Lasses de ne rien entendre sur le projet de désamiantage de leurs maisons, des familles de la cité EDC de Rose-Belle ont récemment interpellé le Premier ministre, Pravind Jugnauth, les ministres de l’Intégration sociale, Alain Wong et des Terres et du Logement, Showkutally Soodhun, respectivement. Dans cette cité, une quarantaine de maisons construites avec des plaques en amiante sont dans un piteux état. Les foyers, de condition modeste, ne disposent pas de moyen pour aller vivre ailleurs. Devenues propriétaires de leur terrain et maison, ces familles demandent aux autorités de détruire ces logements où les plaques en amiante, toxique pour la santé, sont visibles. Dans ces maisons invivables, il n’y a pas que l’amiante qui représente un danger pour les résidents, mais aussi les mites et les rongeurs qui détruisent tout sur leur passage.
Le mari de Rekha Monplé est décédé il y a moins d’un an. « Li ti bien malad. Linn gagn enn kanser ek lot konplikasion», confie-t-elle, l’air hagard. C’est dans la maison où elle a vécu avec ce dernier, que la veuve poursuit sa vie sans grand confort, mais avec la présence nocive de l’amiante. Un peu plus loin, Lydie Sabine, une sexagénaire a dû mal à se déplacer. Elle s’appuie sur sa canne pour se déplacer dans sa maison où l’eau ne cesse de s’infiltrer de toute part. « C’est l’humidité et l’inhalation de l’amiante qui l’a rendue ainsi », scandent ses voisins.
Lydie Sabine, nous explique qu’elle a également perdu son mari. « Il est mort d’un cancer», dit-elle. Si l’inhalation de fibres d’amiante peut provoquer des torts irréversibles sur la santé, Lydie Sabine, Rekha Monplé et tant d’autres résidents rdes maisons EDC à Rose-Belle n’associent pas d’emblée la maladie et ce matériau toxique. Chez Jenyfer, les cinq enfants de la jeune femme sont asthmatiques, comme elle ! « Zot fer tretman lopital », explique-t-elle. Mais Caroline Arlanda, une autre habitante de la cité tient à relever : « A l’hôpital, les médecins ne nous disent jamais ce qui peut provoquer nos problèmes respiratoires. » Cette dernière et ses trois enfants, deux jeunes adultes et un adolescent, seraient, dit-elle, allergiques. Mais à quoi ? Elle n’en sais rien : « Nous avons tous les mêmes symptômes. Nous éternuons, nous avons le nez qui coule sans être pour autant enrhumé. Quand nous allons à l’hôpital, le médecin me recommande de laisser les fenêtres ouvertes et d’éviter de respirer de la poussière. Mais jamais personne ne s’est intéressé aux causes de nos problèmes de santé. »
Sylvestre Cathan, 53 ans, abonde dans le même sens. Ses complications respiratoires qui durent depuis 40 ans — soit au moment où il est venu s’installer dans la cité — et les crises qu’elles provoquent, dit-il, lui gâchent son quotidien. Et il n’en connaît pas l’origine. Quand on connaît le caractère cancérigène de l’amiante et les dangers qu’elle présente pour la santé lorsque ses particules se retrouvent dans l’air et qu’elle tue silencieusement, on peut légitimement se demander si les autorités ne la laissent pas faire encore d’autres victimes.