On peut aimer ou pas La cage aux folles, mais ce classique du théâtre de boulevard, présenté au Théâtre Serge Constantin dans une mise en scène de Philippe Houbert et Daniel Mourgues, est une comédie qui offre par le biais du burlesque une vision émouvante du couple gay.
Renato (Philippe Houbert) et Albin (Jean-Luc Ahnee) sont deux hommes sexuellement libérés qui s’aiment et vivent leur amour avec une certaine fantaisie dans un club de travestis. Albin sur scène se métamorphose en Zaza. Personnage sensible qui, en ville, est un homme maniéré; mieux dans le genre féminin et épanoui, coiffé de perruque, en robe, avec des boas et des bijoux et des trucs en plumes.
Sous le couvert de farce, ce spectacle emmène le spectateur dans l’univers des travestis. Un acclimatement réussi à en juger par les intermèdes chaudement acclamés de Roland Tave; seul véritable travesti sur scène, lancé dans des numéros de cabaret. On retiendra l’interprétation de Mon truc en plumes de Zizi Jeanmaire, d’après une chorégraphie de Cécile Gonzalès, I am what I am de Gloria Gaynor et Déshabillez-moi de Juliette Gréco. Roland Tave ne pouvait probablement pas rêver de meilleur tremplin.
Dualité.
Il est évident que les comédiens ont grandement contribué dans leur jeu à mettre le spectateur en condition pour accueillir ce spectacle qui ne saurait souffrir la médiocrité. Jean-Luc Ahnee a déployé des trésors de finesse dans les attitudes et les intonations pour camper la dualité qui habite le personnage de Zaza, et sans doute davantage pour jouer Albin. Une performance scénique à saluer bien bas, d’autant qu’à cela s’ajoute le rôle d’Éléonore : la prétendue mère de Laurent (Fabrice Chaperon), qui accueille les Dieulafoi.
Les habitués du théâtre se souviennent de Fabrice Chaperon dans Boeing Boeing et ces rôles dans le registre classique (essentiellement du Molière). Ils apprécieront à présent ce comédien dans un jeu davantage en retenue et visiblement mûri. Il incarne ce jeune homme qui annonce à Renato (son père) une intention de mariage avec la très réservée Camille Dieulafoi (Élodie Lhomme) et la venue prochaine des parents conservateurs voire psychorigides de celle-ci.
Haute facture.
Le décor chatoyant de l’appartement s’en retrouve chamboulé dans un aspect quasi monacal; Jacob (Michel Cundasamy), le domestique exubérant aux tenues affriolantes, est dénaturé en majordome. Renato tente, tant bien que mal, à viriliser Albin et se travestit lui-même en “mâle” dans des habits austères afin de faire bonne impression auprès des Dieulafoi. Mais le naturel finira par revenir au galop tandis que les réactionnaires monsieur et madame Dieulafoi (Robert Furlong et Carine Babet) seront contraints au travestissement…
Voir Robert Furlong autant que Philippe Houbert en robes et chaussés de talons est un grand moment de théâtre comique.
Signalons que les billets pour les représentations prochaines de La cage aux folles sont toujours disponibles dans le réseau Ôtayô (466-9999). La version présentée au Théâtre Serge Constantin est un divertissement de haute facture.