Chers compatriotes,
J’ai peur ! Oui, j’ai peur pour mon pays. La principale raison qui motiva mon retrait de la politique en 2010 fut le rythme de la dégénérescence de notre société. Elle est gravement malade.
En tant que simple citoyen, ma démarche est totalement apolitique. Je n’accuse ni ne blâme personne. Je procède à des constats et j’essaie de comprendre la situation afin d’émettre humblement certaines propositions pratiques. Un vieux slogan du National Economic and Social Council (NESC) se lisait comme suit : “PERSONNE N’EST COUPABLE, NOUS SOMMES TOUS DES RESPONSABLES”.
Pour bien mettre les lecteurs dans le bain, permettez-moi un rapide coup d’oeil dans ma collection personnelle des coupures de journaux. Un premier constat saute aux yeux.
Famille dysfonctionnelle
Quelques exemples de ce dysfonctionnement : le beau-père qui tue sa belle-fille après avoir couché avec elle ; le jour de son anniversaire, tué par son jeune frère de 17 ans ; père et fils se disputent la même femme. Fratricide, il poignarde son frère pour une cigarette ; un ado tue son frère ; une fillette de 3 ans agressée à coups de bouteille par son père. A 73 ans, il tue son épouse de 30 coups de couteau ; repoussé par sa concubine, il projette son fils de 5 ans au sol ; il menace de liquider sa mère pour Rs 20…
Viols et crimes passionnels
Deuxième constat : beaucoup de délits sont liés à la sexualité (viols/sodomie) et autres crimes passionnels : huit cas d’agression sexuelle sur mineur en une semaine ; il satisfait ses appétits sexuels dans la famille, après la mère il s’offre sa fille de 14 ans et sa cousine de 12 ans ; à 68 ans il abuse de sa voisine de 13 ans. Une mère : comment j’ai vendu ma fille. Il viole sa nièce de 12 ans alors qu’elle dormait ; à 17 ans, elle tue son violeur et oncle de 45 ans : il abusait d’elle depuis l’âge de 9 ans ; elle se dit victime de viol collectif à 12 ans ; violée à 13 ans par son grand-père. M. de R abusait des filles de 5 à 13 ans : je ne pouvais résister à mes pulsions ; agression sexuelle au foyer N.X-14 ans contrainte de se vendre pendant 18 mois ; après l’amour il massacre sa belle-soeur infidèle ; une fille de 9 ans accuse son père de sévices sexuels ; une fille de 11 ans violée par son frère ; Rodrigues : tentative de meurtre et sodomie sur une fillette de 4 ans ; Pour acheter son silence, Gurujee (65 ans) a proposé le mariage à sa victime de 10 ans. K : après avoir violé et tué sa belle mère ; mo ti koup so kadav pou pa reisi identifie li.
Violences, agressions, meurtres
Quatre crimes en une semaine ; tué pour Rs 150 à Rochester Falls ; la victime tuée pour Rs 3000 ; Le travesti S.M. battu et poignardé à mort ; 15 coups de poignard pour Rs 2500 ; il tue à l’âge de 73 ans ; A. M jeûnait quand il a été assassiné ; il tue son ami de beuverie à coups de planche.
Trafic et abus de drogues
Un imam coursier confirmé des trafiquants, touchait Rs 1 million sur les 5 millions des drogues introduites en prison. Lors de son arrestation il déclara : “Mo kone mo tour ti pe vini.” En voici un imam qui attendait son arrestation mais qui n’avait pas réalisé que son tour viendra lorsqu’il sera en présence de son Créateur.
Autres cas liés au trafic de drogue : R.J, le baron de la drogue, tué par ses lieutenants ; un garde-chiourme passait de la drogue dans du briani ; ne trouvant pas ses comprimés Rivotril, il tente de faire exploser l’appartement de sa mère ; saisie de Subutex (16 millions) ; Roi du Sud Connection (policier-homme de loi-trafiquant et passeurs – l’avocat J. épinglé) ; Rs 280 millions d’héroïne saisies en huit mois.
Les dégâts causés par Facebook et les SMS
D’emblée, je souhaite préciser que je ne suis pas de ceux qui diabolisent l’internet et ses produits dérivés (Facebook-twitter-Viber…). En ce qui me concerne, l’internet est comparable à un couteau de cuisine : on peut s’en servir pour préparer un menu préféré mais on peut également faire usage du même couteau pour tuer quelqu’un. Tout dépend de l’utilisation qu’on en fait. Quelques titres : dérapages sectaires sur Facebook : les autorités intransigeantes ; fratricide pour une affaire d’internet ; liaison – texte intimidant et menaces de mort ; propos anti-religieux sur Facebook – condamnation unanime ; viol : Facebook fait une nouvelle victime.
Prostitution (infantile)
Enceinte de 5 mois, une prostituée tailladée avec un cutter ; amoureux de la prostituée, le proxénète tue le client ; prostitution infantile : des ados piégées par une promesse de vie de rêve ; un réseau de prostitution démantelé à Plaine-Verte ; elle vend sa fille de 14 ans pour Rs 1000 ; Une prostituée a servi d’appât dans un cas de meurtre.
Suicides
Une étudiante se jette du premier étage de son collège ; une ado se pend pour rejoindre son amie ; un policier se tue avec son. 38 ; B se suicide le lendemain de son mariage ; A.T. tue sa femme, égorge sa fille et tente de se suicider. Sa mère : “Det finn fer li vinn démon” ; il met fin à ses jours à 11 ans ; deux policiers se tirent une balle dans la tête.
Et ce qui se passe dans nos écoles…
Quelques extraits : violence scolaire : plus de 700 cas par an ; le prof est expert en vols ; ces collégiennes qui disparaissent ; l’école buissonnière tourne au viol d’une fille de 12 ans ; à 13 ans elle fait l’école buissonnière ; abusée sexuellement ; à la demande de l’enseignante, un élève lynché en classe.
Sectes/cultes/sorcellerie
Le guérisseur engrosse ses patients ; la sorcière “casse-ménage” arrêtée ; sectes et lavage de cerveau allégué : violée lors d’un rituel d’exorcisme ; pour la guérir un sorcier lui propose de coucher avec elle ; la fugue de notre fille : une affaire de secte ; je me bats pour que notre fille quitte une secte.
Chers lecteurs, vous avez été très patients à lire cette longue liste de titres qui ont fait la UNE de nos journaux ces dernières années. Si j’ai été aussi long c’est dans l’unique but de vous rappeler à quel point notre société et nos moeurs se dégradent.
Que faire ?
En toute humilité, même si je passe beaucoup de mon temps à écouter et accompagner les jeunes qui ont des problèmes de comportement et leurs parents et n’étant ni psychologue, ni sociologue, je ferais un pressant appel au Premier ministre d’inviter tous les psychologues, sociologues, psychothérapeutes, psychanalystes et les travailleurs de terrain à se pencher de toute urgence sur un plan d’action multidimensionnel afin de combattre les fléaux mentionnés plus haut. En passant j’ai eu l’occasion de partager certaines réflexions avec notre Premier Ministre en tête-à-tête. Honnêtement je pense qu’il a eu un coup de génie en créant un ministère d’intégration sociale, mais combattre la marginalité, l’exclusion, la violence, la pauvreté et la dégradation des moeurs ne peut pas relever d’un seul ministère. L’idéal serait que le Premier ministre lui-même préside un comité interministériel comprenant la plupart des ministères qui peuvent contribuer énormément par leur “Mission Statements”, à juguler l’exclusion de la pauvreté et leurs retombés, sur la vie sociale dans le pays.
Les ministères avec la collaboration des ONG, du secteur privé et du NEF devraient encadrer les jeunes et les parents.
Empowerment des parents
On a souvent tendance à blâmer les parents. Il est indéniable que les parents ont une très grande responsabilité dans la manière d’élever leurs enfants ; mais soyons réalistes : les parents sont tout simplement dépassés par le développement ultra rapide et révolutionnaire de la technologie. Ils ont besoin d’être aidés. Il ne suffit pas de dire à nos enfants : « Moi aussi j’avais 15-16 ans bien avant toi mais je ne me comportais pas de la sorte. » C’est vrai que les parents avaient eu 15-16 ans bien avant leurs enfants mais pas comme eux, pas dans le même environnement multimédia. Il était relativement facile d’avoir 15 ans, 50 ans de cela. Par contre, il devient de plus en plus difficile de nos jours pour un adolescent d’être ADOLESCENT. Par conséquent, il devient encore plus difficile d’être papa ou maman d’un adolescent aujourd’hui. Les ados également ont besoin d’être guidés dans cette jungle multimédia. On doit pouvoir leur faire comprendre qu’il est si difficile d’être parents aujourd’hui, à quoi ils doivent s’attendre quand eux-mêmes deviendront parents dans 15-20 ans. Nos enfants doivent être munis des compétences de vie (life skills) si indispensables pour qu’ils puissent se protéger même en l’absence de leurs parents.
Sectes, Cultes et Sorcellerie
Sans vouloir faire l’amalgame avec la montée spectaculaire des sectes, des cultes et de la sorcellerie, nos chefs religieux et les éducateurs religieux doivent avoir l’humilité de revoir la teneur de leurs discours et de leurs sermons. Beaucoup de nos jeunes délaissent la pratique religieuse et s’éloignent de nos mosquées, églises et temples parce qu’ils ne trouvent pas de réponses aux problèmes quotidiens qu’ils rencontrent dans la rue. Dans nombre de cas on note une dichotomie entre ce qui se dit dans nos lieux de culte et les réalités du trottoir. C’est la raison pour laquelle je crie sur tous les toits que nous devons jeter des ponts entre nos institutions religieuses et la rue, voire entre chefs religieux et travailleurs de terrain.
On a longuement abordé la question du sang et des larmes. Pour conclure, le mot “encre” dans le titre de cet article symbolise les médias positifs, la bonne parole, la sensibilisation, l’advocacy et la prise en charge psychosocial de nos jeunes. Il ne nous reste qu’à passer à l’ACTION. J’invite le Premier Ministre, le Gouvernement, l’Opposition, le Secteur Privé, les chefs religieux, les ONG (les authentiques, pas les lobbyistes), les associations parents-enseignants à venir de l’avant dans un grand élan patriotique afin d’éviter que le sang continue de couler et d’aider à essuyer d’autres larmes. On peut me contacter sur le 52595445 ou le slauthan@myt.mu. Merci d’avance.