Le philosophe Jean Paul Sartre a contesté d’une façon subtile l’existence de l’inconscient. Il exprime un point de vue catégorique sur la question. Il estime en effet que l’inconscient « révèle de la ‘mauvaise foi’ ». Selon lui, cet inconscient refoulé ne peut l’être qu’à condition que l’on sache de quoi il s’agit. Est-ce pour censurer un sentiment, à l’exemple du désir, en prenant en considération qu’il y a plusieurs formes de désirs ?
La conscience doit, selon lui, non seulement connaître ce que veut dire le désir mais en plus pourquoi il est interdit. Donc il conclut en disant que l’inconscient refoulé est une manière de ne pas assumer notre liberté et notre responsabilité, car nous savons très bien ce que nous refoulons.
Avec Sartre et Freud, nous nous retrouvons devant deux perceptions différentes. Tous les deux parlant de la même chose qu’ils expliquent différemment. Peut-on cependant, en recherchant dans les avancées scientifiques, avoir une explication qui pourrait concilier le biologique et le psychique ? L’inconscient serait-il explicable autrement ? Le psychique serait-il dissociable du biologique ? Ces trois questions ouvrent la voie à la question « L’inconscient sera-t-il un jour autrement expliqué ? »
En 1985, après l’examen rigoureux des coupes du cerveau d’Albert Einstein, on découvrit dans son cortex cérébral, une grande concentration étonnamment élevée de cellules non-neuronales, que les chercheurs appelèrent glie. Cette zone corticale est concernée par le surnombre de cette matière par rapport aux neurones et qu’elle est dédiée à plusieurs fonctions du cerveau de l’être humain.
Définition du mot « glie » tirée de la revue Science & Vie d’octobre 2004 : « ensemble de cellules non neuronales du cerveau découvertes en 1856 par l’Allemand Rudolf Virchow. Il invente alors le terme de « glie » (« glue ») chargée de maintenir la cohésion des neurones ».
On découvrit cette grande concentration élevée de cellules non neuronales, ‘les astrocytes’, et on commença à s’intéresser à elles parce que c’était le cerveau d’Einstein. Il n’y a aucun lien fait ici avec l’intelligence. Elles n’avaient pas attiré l’attention des chercheurs de par le fait que ses activités sont chimiques alors que celles des neurones sont électriques. La cause était l’utilisation « abusive » de l’électroencéphalogramme qui est une des grandes inventions de la recherche médicale.
De découvertes en découvertes on a bien compris que les astrocytes avaient plusieurs rôles importants à jouer dans le fonctionnement de notre cerveau et particulièrement des neurones. Plus précisément leurs capacités de communication. Je cite : « Les astrocytes seraient capables d’influencer en sous-marin la transmission d’informations et même d’établir leurs propres réseaux de communication parallèles ». Ou encore : « certaines informations pourraient être véhiculées très rapidement par les neurones, tandis que d’autres seraient acheminées 100 000 fois plus lentement par les astrocytes. Dans ce modèle, les synapses seraient des gares de triage, où les informations entre neurones et astrocytes pourraient être échangées ».
De par cette découverte, cela me réfère au discours de Freud quand il parle du conscient, du préconscient et de l’inconscient et visiblement on ne peut raisonnablement pas dissocier le psychique du biologique. C’est dans ce sens qu’il faut faire des recherches sur l’inconscient biologiquement parlant. D’autant plus qu’il existe une hypothèse à l’effet que notre cerveau est divisé en deux réseaux imbriqués l’un dans l’autre avec une influence importante des astrocytes sur les neurones.
Je pose donc trois questions :
Quelles sont les informations qui nous arrivent vite et quelles sont celles qui nous arrivent lentement ou pas du tout ? Comment ces informations s’entrecroisent ? Serait-il possible que celles directement concernées par l’essence de ce qui préoccupe notre pensée nous parviennent vite. A la vitesse que l’activité électrique de nos neurones impose. Sans aucun doute si nous avons un cerveau qui fonctionne normalement.
Freud n’aurait-il pas interprété le pourquoi d’une absence d’informations par l’invention d’un « inconscient » qui expliquerait alors que ces informations sont grandement décalées par rapport aux autres et n’atteignent pas notre conscient, pour des raisons qui sont biologiquement explicables.
Serait-il possible que les informations qui sont traitées par des synapses en tant que « gares de triages » soient conditionnées par la construction de notre éthique et d’autres repères semblables, dansant la carmagnole entre nos instincts biologiques et nos pulsions culturelles. Freud a-t-il interprété le rôle des synapses comme le préconscient qui a ce même rôle en psychanalyse ?
Selon moi, la psyché n’est pas une chimère. Si les découvertes ou inventions de Freud sont aujourd’hui pointées du doigt, elles n’auraient pas dû sans doute sortir en dehors de sa réflexion philosophique pour être appliquée d’une manière systématique sur le plan psychothérapeutique. Mon père, avec qui je discute de la question très souvent, ne partage pas mon opinion sur la valeur thérapeutique de la psychanalyse. Ce qui nous permet de procéder par plusieurs voies pour répondre à la question posée. Nous sommes d’accord sur deux points : dans le monde des vivants, tout est matière qui tombe sous les lois physiques, pour ne pas dire naturelles. Le reste est sentiments et consciences construits par les rapports sociaux, l’énergie et la technique. Cela ne nous empêche pas de formuler des hypothèses. L’une d’entre elles demeure l’existence de l’inconscient avec ses rapports avec le Moi et l’autre se projette sur le plan scientifique avec le rôle des ‘astrocytes’ et des synapses.