Après une série de tests sous la supervision d’experts français depuis un mois, la distillerie d’éthanol d’Omnicane commencera sa production ce vendredi. Cette nouvelle unité du cluster industriel de La Baraque, qui a nécessité un investissement de Rs 1 milliard, a une capacité de production de 25 millions de litres par an.
Le produit de la nouvelle distillerie d’éthanol d’Omnicane sera destiné au marché européen. Les sous-produits seront utilisés pour la fabrication de biofertilisants tandis que le CO2 capté lors des opérations sera converti en gaz carbonique. Afin de dissiper les appréhensions concernant les problèmes environnementaux, Omnicane a également ouvert une ligne de communication avec les forces vives du village de L’Escalier où se situe la distillerie.
Si tout se passe comme prévu, la distillerie de bioéthanol d’Omnicane commencera ses opérations ce vendredi 14 mars. Depuis un mois déjà les différentes installations sont inspectées et mises à l’essai par des experts étrangers sur place. « On appelle cela le commissioning. Nous procédons à des tests avant l’entrée en opération. Les outils fonctionnent relativement bien et il y a quelques petits ajustements qui ont été faits », explique Rajiv Ramlugon, Chief Sustainability Officer chez Omnicane Milling Operations Ltd.
Initialement, la distillerie devait être installée à Savinia, dans la région du Souffleur. Mais pour des raisons pratiques et sur recommandations des experts, elle a été construite à La Baraque. « Étant donné que l’usine est à côté, les matières premières sont disponibles sur place. Nous avons maintenant un réseau de différentes unités qui nous permet d’optimiser les ressources. Ce qui était considéré comme des déchets auparavant va maintenant être utilisé pour apporter une valeur ajoutée à notre production ».
C’est à travers une tuyauterie nouvellement installée que la mélasse passe de l’usine de sucre à la distillerie. Là, elle est conservée dans deux grands réservoirs recouverts d’une matière gonflable. « Tout est hermétique. Aucune odeur de mélasse ne s’échappe ». De là, la mélasse est dirigée vers l’unité de fermentation. Omnicane, qui a racheté les équipements de l’ancien Alcodis à Rose-Belle, a dû toutefois investir dans une nouvelle unité de fermentation. « Ce sont des cuves neuves fournies par les experts français d’HONORE SAS. Les cuves d’Alcodis ont été mises hors service. Les produits seront ainsi stockés dans des cuves fermées ».
Un troisième réservoir est destiné au stockage de la vinasse, sous-produit de la distillation de mélasse en éthanol. Celui-ci est également recouvert d’une matière gonflable. La vinasse sera convertie en Concentrated Molasses Stillage (CMS) qui sera par la suite utilisé par Island Renewable Fertilizers pour la production de biofertilisant. Tous ces procédés permettront de capter 25 tonnes de CO2 par jour de l’unité de fermentation. Le CO2 sera converti en gaz carbonique qui sera par la suite utilisé dans la fabrication de boissons alcoolisées à Maurice et dans la région. 7 500 tonnes de gaz carbonique pourront ainsi être obtenues chaque année.
« Durant toutes les opérations, il y aura un monitoring régulier des tanks et de la tuyauterie et toute anomalie éventuelle sera réparée sur place », rassure Rajiv Ramlugon. Pour cela, une salle de contrôle a été aménagée. « Tout le procédé est contrôlé à partir d’ici. Chaque écran est consacré à un site de production », explique Bindiya Seetul, responsable de la production à la distillerie. Les opérations sont informatisées et le même système en place à l’usine est adopté. « A partir d’ici, je peux savoir s’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et agir tout de suite. Grâce à un système de graph, on peut également retracer tout problème survenu, à quel jour et à quelle heure », ajoute Bindiya Seetul.
Jean-Pierre Rouillard, General Manager de la distillerie, précise à ce sujet qu’il y a un service de garde 24 h/24 et sur rotation. « Chaque shift a un chef qui est ingénieur de formation ». L’éthanol étant un produit hautement inflammable, un système rigoureux de contrôle d’incendie a aussi été mis en place. Un réservoir de 600 000 litres d’eau de rivière a été aménagé et le personnel bénéficie d’une formation “ongoing”. Rajiv Ramlugon fait ressortir que c’est le même principe en place à l’aéroport qui est appliqué ici.
Dans un premier temps, le bioéthanol sera produit pour le marché européen. « Si à l’avenir le gouvernement légifère sur l’E5, nous avons la capacité d’en produire », ajoute Rajiv Ramlugon. En attendant, pour dissiper toute appréhension sur les problèmes environnementaux, Omnicane a ouvert le dialogue avec les forces vives de la région. Après deux réunions tenues l’année dernière, celles-ci ont été invitées la semaine dernière à visiter les nouvelles installations et à prendre connaissance des mesures prises pour préserver la qualité de vie dans le village. Cette rencontre a permis notamment de clarifier la situation concernant les odeurs ressenties dans certaines régions de L’Escalier lors de la période d’essai. « Comme on procédait à des tests, peut-être que les experts ont dû ouvrir les cuves à certains moments pour des vérifications. Mais valeur du jour, tout est sous contrôle, de toute façon, nous restons à la disposition des forces vives s’il y a le moindre doute », rassure Rajiv Ramlugon.