La vague de violence qui a secoué la semaine dernière plusieurs villes britanniques où de nombreux commerces ont été pillés et des bâtiments incendiés ne constitue pas seulement un acte sporadique de représailles contre les agents des forces de l’ordre, accusés d’avoir abattu un homme de 29 ans, Mark Duggan, au cours d’un échange de tirs dans le quartier déshérité de Tottenham dans le nord de Londres. Tout comme les émeutes qui avaient embrasé certaines régions et banlieues françaises en 2008 n’avaient pas uniquement pour origine la mort de deux jeunes par électrocution dans une station d’EDF à Clichy-sous-Bois après une course-poursuite avec la police. Les causes sont bien plus profondes.
Faisant référence au phénomène de l’exclusion, le président Sarkozy avait alors parlé de la nécessité de placer l’homme au centre de toute politique de développement. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a évoqué devant le Parlement le 10 août dernier un « malaise au sein de la population » admettant que « certaines choses vont très mal dans notre société ». En effet, l’économie de ce pays peine à sortir de 18 mois de récession et les sévères coupes dans les dépenses publiques pour lutter contre un déficit record sont ressenties comme une thérapie de choc appliquée sur un patient déjà très mal en point. Aujourd’hui, un jeune sur cinq n’a pas de travail et sombre dans l’oisiveté, la drogue et la délinquance alors que l’inflation ne fait que réduire le pouvoir d’achat, particulièrement des ménages les plus fragiles. Un vaste sentiment de rejet s’est installé au sein d’une certaine section de la population qui considère que la démocratie l’a tout simplement laissée sur la touche et que le gouvernement l’a oubliée.
Il est évident qu’à un moment de grande incertitude économique sur le plan global, tous les moyens et potentiels existant au niveau national soient mis à contribution pour entraver toute dérive de la qualité de vie des citoyens. Or, force est de constater que les pays développés ont tout bonnement gaspillé les énormes dividendes générés par la fin de la course infernale à l’armement et personne ne sait aujourd’hui où sont passées réellement les économies provenant de la réduction des dépenses englouties jadis par le gigantesque complexe militaro-industriel. La situation socio-économique actuelle aux États-Unis, dans les républiques de l’ex-URSS mais aussi dans les autres pays industrialisés démontre un relativement faible taux d’investissement dans les services sociaux depuis le début des années 90.
Alors que la frustration exprimée par les habitants les plus pauvres d’un pays comme la Grande-Bretagne qui se classe d’ailleurs parmi les plus inégalitaires du monde développé gagnait du terrain, le gouvernement britannique gaspille chaque jour des millions de livres sterling dans cette guerre insensée que livre l’OTAN en Libye. Une opération militaire que les trois principaux dirigeants de cette Organisation – Obama, Sarkozy et Cameron – croyaient pertinemment pouvoir terminer en l’espace de quelques jours, voire quelques semaines mais qui s’enlise de jour en jour alors que le colonel Khadafi règne toujours en maître à Tripoli. Et un tel gaspillage de ressources se passe à moins de mille kilomètres de la région où des centaines de milliers d’enfants sont en train de mourir de faim, dans la Corne de l’Afrique, où le problème de la sècheresse et la famine sévit depuis des décennies au vu et au su de toute la communauté internationale. Mais, contrairement à la Libye, la Somalie ne possède pas de pétrole. Alors, que pouvait-on attendre de mieux dans de telles circonstances ?
Qu’on le veuille ou non, le débat de la politique, tant sur le plan national qu’international, gravite toujours autour du centre que constitue la défense des intérêts inavouables. La situation à Maurice ne fait pas exception à la règle. Notre pays est confronté ces jours-ci à de grands enjeux qui risquent d’avoir de sérieuses répercussions sur notre processus de développement car une économie comme la nôtre tournée vers l’exportation ne pourrait être épargnée par la crise de la dette qui se propage sur la planète. Et il va sans dire que toute forme de turbulence au sommet du gouvernement représente un coup de frein redoutable au progrès du pays. L’alliance qui nous avait promis un bel avenir s’est disloquée sur le terrain de la corruption alléguée mais pour noyer le poisson, un ex-partenaire évoque un problème de suffocation, une atmosphère de malaise et une politique d’accaparement au sein de l’administration. Le peuple est tourné en dérision. Ceux qui ont été parachutés dans l’arène de la politique à l’aide d’un patronyme approprié ne doivent en aucun cas négliger le fait que le sens de l’État ne peut être associé à un caractère héréditaire transmis par la loi de la génétique. Car l’abandon du navire en pleine tempête économique sur un coup de tête transgressant le principe de « parole donnée parole sacrée », ne privilégie pas la cause de l’intérêt national.