Dans un document conjoint soumis au Mauricien, la Platform Sov Nou la Plaz, le Forum des Citoyens Libres et l’Ong Eco-Sud avancent que le projet Le Chaland Resort, à La Cambuse, « viole les principes officiels de développement hôtelier ». Ces écologistes et citoyens engagés contestent ce projet hôtelier du groupe Currimjee Jeewanjee, estimé à Rs 2,7 milliards, sur un terrain actuellement occupé par la National Coast Guard (NCG) non loin de la plage publique de La Cambuse.
Dans ce document conjoint, la Platform Sov Nou la Plaz, le Forum des Citoyens Libres et l’Ong Eco-Sud soutiennent que tout projet hôtelier nécessite un permis de développement émis par le ministère du Logement et des Terres, et ce en vertu de la Planning and Development Act 2004. Ce permis de développement, poursuit le document, est délivré si le projet est conforme, entre autres, à la National Development Strategy (NDS), aux directives de la politique de planification pour la région (ici l’Outline Planning Scheme for Grand-Port Disctrict Council) et, enfin, à l’intérêt public. « Ce projet du groupe Currimjee Jeewanjee à La Cambuse n’est nullement en conformité avec ces trois conditions fondamentales », avancent dans leur document les écologistes et citoyens engagés.
Celui-ci affirme que ce projet ne satisfait aucunement le critère d’intérêt public. « Nous devons définitivement cesser d’ajouter de nouveaux hôtels et nous concentrer plutôt à préserver l’attrait touristique de Maurice si nous voulons que les touristes continuent à venir », arguent les contestataires, chiffres à l’appui. « En résumé, 1 million de touristes jouissent de 20% de nos côtes, soit deux fois plus que ce dont jouissent les 1,2 million de Mauriciens. » Citant la Vision 2020 for Mauritius, émise en 1997, les contestataires soulignent que ce document indiquait que si nous voulions « attirer un tourisme de qualité », il ne fallait dépasser en aucun cas les 9 000 chambres d’hôtel. « Ce document précisait que dépasser ce seuil était d’une part suicidaire pour notre tourisme et d’autre part criminel contre le droit de la population à jouir de nos plages », avancent les contestataires, tout en faisant remarquer qu’en 1997, il y avait 87 hôtels pour 6 809 chambres, alors qu’en 2014 l’on pouvait compter 115 hôtels pour 12 799 chambres.
« Defence Land »
Concernant la violation de la NDS, le document des contestataires argue que l’Environment Impact Assessment (EIA) Report du promoteur « essaie maladroitement de déguiser ce fait ». Cet EIA Report concède en fait que le projet « ne tombe sous aucune zone touristique spécifiquement identifiée du NDS ». Et d’ajouter : « À cet égard, le NDS indique clairement qu’il doit y avoir une forte présomption contre de nouveaux projets touristiques en dehors des zones spécifiquement identifiées, en dehors des espaces ouverts ou encore en dehors des endroits ayant une signification environnementale ou panoramique », notent les contestataires. Selon eux, ces trois critères précités pour rejeter un projet hôtelier existent dans celui du Chaland Resort. D’abord, La Cambuse est parmi les deux seules plages de cette région du pays où plus de 250 000 Mauriciens peuvent se rendre (l’autre étant Blue-Bay, « qui est déjà saturée »). Puis La Cambuse fait partie du Blue Bay Marine Park, un site écologiquement sensible protégé par la Convention de Ramsar. Enfin, le site est une “Defence Land” de longue date utilisée par la NCG pour la formation de son personnel. Les contestataires arguent en outre que l’Outline Planning Scheme of Grand-Port/Savanne District Council Area confirme que ce projet hôtelier n’aurait jamais dû être autorisé, car se trouvant dans une “Environmentally Sensitive Area”.
Par rapport au critère de “Defence Land”, ils s’interrogent sur « les circonstances troublantes » ayant mené l’ex-Premier ministre Navin Ramgoolam à autoriser l’allocation d’une “Defence Land” datant de la période coloniale à un groupe du secteur privé. Celles-ci ne peuvent être utilisées pour le développement hôtelier, « mais pour la sécurité nationale ». Ils s’étonnent par ailleurs que les promoteurs n’aient eu affaire qu’avec le ministère du Logement et des Terres alors que la State Lands Act stipule clairement que seul le ministre de la Défense, c’est-à-dire le Premier ministre, dispose du pouvoir de céder une “Defence Land” à bail. « Avec cet accaparement impuni des plages publiques par des intérêts privés au détriment de la population locale, les Mauriciens sont en train de devenir des citoyens de seconde zone dans leur propre pays », s’est indigné Georges Ah-Yan dans une déclaration au Mauricien. Ces écologistes et citoyens engagés organisent une visite des lieux pour la presse à 11 h ce samedi.