Tout meneur d’hommes désintéressé connu de l’histoire a possédé l’humilité. Ceux qui ont échoué l’ont fait à cause de leur faiblesse humaine. Beaucoup de grands chefs en puissance, ailleurs mais aussi chez nous, à l’île Maurice, se sont bannis eux-mêmes lorsqu’ils ont permis à un succès temporel de leur « monter à la tête ».
D’un autre côté, si un chef est faible et indécis et se laisse ballotter par les vagues de conseils contradictoires donnés par ceux qui l’entourent essayant ainsi de plaire à chacun, il ne fait pas preuve d’humilité. En fait, il n’est pas un meneur d’hommes : il se laisse mener.
Si, néanmoins, il recherche le conseil, lorsqu’il est confronté aux graves problèmes de tous ceux qui sont autour de lui, s’il écoute avec patience et courtoisie, de tous côtés, les avis de toutes les tendances, persuadé que la vérité peut venir de n’importe quelle source, il fait alors preuve d’humilité. Il a conscience que même l’avis contradictoire n’est qu’une extension de lui-même puisqu’il est un parmi tous les autres.
Il montrera également de l’humilité lorsqu’après avoir comparé de tels conseils avec ses pensées personnelles à lui, il prendra position et décidera même s’il doit rester seul et réprouvé. On pourrait conclure que la servilité est un vice alors que l’humilité est une vertu.
Ni la servilité ni l’humilité ne sont liées indissolublement au statut social ou économique, comme on pourrait le supposer. L’Histoire d’ici et d’ailleurs a enregistré les faits révoltants des sycophantes – les obséquieux (ou si vous voulez les fourbes, les flatteurs, les « rodères boutes ») – « vendant leur âme » pour la faveur politique ou économique alors qu’ils jouissaient déjà d’un relatif confort.
Mais le livre d’honneur de l’humilité contient les noms d’Akhénaton, de Socrate, de Jésus, de Mahomet, de François d’Assise, et bien d’autres encore. Rappelons aussi que des royaumes, des empires et des dictatures se sont élevés et sont tombés par le pouvoir de l’humilité. Ils se sont construits avec la volonté du peuple qu’elle soit apparente ou non, quand les chefs étaient bienveillants, considérés, humbles et courtois. Ils ont périclité lorsque les chefs ont abandonné l’influence de l’humilité et sont devenus insolents, exigeants, arrogants et oppressifs.