La météo a encore fait des siennes. Avec un record de 134 mm de pluie enregistrée à Providence, la région Est de l’île a été la plus affectée par les intempéries. L’équipe de Week-End a sillonné les régions de Montagne Blanche, Clémencia et Flacq pour faire un état des lieux. Un drame humain qui se mesure à l’étendue des champs dévastés…
L’on se croirait au lendemain d’un cyclone… Parapluie à la main ou bonbonne de gaz sur l’épaule, le Mauricien a repris le cours normal de sa vie. Pour cause : le temps s’est éclairci. Mais à Montagne Blanche qui a enregistré une très haute pluviométrie, le spectacle est tout autre.
Samedi. Des sapeurs-pompiers aident les habitants d’une maison, dont le rez-de-chaussée est sous les eaux. S’ils sont au four et au moulin depuis les petites heures du matin, les habitants eux aussi n’ont pas fermé l’oeil de la nuit. Quelques voisins bienveillants aident leurs amis. Quelques mètres plus loin, une autre maison est noyée elle aussi.
Deux familles modestes qui ont vu leur cuisine, chambre à coucher et salon inondés. Ils ont tout perdu. Désemparés, l’eau jusqu’aux mollets, ces familles qui ont plusieurs enfants ne savent plus où donner de la tête.  Chez la famille Caulloo, qui attend l’intervention des sapeurs-pompiers pour évacuer l’eau accumulée dans leur maison, c’est la première fois que l’on vit une telle situation. “Nous avons déjà eu ce genre de problème dans le passé mais cette fois-ci, l’eau est entrée dans notre maison et a tout abîmé. Tous nos vivres ont été abîmés et nos meubles sont endommagés par l’eau. Nous habitons ce lieu depuis 45 ans et nous n’avons jamais connu pareille situation. Un enfant de la famille a même glissé à cause de l’eau accumulée dans la maison et a deux points de suture. Nous sommes debout depuis une heure ce matin et nous avons regardé l’eau monter, impuissants. Nous avons aussi un bébé et nous ne savons quoi faire”, raconte Poornima Caulloo, mère de deux enfants qui partage une maison avec sa belle-soeur et le mari de celle-ci et leurs deux enfants en bas âge.
Si elles ne peuvent rien contre les caprices de Dame Nature ces personnes blâment le système de drainage inefficace qui ne canalise pas l’eau de pluie en surplus vers les rivières avoisinantes. Incapables de rester dans leur petite maison, ces personnes devront trouver refuge chez des proches, quitte à abandonner toutes leurs affaires derrière de peur que l’eau ne monte encore.
À Sans Souci, des soucis d’eau
Au morcellement Sans Souci – habité principalement par d’anciens laboureurs qui y ont construit leurs maisons –, impossible d’avancer plus loin. “C’est la première fois que nous voyons une si grande quantité d’eau! De nombreuses maisons ont été inondées et les pompiers sont venus évacuer l’eau aux petites heures de samedi. Nous avons dû détruire un mur pour que l’eau puisse s’écouler. Certaines familles ne sont pas sorties de chez elles depuis ce matin car l’eau s’est accumulée devant leur porte et chez elles. Chez d’autres, leur garage est inondé et l’eau est arrivée aux portières de leur véhicule. Nous constatons que l’eau s’accumule depuis que les drains ont été construits. Le nécessaire n’a pas été fait pour que l’eau soit évacuée et elle stagne dans les drains”, explique un habitant de la localité.
Un peu plus loin, une famille vit une inondation pour la première fois. “Notre sous-sol est inondé. Nous ne pouvons pas ouvrir notre garage et mon père ne peut pas utiliser sa cuisine. Tous les appareils électroménagers se trouvant au sous-sol sont endommagés de même que toute la nourriture”, laisse entendre un jeune visiblement choqué par la situation. Accompagnant les sapeurs-pompiers qui sont venus extraire l’eau de sa cour grâce aux pompes électriques, il attend toujours la construction de drains là où il habite.
Encore une fois, le manque de planification infrastructurelle et de drains est à blâmer. Une situation chaotique qui est amenée à se répéter si les autorités n’agissent pas, laisse-t-on entendre du côté des habitants. Même son de cloche quelques kilomètres plus loin à Bel Air, région très affectée par les intempéries. Un groupe d’habitants s’est attroupé devant la boutique du coin pendant que les sapeurs-pompiers plient bagage. Ils sont en colère contre les quelques sapeurs-pompiers qui travaillent sur place depuis 5h du matin pour extraire l’eau de la cour d’une famille. Incompréhension, colère et fatigue se lisent dans les yeux des villageois qui ont peur que les choses n’empirent dans la soirée. Une situation délicate que les sapeurs-pompiers tentent tant bien que mal de maîtriser.
“Nous sommes debout depuis 3h ce matin. Les sept maisons de cette cour ont été inondées. C’est la deuxième fois que nous avons ce problème. Les drains qui ont été construits ne servent à rien. Les sapeurs-pompiers pompent l’eau depuis 5h30 et ils sont partis”, lâche un membre de la famille Ausfurally, très remonté. Il raconte qu’il a dû utiliser des blocs pour déplacer son réfrigérateur et son téléviseur afin qu’ils ne s’abîment pas. Ce jeune ajoute que certains membres de sa famille, surtout ses parents, ont dû être évacués de leur demeure en passant par la fenêtre. Quelques autres braves femmes de cette famille expliquent qu’elles ont tout perdu dans leur maison en raison de l’eau. “Nous traversons la fenêtre pour pouvoir sortir”, dit l’une d’entre elles. Certains habitants disent avoir fouillé quelques petites tranchées pour laisser partir l’eau.
Sapeurs-pompiers en sous-effectif
À l’entrée de Clémencia, à l’Inoos Road, Roz Nasroolla appelle les autorités à revoir la structure des routes et le système de drainage. Une situation qui va de mal en pis, selon lui.  Notre virée continue avec comme toile de fond les rivières en crue et les champs de légumes inondés.
Le constat est le même dans tous les petits villages où nous nous arrêtons. Les gens sont dehors, attendant impatiemment que les autorités arrivent. Sauf que celles-ci arrivent souvent essoufflées et en sous-effectif, un autre problème qui refait surface à chaque mauvais temps. “La construction des maisons dans les endroits réservés au passage naturel de l’eau est une cause d’inondations”, soutient un sapeur-pompier à Bel-Air. Venu avec son équipe pour extirper l’eau stagnante dans une cour, il a reçu l’aide des habitants de l’endroit. Selon certains habitants qui ont vu les eaux inonder plusieurs maisons, la rivière en crue en est aussi la cause.
À Poste de Flacq où le ministre Prithviraj Roopun s’est rendu le matin, les habitants sont toujours en rogne. “Nous sommes éveillés depuis une heure (samedi). C’est la première fois que nous voyons autant d’eau dans notre cour depuis que nous habitons ici! L’eau est entrée dans notre maison et c’est un problème qui devient de plus en plus courant maintenant. Des drains ont été construits à la va-vite et n’ont pas résolu notre problème. Nous avons beaucoup perdu. Nous ne savons quoi faire s’il pleut à nouveau”, témoigne Annabelle Bisnath qui habite une petite maison située près d’une rivière.
Même si Raj Dayal s’est rendu sur les lieux pour prendre les doléances des habitants, ces derniers se sentent impuissants face à la situation et attendent désespérément l’aide des autorités.