Il est arrivé à l’interview tout essoufflé, car il revenait de ce qu’il qualifie de belle rencontre avec Rodoman qui lui a permis de s’imprégner d’autres musiques dans un style plus roots. Une autre de ses belles rencontres est assurément celle avec Zulu qui a donné naissance au magnifique Métisse. Samedi 4 janvier, Mario Ramsamy sera en concert avec Émile et Images à l’hôtel Merville. S’exprimant avec son coeur, ce poète des mots et des maux de notre société n’a qu’une envie, léguer cet héritage musical à tous ceux qui ont la vibe.
« Zulu, c’est un coup de coeur. Martine, de l’hôtel Shandrani, m’a dit : “Mario, regarde ce mec sur la plage, il a un talent, des choses à dire”. Ma rencontre avec Zulu m’a ébloui. Sa voix, le timbre, les fréquences, c’était un moment de pur bonheur. Vous savez ce qui m’a le plus séduit chez Zulu, c’est son regard. J’ai vu l’île Maurice à travers ses yeux. Il connaît Blue-Bay, l’île-aux-Aigrettes… Voir un Créole te montrer la profondeur de ton île métisse, côtoyer son environnement, sa famille, c’est quelque chose… Je lui ai laissé gérer son histoire sur Métisse et je ne chante que le couplet. » Pour notre interlocuteur, la musique est rien moins qu’un art de vivre universel. Un son qui rassemble et qui met tout le monde en communion, qui éveille les sens, a cette capacité motrice qui fait vivre les gens. Comme un effet miroir, il veut partager sa passion avec d’autres et ce sera comme des retrouvailles le soir du 4 janvier au Merville, avec Émile et Images, également composé d’Émile Wandelmer et de Jean-Louis Pujade.
« Je suis un déraciné »
Revenant à sa collaboration avec Émile et Images, il dira que le trio a fait un bon bout de chemin. « On a vendu 6 millions d’albums, et on figure dans le film Stars 80 de Frédéric Forestier et Thomas Langmann. Un film qui mettait en relief des artistes des années 80 et qui est sorti en octobre 2012. Il a eu 15 à 20 millions de spectateurs. » Émile et Jean-Louis Pujade, rappelle-t-il, faisaient autrefois partie du très populaire groupe Gold. « Moi, j’étais presque le frère ennemi car mon style était différent. On s’est réunis et cette force a donné naissance à un répertoire qui dure. La musique n’est pas figée, elle transcende les barrières et les cultures. Donner 150 concerts par an, faut le faire ! Profiter d’un temps de répit pour faire la suite de Star 80, c’est tout un boulot. Les années 80 dans le domaine musical, c’est un des temps les plus marquants. La génération des années 80 ne sera jamais aux oubliettes. On a eu avec Émile des tubes forts comme Coeur en exil, Plus près des étoiles. » Se décrivant, Mario Ramsamy dira être un éternel révolté. « Je suis un enfant de Roche-Bois, j’ai vécu la souffrance. Avant ma mère m’encourageait à partir vers d’autres cieux, aujourd’hui, elle me dit de venir vivre près d’elle. Ce n’est pas ma notoriété qu’elle recherche, c’est le fait de partager ses moments avec elle. La famille, c’est tout aussi important. »
Poète des mots ou des maux de notre société ? Mario sourit et nous lance : « Pourriez-vous noter assez vite ce que je vais vous dire. » Il raconte qu’en venant à Maurice, il s’est imaginé son île ainsi : « Allez piment. Allez cannelle. Un Chamarel jamais pareil, visage aux 7 couleurs. Coin de Mire de vos yeux rêveurs et sur sa peau gronde un volcan comme le feu au coeur de l’Océan. Pierre de lave ou de rubis, cristal brut trop bien poli, passive et révoltée plus éclatante qu’une orchidée. » Cette image de Maurice, il la voit avec des yeux neufs et cette envie de se poser l’interpelle. « Je ne me sens nulle part. Je suis un déraciné. Je voudrais rester à Maurice et me promener parmi des artistes qui ont cette fibre musicale. Si je m’imagines Zulu chanter en Europe, je veux pouvoir voir dans le regard d’un artiste ce désir d’aller plus loin. Et, ce sera cela ma mission. Donner ce que moi j’ai reçu. »
« Faire 150 concerts dans l’année et voir ces Français qui attendent qu’on prenne une photo ensemble ou un autographe, moi je vais plus loin que cela, je suis ému quand un couple me dit qu’il s’est aimé sur Coeur en exil ou sur les Démons de minuit et qu’on me dit “j’ai même donné le prénom Mario à mon fils”. J’ai même adopté une petite Française, Sandra, qui aujourd’hui est ma fierté, elle a passé son bac et j’ai été heureux de contribuer au bonheur de cet enfant dont les parents aujourd’hui décédés étaient mes fans. »
Curieux, c’est ainsi que Mario se décrit également… Aux Mauriciens, il dira que l’année 2014 est celle où il faut oser. « Sachez que la vie a un prix et il faut savoir en tirer du bon. J’ai longtemps été un torturé qui a compris le pouvoir de détruire et de reconstruire. C’est détruire qui est le plus difficile. » Il s’attarde aussi avec beaucoup d’émotion sur le rôle d’un père. Lui qui est papa de deux garçons parle surtout de ce cadeau de la vie. C’est presque de l’orgueil. « Quand on voit ce chef-d’oeuvre, on s’imagine que la vie, c’est un prolongement de soi. » Quant à ses projets, il dit mettre un grand point d’interrogation. « Je veux flâner avec des artistes et découvrir des talents neufs. J’ai découvert Rachelle, une perle qui chante en plusieurs langues. » Les belles rencontres, nous dit Mario Ramsamy, génèrent de belles musiques.