Le rapport de la Commission Justice et Vérité représente une avancée vers des dédommagements dus à ceux qui ont été injustement dépouillés de leurs terres et le rapport de la Commission ne trouve pas des mots assez durs envers ceux-là qui ont participé à cette expropriation des descendants d’esclaves. Elle pointe un doigt accusateur vers l’industrie sucrière, notaires, avocats et avoués. Les “landless”, indique la Commission, ne l’ont pas toujours été. Des descendants d’engagés n’ont également pas échappé à ces expropriations.
La Commission dénonce dans la foulée le fait que la « land speculation, poverty, greed of some family members, the corruption of officials and professionals, an ever encroaching sugar industry and laws that protect the traditional economic structure have ensured that land ownership remains in the hands of the same traditional economic elite who have today been joined by members of the State bureaucracy, politicians and the new business community. »
La Commission fait ressortir, une évidence, qu’il n’y a pas de justice à Maurice pour ceux qui n’ont pas les moyens de se payer avocats, notaires, avoués, arpenteurs. Cela même alors qu’on se propose d’augmenter les frais liés aux cours de justice. Voilà qui accentuera une justice de classe.
Pour leur association étroite avec la plus grande barbarie de l’histoire de l’humanité – l’esclavage, décrété à juste titre, crime contre l’humanité –, la Commission Justice et Vérité réclame que l’État, l’église catholique, l’industrie sucrière, la Chambre de Commerce et d’Industrie demandent officiellement pardon. A cette liste, ne devrait-on pas ajouter la Mauritius Commercial Bank, fondée avec l’argent de la compensation octroyée aux propriétaires d’esclaves alors qu’en toute justice ce sont les esclaves qui auraient dû être compensés ? Un argent qui proviendrait du commerce du crime contre l’humanité.
L’industrie sucrière, plus particulièrement FUEL et Médine, devraient venir de l’avant avec des propositions de dédommagement de ceux qui ont été lésés de leurs terres. Au titre de la justice et de la réparation due. FUEL a reconnu devant la Commission Justice et Vérité occuper des terres revendiquées par la famille Tancrel. Il est juste que cette famille soit dédommagée. Dans la région ouest du pays les familles Marion et Lemière revendiquent également des terres. Au Nord, l’on note la réclamation de la famille Raffa et tant d’autres cas qui semblent tout aussi fondés en justice à travers le pays. La notion de « prescription abusive » est reconnue aujourd’hui devant les cours de justice. Certaines de ces familles, note la Commission, ont été menées en bateau par des « land consultants, some notaries, some lawyers, and some land surveyors. »
Par ailleurs, l’église catholique qui a fait sienne l’option préférentielle des pauvres devrait vendre toutes les terres sous culture de cannes dont elle est toujours propriétaire et disposer de cet argent dans un fonds de développement destiné aux plus pauvres.
La demande officielle de pardon est un pas vers la réconciliation nationale. Il est approprié que cette demande de pardon nationale ait lieu le 1er février prochain, date commémorative de l’Abolition de l’esclavage.