussi le juge a décidé d’être clément en n’imposant que 15 ans de prison à la prévenue, période de détention dont seront soustraits les 542 jours que la Française a déjà passé en détention en attendant son procès. Celle-ci devra en outre s’acquitter d’une amende de Rs 75 000.