Le budget 2014, présenté par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier Luc Duval, le 8 novembre dernier au Parlement, a réservé une surprise à la population mauricienne. Une surprise de bien mauvais goût avec un retour des clubs à caractère communal au sein d’une ligue semi-professionnelle.
Cette annonce a stupéfait plus d’un, surtout lorsqu’on a en mémoire les dérapages survenus après certaines rencontres dans le passé, dont ce triste Fire Brigade-Scouts Club de mai 1999. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’annonce du gouvernement demeure la plus grosse bourde dont le sport mauricien aura connue et dont on s’en serait tous très bien passé.
Même le Conseil des religions a exprimé son désaccord face à la démarche gouvernementale. Depuis son annonce d’ailleurs, les voix n’ont cessé de s’élever contre cette mesure. Car plus d’un se demandent pourquoi un retour à l’ancienne avec des clubs qui n’existent même plus ! Des clubs qui ne sont même plus membre de la Mauritius Football Association (MFA) comme l’avait clairement expliqué Jacques Malié, lui-même ancien président de la fédération, dans une interview à Week-End l’année dernière. Les questions au sujet de ce retour font d’ailleurs toujours polémiques. Un retour vers le passé qualifié de rétrograde. Car au lieu de faire avancer le pays vers une vraie harmonie, voire encourager un vrai patriotisme, le gouvernement s’est lancé dans une aventure à risques.
Pourquoi ce retour vers le passé, alors que nous savons tous qu’avant les tristes événements de 1999, un seul club parvenait à drainer la grosse foule. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que c’est ce même gouvernement Travailliste qui a introduit le processus de régionalisation pour relancer le football. Une question s’impose dans ce cas précis. Le gouvernement a-t-il donné les chances nécessaires à la régionalisation pour réussir ? Visiblement non.
Car autant que nous sachions, il n’y a pas eu une réelle volonté à faire avancer les choses. Et si aujourd’hui ce processus n’a pas été une réussite – hormis l’exemple Curepipe Starlight SC et Union Sportive de Beau-Rose/Hill – le gouvernement, aussi bien que la fédération, doivent s’en prendre à eux-mêmes. Certes, l’État a subventionné les clubs de football. Mais était-ce vraiment suffisant lorsqu’on sait tous, qu’il y a eu beaucoup d’hypocrisie pour contourner le processus à l’heure même de sa mise en oeuvre.
Selon les différentes déclarations entendues jusqu’ici, ce retour des équipes communales va permettre de remplir les stades et de rehausser le niveau. Mais ce que les décideurs semblent oublier, c’est que ces clubs dont on évoque actuellement le retour n’ont plus aucune identité et ce, depuis plus de dix ans. Le gouvernement s’est-il aussi demandé si les spectateurs vont venir au stade pour assister à des rencontres qui peuvent être à hauts risques. Sincèrement, nous ne croyons pas dans ce projet, d’autant que le Mauricien, au-delà de l’aspect footballistique, ne se sent déjà guère en sécurité dans son quotidien.
L’autre question qui  interpelle est l’état même des infrastructures. Jacques Malié le faisait si bien ressortir, à juste titre d’ailleurs, dans l’interview accordée à Week-End, que le stade Guy Rozemont à Quatre Bornes était resté le même pendant plus d’une demi-siècle !!!
Ce qui est encore plus grave dans ce dossier, c’est que le gouvernement semble s’être substitué à la fédération. Le silence de la fédération dans toute cette affaire est des plus inquiétantes d’autant qu’elle est censée être la seule décideuse en matière de football. Malheureusement, tel ne semblerait pas être vraiment le cas actuellement. D’ailleurs, dans le « Joint Declaration » du ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Mauritius Football Association du 8 janvier, la fédération ne précise toujours pas sa position par rapport à la proposition gouvernementale. 
Dans pareille situation, toute fédération qui se respecte aurait dû monter au créneau après l’annonce de Xavier Luc Duval pour faire part de sa désapprobation. D’autant que dans ses propres règlements, la Fédération internationale de Football Association décourage ce type de football. Un peu plus de deux mois après, rien n’a été fait, ni dit par la MFA pour s’opposer à un retour des équipes communales. Est-ce donc à dire que la MFA est pour ce retour, quitte à aller contre les règlements même de sa fédération internationale ?