Avec l’introduction des tablettes dans certaines classes du secondaire de notre système éducatif, nos enseignants et nos élèves, au-delà de l’euphorie consumériste de posséder un outil technologique résolument à la mode, doivent sûrement se poser des questions sur les modalités pédagogiques et les propriétés didactiques d’un tel outil. Cet avènement annoncé, et finalement avéré, de l’introduction et la distribution des tablettes à nos étudiants de forme quatre et à leurs enseignants – en attendant toute la structure pour la connectivité internet et le réseau intranet dans la classe – m’exhorte à soulever une petite interrogation :
Serait-il temps d’inverser nos classes ?
Classe inversée ? Pédagogie inversée ? Suivez le guide…
Ce qui se fait actuellement dans nos classes (de façon générale) est que l’étudiant y va pour écouter l’enseignant qui lui donne un texte à lire, à regarder ou à écouter. L’enseignant va expliquer son cours, magistralement le plus souvent, au tableau et de retour chez lui, l’étudiant va faire des exercices donnés comme devoir, faire quelques recherches et aussi lire et apprendre les cours donnés en classe. Il se trouve justement que l’étudiant a besoin de plus d’accompagnement quand il doit faire ses devoirs, apprendre ses leçons que quand il lit un texte, regarde une capsule ou écoute un document sonore. D’où l’idée d’inverser la classe, c’est-à-dire de faire en classe ce qui se faisait traditionnellement à la maison et vice versa.
Ce cas de figure implique la facilité pour l’enseignant de ne plus avoir à faire et à refaire son cours de classe en classe. Son temps pourra être dévolu à guider l’élève, à discuter du cours, à expliquer ce qui n’aura pas été compris, bref à s’assurer à ce qu’il y ait effectivement apprentissage, voire à ce qu’il y ait apprentissage efficace. D’où l’idée de l’enseignant incarnation du guide-stratège, loin de son rôle d’homme-orchestre éreintant qu’il a été jusqu’ici.
Quels sont les avantages à se lancer dans cette entreprise d’inversion ?
L’étudiant peut gérer son apprentissage, en fait il peut le rythmer selon sa chronobiologie. Ce sera là une volonté de responsabiliser l’apprenant dans le sens où il se livrera à ses lectures de leçon quand, où et comme il le voudra. L’enseignant n’aura qu’à fournir le document en ligne.
Ce même enseignant se retrouvera avec plus de temps à sa disposition dans sa classe et pourra se livrer à un enseignement taillé sur mesure pour chaque élève, un enseignement personnalisé qui pourra faire le saut qualitatif jusqu’à une certaine différenciation de sa pédagogie et de son intervention. Dans cette situation de classe, les étudiants seront beaucoup plus actifs (au contraire de la passivité qu’ils démontraient dans le cadre traditionnel).
Avec tout l’appareillage technologique qui fait son intrusion dans la salle de classe, il est important d’avoir la volonté d’effectuer ce saut qualitatif et de repenser la salle de classe. L’isomorphisme pédagogique de l’enseignant ne tient plus la route en termes de vision et la projection est l’émancipation du traditionnel dès lors qu’il faut reconcevoir et reproduire le cadre pédagogique scolaire.
Quelques obstacles ?
Les obstacles ne manquent pas évidemment. Il s’agit d’abord de former les enseignants aux outils et par la suite de faire suivre la formation pour les élèves. Et dans ce cas de figure, les tutoriels sont accessibles si les formations en mode présentiel s’avèrent difficiles. L’autre aspect sur lequel nous buterons est l’accès à Internet ; en attendant que la fibre optique soit vulgarisée, pourquoi ne pas autoriser l’accès des classes à la salle informatique ou même autoriser les étudiants à utiliser leurs propres outils ?
L’autre aspect qui causera une levée des boucliers est la grosse préparation initiale qui devra être investie par les enseignants car il faudra pouvoir visionner les cours en amont pour prévoir les capsules vidéo ou autres interventions. Il n’est pas trop difficile toutefois d’y remédier : que les enseignants des matières communes se mettent en réseau (Facebook par exemple) et collaborent dans un esprit de partage et la préparation deviendrait moins lourde à subir.
Le conservatisme de certains, voire leur technophobie, devrait aussi les inciter à résister à ces nouvelles pratiques pédagogiques (et didactiques). La communication et l’accompagnement des collègues qui s’y connaissent devraient être un facteur positif pour aplanir ces dissensions.
Nous vous guiderons la prochaine fois dans l’historique de la classe inversée et de son aspect pratique en situation de classe mauricienne. Nous verrons aussi certains mythes qui auraient tendance à la diaboliser.
En attendant, à vos tablettes Messieurs Dames !