Le lumignon dansait sous mes yeux. Une lueur dans l’obscurité. Je la fixais sous des paupières alourdies. Un sourire extasié aux traits. Mes muscles se relâchaient doucement. Incoercible fou rire ! J’ai tenté de reprendre mes esprits, freiner mes accélérations cardiaques mais ça débordait déjà. Une odeur proche du sapin m’enguirlande. D’une main gauche et tremblotante, je pris la chose et la portais à mes lèvres. On me recommande d’éviter d’humecter le papier. Bouffée retenue à pleins poumons. La fumée âpre m’irrite la gorge, mais je ne toussote pas.
Le lumignon dansait toujours. Au coeur de mon âme. Mes sens se sont égarés, hagards. Au fleur de ma peau. Au coeur de la lune hallucinée (elle me souriait aussi). “Je viens du ciel et les étoiles entre elles, ne parlent que de toi”. Les mots du musicien ne m’avaient jamais paru si distincts. Je faisais le voyage vers les étoiles du ciel… Lorsqu’une voix désaccordée revendiqua de nulle part : Abé ki fer pa legaliz sa. Les choeurs reprenaient, desséchés : legaliz sa. Legaliz sa. Et le chanteur avec force allégation et diffamation entonna : Avoka oussi kol lizie. Missie leziz konsomé…
J’apprendrai que le gars avait été coffré pour possession de quelques sachets verdâtres. Sachets communément appelés “pouliah”. Notre troubadour avait auparavant poussé une célèbre ritournelle sur les méfaits de l’alcool. Aucunes de ses chansons “légalistes” ne furent jamais publiées. Je n’avais encore rien entendu d’aussi explicite à Maurice, après le refrain engagé à contre-courant “Mass bizin fimé”, lancé sur scène par un certain MordiKisS… Mais trêve de digressions !
Le lumignon dansait encore. Mon esprit divaguait toujours. Le sol se dérobe sous mes pieds nus. Je m’agrippe au repose-bras. Mais je quittais déjà la terre ferme. Une chute infinie au fond du néant. Et je sentais la chaleur du lumignon se répandre sous ma peau. Je n’avais qu’un seul désir : que jamais rien n’arrête ce voyage astral. Que les secondes durent une éternité… Je me suis endormie avec le sentiment d’avoir vécu une sensuelle aventure. Une première fois que je ne revivrai jamais plus.
Ceci n’est pas une apologie mais un récit expérimenté par de nombreux jeunes. Il est des vérités qui dérangent. Si vous êtes de ceux que la fumette fâche, peut-être n’auriez-vous pas dû lire ce petit papier tourné à dessein. Et surtout pas dû poursuivre jusqu’au bout… Auriez-vous mieux goûté un petit “bang” pour la route ? J’ai bien dit “bang”. À ne pas confondre avec le fumeux “bong”.
P.S :J’ai ouï-dire que le papier à rouler ne sera plus contrôlé, sa vente ne se fera plus sous cape dans les tabagies. Serait-ce un premier pas vers la vente de tabac à rouler ? Si c’est le cas, je me demande qui aura les droits d’importation du feuillage séché, la British American Tobacco ou une firme proche d’un protégé ? Voilà comment d’aucuns pourraient se faire du fric sur le dos des clopeurs.
Ceci n’est qu’une projection (en douceur). Quid du prochain business licite qui devrait faire un tabac et ruiner les narcotrafiquants qui ne paient pas de taxe ?