« Il y avait longtemps que la chanson était finie.
Ils étaient assis, se faisaient face, et chacun pour soi écoutait les battements de son coeur. La poussière et l’effroi les avaient asséchés. La soif revenait, mais ils attendaient que le jour arrive, que des rais de lumière apparaissent entre les pierres éboulées. Ils ne voulaient plus retourner dans le noir à la recherche des bidons, toucher les cadavres, risquer de poser une main sur leurs visages, leurs cheveux. Hisao regardait sans cesse vers là où il pensait que le jour allait venir.
Jamais il n’avait connu une telle obscurité. Il fallait qu’il n’y eut ni lune ni étoiles dans le ciel pour qu’à ce point, rien ne passe entre les pierres.
Et dans ces ténèbres, le temps s’écoulait d’une façon inhabituelle. On aurait dit une matière sans début ni fin, une chose inerte. Peut-être que c’était ça la mort, se disait Hisao, une matière sombre, sans début et sans fin, que l’on ferme les yeux ou pas, et alors Tappei, le détachement, les servants dehors, comment étaient leurs yeux. « Non, arrête, se dit-il, ne pense pas à eux. » Il murmura à Takeshi : « Je crois que la bataille a commencé au début de la nuit. Pourquoi ce serait si long autrement ? » Il dit cela tandis que dehors le soleil à mi-chemin de midi tombait sur la mer et Peleliu. « Dis-moi, Takeshi, pourquoi ce serait si long ? » Il dit cela sans détourner son regard du mur de roche d’acier et de débris de bois derrière lequel le soleil éclairait la mer et le flanc de la montagne. »