TIPA veut donner l’occasion aux enfants vivant dans des conditions de vulnérabilité de mieux s’intégrer et de grandir pour être plus tard des adultes actifs et des citoyens responsables. Pour y arriver, l’ONG utilise l’art comme médium dans les écoles ZEP où elle est présente. Les premiers résultats sont encourageants, mais en plein essor, le projet ralentit par manque de financement. Le soutien que lui apporte désormais Ravior à travers Hope vient comme un souffle d’espoir.
Un détour vers le projet TIPA, et nous voilà plongés dans un monde coloré qui rappelle les beaux contes de fées. Ici, pas besoin de baguette de sorcier pour faire jaillir la magie. À travers ces images qui retracent les activités de l’ONG, on la contemple un peu partout. Elle apparaît, étincelante, sur ces dessins d’enfant qui subliment le monde et la nature, dans l’ocre des diyyas fraîchement façonnés de la terre glaise humide, à travers les pas de danse, le jeu des acteurs, l’expression des chanteurs, les mouvements figés des danseurs, les visages peints de couleurs joyeuses et sur tous ces grands sourires qui disent le bonheur de l’instant. Il y a, en effet, une vraie magie dans l’action de Terrain for Interactive Pedagogy through Arts : TIPA, pour faire simple et rester pittoresque, à l’image même de ce projet.
Lancée depuis 2007, l’action de l’ONG vise à permettre aux enfants vivant dans des conditions de vulnérabilité de conjurer le mauvais sort du destin. Le projet espère encadrer des jeunes pour qu’ils soient plus tard des adultes socialement actifs et responsables, qui comprendront l’importance de bien vivre en communauté. Une mission menée dans des écoles ciblées à travers une pédagogie interactive qui s’appuie sur la culture et l’art.
Lespwar.
Dessiner, peindre, sculpter, modeler, chanter, danser, jouer, apprendre, s’amuser, comprendre l’art devient ainsi espoir. Et c’est dans le même esprit que Hope fait son entrée. Dorénavant c’est ce projet qui bénéficiera de l’appui financier de la bijouterie Ravior, dont la campagne autour du petit bijou portant les inscriptions Lespwar, Lamour, Linite apportera aussi une visibilité supplémentaire à l’ONG tout en sensibilisant sur son travail.
Une collaboration en faveur du développement des enfants qui arrive au bon moment tandis que TIPA se retrouve dans une impasse avec la réduction du soutien financier dont elle bénéficiait. Conséquence des nouveaux règlements entourant le CSR et la crise, alors que le travail de l’ONG a largement convaincu les bénéficiaires, les pédagogues et le ministère de l’Éducation. Lancé auprès de 50 enfants dans une école en 2007/08, le projet avait pris un essor naturel pour toucher 941 enfants de quatre établissements en 2012. Les ambitions étaient plus grandes pour 2013. Mais face aux restrictions, TIPA a préféré orienter son travail vers 300 à 350 enfants de deux écoles : “Parce qu’il nous était important de conserver la qualité du travail et rester dans la même dynamique”, explique Angélique de la Hogue, éducatrice et cofondatrice de l’ONG.
Lacunes.
TIPA est né d’une étude réalisée par Émilie Carosin en 2007. Ce constat avait souligné les lacunes dans le système éducatif et l’ONG avait été constituée pour apporter une partie de la réponse espérée. Si ces lacunes sont sans conséquences graves auprès de certains enfants, chez d’autres, notamment ceux vivant dans des conditions de vulnérabilité, les choses sont différentes. D’où la décision de l’ONG de s’orienter vers les écoles de la ZEP.
C’est dans le temps que sera réellement mesurée la contribution de TIPA auprès des enfants et des groupes touchés. Toutefois, selon le plan de travail établi, certaines spécificités sont déjà visibles dans le comportement des enfants encadrés. Questionnée sur le profil d’un “Enfant TIPA”, Angélique de la Hogue précise : “C’est un enfant qui est mis en valeur et qui a sa contribution lors des échanges en groupe. Il sait ce qui est attendu de lui et cet enfant est en mesure de s’évaluer pour dire ce qu’il a réussi à accomplir et ce qu’il doit améliorer. Et c’est surtout un enfant qui prend plaisir dans ce qu’il fait.”
P’tits pas.
TIPA sort du système classique et s’aventure hors des sentiers battus pour explorer les avenues d’une nouvelle approche pédagogique. L’ONG donne l’occasion à l’enfant de s’amuser à travers des activités artistiques pensées pour influencer positivement sa vision et son comportement. “Le coeur de l’action de TIPA c’est le développement des valeurs citoyennes à travers l’art”, explique Angélique de la Hogue. Toute activité est préparée en ce sens par les animateurs de l’ONG en étroite collaboration avec les enseignants des classes où TIPA intervient. “Ils ont une meilleure connaissance des élèves et le programme est préparé avec leur aide. Nous encourageons la complémentarité avec les enseignants.” Bénéficiant de l’appui du ministère de l’Éducation, TIPA a ainsi pu intervenir dans des établissements de la Zone d’Éducation Prioritaire.
Respect.
Respekte mo travay ek materyel. Respekte bann lezot dimoun. Respekte bann regleman. Konpran. Partisipasion. Kreativite. Organiz travay. Konfians dan mo mem. Lespri kritik. Korperasion. Tels sont les dix indicateurs affichés dans le bulletin de progression de chacun des élèves encadrés. À travers ce livret, chacun apprend à mieux comprendre ce qui est attendu de lui et à s’évaluer. Pas de contrôle, ni d’examens ou autre exercice stressant. TIPA a pensé à un système où chaque élève procède à son autoévaluation avec pour objectif d’encourager chacun à réfléchir sur ses actions et ses lacunes. “Nous pensions qu’au départ ils se donneraient les meilleures notes. Mais très vite ils ont commencé à jouer le jeu et souvent ils se montrent sévères vis-à-vis d’eux-mêmes.” Dans un message aux parents, l’ONG précise : “Ce travail d’autoévaluation a pour but de favoriser l’autonomie morale et intellectuelle de votre enfant (…) Il apprendra que l’essentiel ce n’est pas de réussir dans tous les domaines, mais de savoir identifier ses points forts, ainsi que ses difficultés.”
Tout au long de l’accompagnement, les avis et les opinions des enfants restent primordiaux pour le déroulement du programme. “Dès le départ, nous leur parlons de leurs droits et de leurs devoirs. De là, ils établissent les règlements de la classe, votent les lois comme au Parlement et veillent à leur application.” Un système de récompense encourage les enfants à suivre les règles. Loin d’être figé, le programme est en constante évolution pour mieux s’adapter à la réalité des enfants : “Le projet est réajusté selon les observations faites. Il doit courir aussi vite que ces enfants”, dit Angélique de la Hogue.
Festival.
Deux fois par semaine, les arts plastiques sont enseignés aux élèves des Standards 1 à 3. Les plus grands s’adonnent principalement au théâtre et à d’autres activités par le biais desquelles les valeurs et les principes de vie sont inculqués. Parallèlement, dans le but d’encourager l’effort des enfants, de permettre à leurs parents de suivre le travail fait et pour les initier à d’autres disciplines, un Festival d’Art est organisé annuellement dans chaque établissement touché. La pédagogie de TIPA sert aussi à développer le potentiel artistique et la personnalité des enfants, et c’est ce qui est démontré aux visiteurs invités à cette grande exposition qui prend des airs de fête avec différents ateliers : slam, sirandane, fresques, etc. Plusieurs artistes populaires participent aussi à ces rassemblements.
“Mo resi kone ki mo kontan, ki mo pa kontan, ki mo panse monn resi ouswa non. Mo explik bann swa ki monn fer, kouma li kapav ed mwa progrese dan mo travay. Mo aksepte bann komanter ek kritik bann lezot parski mo kone sa ki pou ed mwa progrese. Lakoz sa mwa osi mo kritik travay mo bann kamarad dan enn fason ki pou ed zod.” Tel est l’un des enseignements donnés aux enfants de TIPA à travers l’art. Au sein d’une société qui peine à sauvegarder son âme face à l’émergence des contre-valeurs, l’approche et le message de TIPA prennent un sens profondément humain vers le développement des enfants. Et même, le développement du pays.