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Si le fort Adélaïde était une dame, elle serait, sans jeu de mot, fort triste! Y a-t-il une raison particulière pour parler des pierres sombres de La Citadelle? Non! Aucun événement se tenant pour le moment dans l’antre de ces lieux qui n’appartiennent à notre histoire.

Aucune actualité palpitante, non plus, et encore moins de projets pour lui donner vie. Des projets pour réveiller le fort Adélaide, il y en a eu. A croire que d’aucuns se soient amusés à donner espoir à la belle au bois dormant. Car La Citadelle dort dans une tristesse affligeante.

Une des plates-formes du fort Adélaïde d’où l’on peut déjà avoir une vue imprenable sur un port, depuis, transformé

La Citadelle n’est pas en décrépitude, elle a de la chance! Oui, qu’on se le dise: quand un élément de notre patrimoine n’est pas en état de souffrance ou en voie d’être rasé, c’est qu’il a de la chance. Ailleurs, le sort de certaines vestiges ayant été des témoins privilégiés de notre passé colonial est voueé à une mort lente dans l’indifférence. Restaurée, certes, La Citadelle est encore solide et a encore de belles années devant elle, mais qu’elle est triste! Elle a beau avoir des atouts: ses blocs de basalte, taillés et fixés par les mains des coolies et autres sujets qui se devaient de courber l’échine devant les hommes de Sa Majesté, un parade ground qui laisse imaginer le bruit de bottes des militaires, des canons dont le pivotant qui a défendu le territoire, une architecture rectangulaire qui cache des issues désormais cadenassées et son histoire, des plates-formes à partir desquelles s’offre une vue imprenable à 360°C à couper le souffle sur Port-Louis, ses alentours et plus loin encore, mais rien n’y fait.

Une boutique de souvenirs qui ferme ses portes plus tôt que prévu, des ailes qui servent de salles de repos aux quelques préposés sur place et dont les confidences les plus personnelles résonnent dans les pièces vides, des longues vues cassées, pas de coin restaurant, des rares visiteurs, des collégiens en uniforme qui ont trouvé des repaires pour fumer leurs joints, l’absence de panneaux (à part celui à l’entrée) pour conter l’histoire de lieux: il y a beaucoup de choses qui plombent l’ambiance, même en temps magnifique, à La Citadelle.

La boutique de souvenirs de La Citadelle
donne un peu de vie aux lieux

Pourtant, oui pourtant, l’espace aurait pu être plus dynamique, vivant et attrayant. La Citadelle, héritage incontestable de notre histoire, n’a peut-être pas tant que ça à raconter. Le but de sa construction entreprise en 1834 pour prendre fin en 1840 n’a finalement pas servi. C’est de là que devaient partir des canons en cas d’attaques contre les occupants de l’île, les Britanniques. C’est aussi là que le gouvernement de l’époque devait abriter ses intérêts en cas d’invasion. Mais la quiétude de l’île ne devait pas être troublée, au grand soulagement du roi William IV, dont le sceau figure à l’entrée du fort.

Quoi faire de La Citadelle si ce n’est d’ouvrir ses lourdes portes aux visiteurs de passage? Pour le moment, un usage plus judicieux n’est pas à l’ordre du jour. Fini le temps des concerts: le voisinage s’en est plaint! Et depuis, des annonces les plus ambitieuses aux plus contestables, aux projets touristiques qui n’ont pas abouti se sont succédé sans qu’il n’y ait eu un véritable réveil du fort AdélaÏde.