Le monde francophone est à la croisée des chemins. Le président Abdou Diouf, dont l’action déterminée a permis d’asseoir «le magistère d’influence» de la Francophonie sur la scène internationale, parlait encore récemment de «chantiers inachevés».
C’est pourquoi j’ai souhaité présenter un projet concret, fondé sur une conviction, celle de la place qui doit être accordée à la dimension économique de la Francophonie. C’est transversal: il s’agit aussi de démocratie, de paix et de stabilité, de respect des diversités culturelles et de l’utilité concrète du français, langue de réussite et d’excellence.
En Afrique, en Europe, partout, j’ai senti un vif intérêt pour la démarche de Maurice et pour les propositions que je soumets à l’attention de la communauté des Etats francophones.
Ce projet que j’ai l’honneur de porter est largement inspiré de notre expérience du vivre-ensemble et du développement économique. A bien des égards, notre pays, aussi petit soit-il, a des leçons à partager avec le monde.
La langue française, un instrument de réussite
Ne comptons pas sur la démographie pour assurer, à elle seule, l’avenir de la langue française. Notre organisation doit faire valoir la pertinence et l’utilité du français, notamment pour nos jeunes.
Proposition n°1 : Appuyer le changement fondamental dans l’enseignement et la formation grâce aux Cours en ligne ouverts et massifs (CLOM).
La diffusion des CLOM facilite l’accès à des contenus de qualité, répondant aux besoins des demandeurs du Nord comme du Sud.
L’intégration des CLOM à l’offre d’enseignement numérique  de la Francophonie – notamment les Formations ouvertes à distance proposées par l’Agence universitaire de la Francophonie – permettra d’étoffer une offre de formation continue, destinée tant aux jeunes un nouveau public de professionnels désireux d’approfondir leurs compétences.
La Francophonie, acteur engagé au service de la diversité culturelle mondiale
La gestion des différences dans un espace mondialisé est une des questions essentielles de notre temps.
Les tensions, les haines et les guerres qui meurtrissent le monde s’expliquent largement par l’intolérance, l’ignorance et la pauvreté. De fait, le piétinement des identités et le rejet des différences menacent la stabilité démocratique, le développement économique et la cohésion sociale.
Proposition n°2 : Créer un Observatoire de la diversité culturelle.
Le respect des diversités culturelles requiert un engagement fort de la part de nos Etats, la vigilance des sociétés civiles et l’écoute attentive des instances internationales, au premier rang desquelles l’OIF.
Afin de donner une traduction concrète à ce souci, un Observatoire de la diversité culturelle pourrait se révéler fort utile. Cet organisme faciliterait la connaissance des diversités dans l’espace francophone et nourrirait le contenu du dialogue au sein de notre organisation. Il contribuerait ainsi à approfondir notre connaissance des mécanismes de crise, à prévenir les tensions et les risques de conflits.La promotion de la paix et de la culture démocratique dans l’espace francophone
La consolidation du mandat de la Francophonie en tant qu’acteur à part entière des relations internationales doit être poursuivie et amplifiée.
Proposition n°3 : Renforcer durablement les institutions de l’Etat de droit et soutenir l’organisation d’élections libres et transparentes.
L’appui à l’organisation d’élections libres et transparentes gagnera au renforcement du réseau francophone des Commissions électorales nationales indépendantes et à l’implication effective des sociétés civiles, en particulier des femmes et des jeunes, dans la promotion de l’Etat de droit et dans les processus de sortie de crise.
Proposition n°4 : Consolider le rôle de la Francophonie dans la prévention et la résolution des crises et conflits.
Pour donner tout son sens à la mise en oeuvre d’une diplomatie préventive et d’une médiation francophone dans la résolution des contentieux interétatiques, la mise en place d’un organe arbitral francophone peut être envisagée.
Proposition n°5 : Participer aux opérations de maintien de la paix en zone francophone et accompagner les politiques de réforme des systèmes de sécurité.
Les opérations de maintien de la paix dans l’espace francophone requièrent des contingents militaires capables de comprendre et de s’exprimer en français. Il faut donc dynamiser l’enseignement et la pratique du français en situation militaire en développant des programmes de formation en français à destination des écoles militaires pour faciliter les coopérations interarmées et l’insertion des unités intervenant sur le terrain.
En encourageant les réformes du système de sécurité, la Francophonie doit continuer à faciliter la mise en oeuvre de solutions africaines aux problèmes régionaux et continentaux de paix et de sécurité.
Proposition n°6 : Contribuer à la gouvernance démocratique des moyens de communication.
Il s’agit de soutenir les médias indépendants, professionnels et pluralistes, par un mécanisme d’aide à la presse écrite, radio et télévisuelle ainsi qu’à l’édition, dans l’esprit de la Déclaration de Bamako. Dans les pays où les institutions sont encore fragiles, la liberté de la presse et de l’édition est le gage de toutes les libertés publiques et individuelles.
En parallèle, il convient de veiller à une juste représentativité des acteurs au sein des instances de gouvernance de l’Internet. La création d’un groupe international de réflexion et de proposition sur la régulation de l’Internet, à laquelle la Francophonie pourrait prendre une part active, doit permettre de refonder un modèle de confiance.
Proposition n°7 : Veiller à l’égalité homme-femme.
L’Assemblée parlementaire de la Francophonie et le réseau des Femmes parlementaires francophones pourraient identifier et proposer l’adoption des législations les plus performantes en matière de participation des femmes à la vie publique.
Un espace de solidarité qui ne peut exister sans dimension économique
Avec 14% du PIB mondial, la Francophonie économique peut construire, au sein de la mondialisation, un espace compétitif de solidarité et d’échanges entre la « francophonie de l’OCDE » et celle du Sud.
Proposition n°8 : Faire valoir la voix des pays francophones dans les débats mondiaux sur le développement durable, la sécurité alimentaire et les changements climatiques.
La mise en place d’un « Conseil économique et du développement durable » pourrait accroître la dimension réflexive afin de renforcer encore l’influence de la Francophonie, notamment au sein des Nations unies et des institutions financières internationales, et dans la perspective du nouvel agenda mondial pour le développement post-2015.
Les travaux de ce Conseil pourraient alimenter le plaidoyer de la Francophonie dans les débats mondiaux sur les changements climatiques, enjeu de développement majeur pour les pays du Sud. Parce qu’il s’agit d’économie autant que d’écologie, la Francophonie est en mesure de faire valoir une position forte et ambitieuse notamment lors de la Conférence Paris Climat 2015.
Proposition n°9 : Créer une Agence francophone de promotion de l’industrialisation en Afrique avec le secteur privé.
Parce que l’industrialisation est une arme de construction massive, le développement du Sud passe par sa capacité à conquérir le statut de transformateur. L’industrialisation est l’une des clés du développement équilibré, de la création d’emplois et de la lutte contre la pauvreté.
L’Agence francophone de promotion de l’industrialisation aidera les Etats, avec le concours du secteur privé, à créer les conditions et les instruments indispensables aux activités des entrepreneurs, principaux pourvoyeurs d’emplois. Elle appuiera également l’innovation et la circulation des idées dans les secteurs majeurs de croissance que sont l’agro-alimentaire, le numérique, l’économie verte et océanique, les industries culturelles. Elle promouvra une démarche partenariale entre les entreprises du Sud et celles du Nord en matière de formation et de transfert de technologies.
Proposition n°10 : Créer un environnement propice à la réduction des fractures numériques.
Une augmentation de 10% de la pénétration de l’internet à haut débit dans les pays en développement engendre un gain de croissance de l’ordre de 1,4 point. L’enjeu pour nos Etats francophones est d’accompagner le développement coordonné des grands réseaux câblés, la diffusion des contenus numériques et des technologies et de pousser à la réduction des coûts d’accès.
Proposition n°11 : Mieux utiliser le potentiel entrepreneurial des femmes et des jeunes.
Sur le terrain, l’OIF peut encourager la participation des jeunes et des femmes à la vie économique en proposant aux Etats et aux communautés des modules simples d’initiation à la comptabilité et à la gestion d’entreprises autant que dans des secteurs innovants et à forte valeur ajoutée comme les énergies renouvelables ou l’économie solidaire.
Proposition n°12 : Renforcer et promouvoir le droit continental.
A travers un réseau participatif de facultés de droit francophones, de praticiens du droit et d’opérateurs économiques, il semble envisageable de consolider un droit francophone de référence sur des sujets aussi stratégiques que la propriété intellectuelle, les Partenariats public-privé ou le droit des nouvelles technologies. C’est un enjeu majeur de compétitivité pour les entreprises, d’autant que le droit continental est celui de 150 Etats qui pèsent 60% du PIB mondial.